Même en admettant que la seconde hypothèse soit la bonne et que toute cette affaire se solde positivement sur les plans économique et financier, cela n'invalide pas pour autant les leçons de gouvernance publique, tirées du scandale Publifin. Et ces leçons, il faut d'autant mieux les retenir que les dirigeants de Nethys invitent leurs actionnaires locaux à relancer de nouvelles aventures industrielles.

La première, c'est que la structure intercommunale n'est pas adéquate pour mener des projets industriels d'envergure. Les conseillers communaux _ une fonction quasi bénévole _ n'ont ni le temps ni bien souvent les compétences requises pour lire les bilans d'entreprise et valider des stratégies dans des secteurs concurrentiels. En outre, la demande, légitime, de transparence dans les instances politiques se heurte aux règles de confidentialité inhérentes au monde des affaires, les derniers épisodes de la saga Nethys viennent de le confirmer.

Si Pierre Meyers (président du CA de Nethys), François Fornieri et quelques autres ont de grands projets économiques pour l'aéroport de Liège et qu'ils souhaitent l'appui d'investisseurs publics, ils peuvent se tourner vers la SRIW, Noshaq (ex-Meusinvest) ou d'autres organismes dont c'est le métier. Ils peuvent même suggérer la création d'une société anonyme de droit public (type SNCB ou Proximus). Avec de telles alternatives, persévérer dans la voie intercommunale serait inévitablement perçu comme le choix de la voie la plus manipulable et donc la plus susceptible d'entretenir la suspicion dont pâtit aujourd'hui tout ce qui tourne autour de Nethys et Enodia (ex-Publifin), avec ou sans la présence de Stéphane Moreau.

Nethys n'est pas une intercommunale mais une filiale d'intercommunale (Enodia en l'occurrence). Cette astuce juridique, parfaitement légale et d'ailleurs courante dans toute la Wallonie, l'exonère de la plupart des obligations inhérentes aux structures politiques. Faut-il maintenir dans notre arsenal juridique la possibilité de créer de telles filiales, qui n'ont finalement d'autre but que de contourner les règles publiques ? La réponse devrait être catégoriquement "non" et c'est la deuxième leçon de toute cette affaire. Il faut gommer tous les risques d'opacité dans la gestion publique. Tant pis si cela gêne des petites habitudes prises çà et là. Et, encore une fois, rien n'empêche de créer une régie, une ASBL ou une nouvelle intercommunale, quand on estime qu'une activité nécessite une structure juridique distincte.

Il faut gommer tous les risques d'opacité dans la gestion publique. Tant pis si cela gêne des petites habitudes prises çà et là.

La troisième leçon s'adresse aux conseillers communaux appelés à siéger dans ces intercommunales : formez-vous pour bien comprendre les enjeux financiers. Reprenons ici le conseil livré par Cédric Halin, bourgmestre d'Olne, inspecteur des finances et lanceur d'alerte dans ce scandale Publifin : "Quand on ne comprend pas quelque chose, on demande des explications. Et si on ne comprend toujours pas, c'est simple, on ne vote pas. Je ne voterai jamais un texte que je ne comprends pas".

On terminera avec un petit mot à l'adresse de Pierre-Yves Dermagne, le nouveau ministre wallon des Pouvoirs locaux. Quand il a été désigné, on se demandait comment il parviendrait à régler ce sac de noeuds en six mois, comme le prévoit l'accord de gouvernement. La nouvelle séquence avec le démantèlement de Nethys lui offre une belle opportunité d'action, pour éviter que les erreurs ne se reproduisent à Liège ou ailleurs. Une opportunité aussi pour ce juriste de 38 ans, souvent présenté comme l'avenir du PS wallon, de démontrer qu'il est à la hauteur des espoirs placés en lui.