"Une pandémie dans la pandémie", voilà la terrible menace que fait planer le nouveau variant Omicron sur la planète. Cette nouvelle version du coronavirus SATRS-CoV2 a été signalée pour la première fois, il y a une semaine, à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique du Sud. Elle est désormais présente du Pacifique à l'Europe, en passant par le Canada. Jamais, depuis le début de la pandémie, un variant du Covid n'avait provoqué autant d'inquiétude depuis l'émergence de Delta, déjà très contagieux. A terme, Omicron devrait logiquement remplacer le Delta, estime le biologiste Emmanuel André sur les ondes de la Première ce mardi matin.

La course pour la montre est lancée pour en connaître davantage sur ce nouveau variant qui vient jouer les fauteurs de trouble dans une reprise de la pandémie déjà accablante pour de nombreux secteurs. Il faudra de 2 à 3 semaines aux scientifiques avant de pouvoir déterminer avec plus de précision le degré de dangerosité d'Omicron face au variant Delta devenu dominant. L'OMS a mis en garde, dans l'attente de plus d'informations, contre une menace "très élevée" de cette nouvelle souche au niveau mondial.

Cadeau ou cauchemar ?

Si certains experts paniquent, d'autres voient Omicron comme un "cadeau", c'est le cas notamment du virologue Marc Van Ranst qui a déclaré ce week-end que ce nouveau variant pourrait, en réalité, être une aubaine, s'il se confirme qu'il est plus contagieux, mais moins dangereux pour la santé. L'infectiologue Yves Van Laethem, apporte lui aussi sa note d'espoir dans ce sens en déclarant dans la DH : "Si l'on peut renverser le Delta de la sorte, ce serait un cadeau inespéré, un très beau cadeau de Saint-Nicolas, dans le sens où un variant moins virulent remplacerait l'autre et permettrait aux non-vaccinés de s'immuniser de manière bénigne".

Ce n'est pas l'avis du microbiologiste Emmanuel André de la KULeuven qui balaie la théorie de ses confrères d'un revers de main. Pour lui, cette théorie "vend du rêve". Il s'est exprimé sur Twitter à ce sujet : "On sait que le variant Omicron est sans doute hyper-contagieux, capable de se répendre à une vitesse jamais atteinte. J'aimerais croire ceux qui disent qu'il sera moins sévère. Mais il n'y a rien pour l'affirmer. Il ne faut pas vendre du rêve. Il faut des chiffres."

Sur les ondes de La Première ce matin, il rempile: "Le Professeur Raoult avait dit la même chose qu'Yves Van Laethem et il s'est trompé"

Sur les premiers cas observés en Afrique du Sud, "il n'y a pas eu de formes sévères de la maladie", explique le microbiologiste tout en précisant que ces premiers cas avaient été observés chez une population jeune et donc moins à risque, qui n'est pas nécessairement comparable aux populations des autres pays. Selon lui, il faut s'intéresser aux personnes plus âgées et plus vulnérables afin de constater si des formes sévères du virus se déclenchent avec le variant Omicron.

Les vaccins existants pas adaptés

La gravité de l'impact économique dépendra de la dangerosité avérée de ce nouveau variant, de la couverture vaccinale de la population mondiale ainsi que de la résistance d'Omicron aux vaccins disponibles.

Il est peu probable que les vaccins actuels contre le coronavirus soient efficaces contre le nouveau variant Omicron, estime Stéphane Bancel, le patron du laboratoire Moderna dans une interview au Financial Times. Et la production de vaccins en quantité suffisante qui fonctionneraient de manière optimale contre le variant pourrait prendre des mois, selon lui.

Que les vaccins actuels ne fonctionnent pas aussi bien contre Omicron que contre le variant Delta pourrait entraîner davantage de personnes malades ou à l'hôpital à la suite d'une contamination. Le laboratoire Moderna a annoncé en fin de semaine passée son intention de développer une dose de rappel spécifique pour Omicron. Les autres grands fabricants de vaccins (AstraZeneca, Pfizer/BioNTech, et Novavax) se sont aussi dits confiants dans leur capacité à combattre ce variant. "Nous saurons l'essentiel de ce qu'il y a à savoir (sur Omicron) d'ici quelques semaines", a assuré lundi le PDG de Pfizer, Albert Bourla, sur la chaîne américaine CNBC.

L'aéroport de Marrakech. Jusqu'à nouvel ordre il n'est plus possible de voyager entre la Belgique et le Maroc., Getty Images
L'aéroport de Marrakech. Jusqu'à nouvel ordre il n'est plus possible de voyager entre la Belgique et le Maroc. © Getty Images

Nouveau coup dur pour le secteur aérien

Les conséquences du variant sur l'économie mondiale se font déjà ressentir. Une quarantaine de pays ont déjà annoncé dans la foulée de son signalement des restrictions de voyage, touchant à nouveau le secteur aérien, qui sort lentement de sa convalescence des derniers mois. Le Japon et Israël, entre autres, ont déjà refermé leurs frontières aux voyageurs. L'Australie a suspendu la réouverture de ses frontières, prévue normallement le 1er décembre.

Les autorités marocaines ont aussi décidé dimanche de suspendre tous les vols directs de passagers à destination du Maroc pour une durée de deux semaines à compter de ce lundi.

Autre risque: l'exacerbation des problèmes sur les chaînes d'approvisionnement mondiale et des pressions inflationnistes. Car "une grande partie du fret aérien transite par les vols transportant les passagers", avertit Erik Lundh, économiste au Conference Board, cité par l'AFP.

"S'il y a des annulations de vols, une interruption de la demande de vols commerciaux pour les passagers, cela risque de limiter (...) le fret aérien", dit-il.

Toutes les prévisions économiques revues à la baisse

Du scénario le plus favorable aux hypothèses les plus sombres, les économistes planchent déjà sur de nouvelles prévisions 2022, toutes revues à la baisse.

Le Fonds monétaire international martèle depuis des mois que le Covid reste le principal risque pour l'économie mondiale et exhorte à accélérer la vaccination. En octobre, il tablait sur une croissance de 4,9% pour l'an prochain.

L'impact économique pourrait être "modeste" de l'ordre de 0,25 point de pourcentage sur la croissance mondiale 2022 si Omicron provoque "des symptômes relativement modérés" et que les vaccins sont "efficaces", souligne Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics.

Dans le scénario du pire où ce variant s'avérait extrêmement meurtrier avec l'obligation de confiner une large partie de la population mondiale, la croissance 2022 pourrait être amputée de près de la moitié, tombant à 2,3% contre 4,5% estimés par Oxford Economics avant l'apparition de ce variant.

Et, dans un tel scénario, il n'est pas sûr que les gouvernements qui ont déversé des milliers de milliards de dollars d'aide depuis le début de la pandémie, soient disposés à prendre de nouvelles mesures de relance fiscale surtout si les vaccins sont disponibles, observe Gregory Daco.

"Ces aspects seront clés pour déterminer dans quelle mesure cela va affecter l'économie mondiale et le comportement des gens", souligne également Erik Lundh, économiste au Conference Board.

"Chaque fois que l'on revient dans un climat d'incertitude et de peur, cela ralentit le rétablissement de l'économie mondiale"

Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics

Auto-restriction et pénuries

Au-delà des mesures prises par les gouvernements pour contenir la propagation d'Omicron, la peur d'être infectée pourrait conduire la population à s'imposer elle-même des restrictions sur les voyages ou les sorties aux restaurants, par exemple, réduisant la consommation et donc la croissance, poursuit-il.

De plus, une vague d'infections par Omicron "pourrait amener certains travailleurs à quitter temporairement le marché du travail et dissuader d'autres d'y revenir, aggravant les pénuries de main-d'oeuvre actuelles", a commenté Neil Shearing, chef économiste de Capital Economics dans une note.

La hausse des taux d'intérêt compromise ?

Pour autant, la menace d'un nouveau variant, potentiellement plus grave, va compliquer la tâche des banques centrales qui pourraient "reporter leurs plans d'augmentation des taux d'intérêt jusqu'à ce que la situation soit plus claire", avance Neil Shearing.

La Réserve fédérale (Fed) doit se réunir le 15 décembre, plusieurs autres dont la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre le lendemain.

En attendant, "l'incertitude est dommageable", note Gregory Daco. "Chaque fois que l'on revient dans un climat d'incertitude et de peur, cela ralentit le rétablissement de l'économie mondiale".

Dans ce contexte, les principales Bourses européennes sont attendues en baisse mardi à l'ouverture annonce Reuters. Les inquiétudes provoquées par le variant Omicron du coronavirus replongent les marchés dans un climat d'aversion généralisée au risque, précise l'agence.

(avec AFP)

"Une pandémie dans la pandémie", voilà la terrible menace que fait planer le nouveau variant Omicron sur la planète. Cette nouvelle version du coronavirus SATRS-CoV2 a été signalée pour la première fois, il y a une semaine, à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique du Sud. Elle est désormais présente du Pacifique à l'Europe, en passant par le Canada. Jamais, depuis le début de la pandémie, un variant du Covid n'avait provoqué autant d'inquiétude depuis l'émergence de Delta, déjà très contagieux. A terme, Omicron devrait logiquement remplacer le Delta, estime le biologiste Emmanuel André sur les ondes de la Première ce mardi matin. La course pour la montre est lancée pour en connaître davantage sur ce nouveau variant qui vient jouer les fauteurs de trouble dans une reprise de la pandémie déjà accablante pour de nombreux secteurs. Il faudra de 2 à 3 semaines aux scientifiques avant de pouvoir déterminer avec plus de précision le degré de dangerosité d'Omicron face au variant Delta devenu dominant. L'OMS a mis en garde, dans l'attente de plus d'informations, contre une menace "très élevée" de cette nouvelle souche au niveau mondial. Si certains experts paniquent, d'autres voient Omicron comme un "cadeau", c'est le cas notamment du virologue Marc Van Ranst qui a déclaré ce week-end que ce nouveau variant pourrait, en réalité, être une aubaine, s'il se confirme qu'il est plus contagieux, mais moins dangereux pour la santé. L'infectiologue Yves Van Laethem, apporte lui aussi sa note d'espoir dans ce sens en déclarant dans la DH : "Si l'on peut renverser le Delta de la sorte, ce serait un cadeau inespéré, un très beau cadeau de Saint-Nicolas, dans le sens où un variant moins virulent remplacerait l'autre et permettrait aux non-vaccinés de s'immuniser de manière bénigne".Ce n'est pas l'avis du microbiologiste Emmanuel André de la KULeuven qui balaie la théorie de ses confrères d'un revers de main. Pour lui, cette théorie "vend du rêve". Il s'est exprimé sur Twitter à ce sujet : "On sait que le variant Omicron est sans doute hyper-contagieux, capable de se répendre à une vitesse jamais atteinte. J'aimerais croire ceux qui disent qu'il sera moins sévère. Mais il n'y a rien pour l'affirmer. Il ne faut pas vendre du rêve. Il faut des chiffres."Sur les ondes de La Première ce matin, il rempile: "Le Professeur Raoult avait dit la même chose qu'Yves Van Laethem et il s'est trompé"Sur les premiers cas observés en Afrique du Sud, "il n'y a pas eu de formes sévères de la maladie", explique le microbiologiste tout en précisant que ces premiers cas avaient été observés chez une population jeune et donc moins à risque, qui n'est pas nécessairement comparable aux populations des autres pays. Selon lui, il faut s'intéresser aux personnes plus âgées et plus vulnérables afin de constater si des formes sévères du virus se déclenchent avec le variant Omicron.La gravité de l'impact économique dépendra de la dangerosité avérée de ce nouveau variant, de la couverture vaccinale de la population mondiale ainsi que de la résistance d'Omicron aux vaccins disponibles.Il est peu probable que les vaccins actuels contre le coronavirus soient efficaces contre le nouveau variant Omicron, estime Stéphane Bancel, le patron du laboratoire Moderna dans une interview au Financial Times. Et la production de vaccins en quantité suffisante qui fonctionneraient de manière optimale contre le variant pourrait prendre des mois, selon lui.Que les vaccins actuels ne fonctionnent pas aussi bien contre Omicron que contre le variant Delta pourrait entraîner davantage de personnes malades ou à l'hôpital à la suite d'une contamination. Le laboratoire Moderna a annoncé en fin de semaine passée son intention de développer une dose de rappel spécifique pour Omicron. Les autres grands fabricants de vaccins (AstraZeneca, Pfizer/BioNTech, et Novavax) se sont aussi dits confiants dans leur capacité à combattre ce variant. "Nous saurons l'essentiel de ce qu'il y a à savoir (sur Omicron) d'ici quelques semaines", a assuré lundi le PDG de Pfizer, Albert Bourla, sur la chaîne américaine CNBC.Les conséquences du variant sur l'économie mondiale se font déjà ressentir. Une quarantaine de pays ont déjà annoncé dans la foulée de son signalement des restrictions de voyage, touchant à nouveau le secteur aérien, qui sort lentement de sa convalescence des derniers mois. Le Japon et Israël, entre autres, ont déjà refermé leurs frontières aux voyageurs. L'Australie a suspendu la réouverture de ses frontières, prévue normallement le 1er décembre.Les autorités marocaines ont aussi décidé dimanche de suspendre tous les vols directs de passagers à destination du Maroc pour une durée de deux semaines à compter de ce lundi. Autre risque: l'exacerbation des problèmes sur les chaînes d'approvisionnement mondiale et des pressions inflationnistes. Car "une grande partie du fret aérien transite par les vols transportant les passagers", avertit Erik Lundh, économiste au Conference Board, cité par l'AFP. "S'il y a des annulations de vols, une interruption de la demande de vols commerciaux pour les passagers, cela risque de limiter (...) le fret aérien", dit-il.Du scénario le plus favorable aux hypothèses les plus sombres, les économistes planchent déjà sur de nouvelles prévisions 2022, toutes revues à la baisse.Le Fonds monétaire international martèle depuis des mois que le Covid reste le principal risque pour l'économie mondiale et exhorte à accélérer la vaccination. En octobre, il tablait sur une croissance de 4,9% pour l'an prochain.L'impact économique pourrait être "modeste" de l'ordre de 0,25 point de pourcentage sur la croissance mondiale 2022 si Omicron provoque "des symptômes relativement modérés" et que les vaccins sont "efficaces", souligne Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics.Dans le scénario du pire où ce variant s'avérait extrêmement meurtrier avec l'obligation de confiner une large partie de la population mondiale, la croissance 2022 pourrait être amputée de près de la moitié, tombant à 2,3% contre 4,5% estimés par Oxford Economics avant l'apparition de ce variant.Et, dans un tel scénario, il n'est pas sûr que les gouvernements qui ont déversé des milliers de milliards de dollars d'aide depuis le début de la pandémie, soient disposés à prendre de nouvelles mesures de relance fiscale surtout si les vaccins sont disponibles, observe Gregory Daco."Ces aspects seront clés pour déterminer dans quelle mesure cela va affecter l'économie mondiale et le comportement des gens", souligne également Erik Lundh, économiste au Conference Board.Au-delà des mesures prises par les gouvernements pour contenir la propagation d'Omicron, la peur d'être infectée pourrait conduire la population à s'imposer elle-même des restrictions sur les voyages ou les sorties aux restaurants, par exemple, réduisant la consommation et donc la croissance, poursuit-il.De plus, une vague d'infections par Omicron "pourrait amener certains travailleurs à quitter temporairement le marché du travail et dissuader d'autres d'y revenir, aggravant les pénuries de main-d'oeuvre actuelles", a commenté Neil Shearing, chef économiste de Capital Economics dans une note.Pour autant, la menace d'un nouveau variant, potentiellement plus grave, va compliquer la tâche des banques centrales qui pourraient "reporter leurs plans d'augmentation des taux d'intérêt jusqu'à ce que la situation soit plus claire", avance Neil Shearing. La Réserve fédérale (Fed) doit se réunir le 15 décembre, plusieurs autres dont la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre le lendemain.En attendant, "l'incertitude est dommageable", note Gregory Daco. "Chaque fois que l'on revient dans un climat d'incertitude et de peur, cela ralentit le rétablissement de l'économie mondiale".Dans ce contexte, les principales Bourses européennes sont attendues en baisse mardi à l'ouverture annonce Reuters. Les inquiétudes provoquées par le variant Omicron du coronavirus replongent les marchés dans un climat d'aversion généralisée au risque, précise l'agence.(avec AFP)