Un ministre régional wallon, Jean-Luck Crucke (MR), recalé par son propre parti au sujet de son projet de réforme fiscale, renvoyé en coulisse alors qu'il devait être débattu au parlement. Un ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), torpillé par sa fédération au sujet du délicat débat sur la place d'Uber dans la Région, après une décision de justice. Voilà deux crises inédites, ces derniers jours, illustrant à quel point la fébrilité des partis devient une difficulté majeure pour les majorités en place. Parce que le positionnement des présidents (de parti ou de fédération) mettent à mal la solidarité inhérente au bon fonctionnement d'une coalition.

Wallonie: le MR ultra-libéral face à Crucke

Au MR, les tensions entre le président Georges-Louis Bouchez et le ministre franc-tireur Jean-Luc Crucke ne datent pas d'hier. L'hyper-communication du premier agace le second, qui a eu l'audace de l'exprimer dans une interview, tandis que l'incident relatif au casting du gouvernement wallon (quand Bouchez avait voulu imposer Denis Ducarme à la place de Valérie De Bue) a laissé des traçes. L'inflexion ultra-libérale du président s'accommode mal, par ailleurs, des relations très porches de son ministre avec le PS et Ecolo.

L'incident fiscal est révélateur de ce bras de fer larvé. Sur le fond, le ministre Crucke déposait sur la table un texte pour un "impôt plus juste", visant notamment à "lutter plus efficacement contre des pratiques destinées à échapper et/ou à contourner certains impôts".Au sein du parti, on insiste sur la vision libérale consistant avant tout à diminuer les impôts: c'est le discours tenu dans le cadre de la réforme discutée au fédéral et le leitmotiv libéral de toujours. Diplomatiquement dit: "Nous souhaitons une révision plus global de la fiscalité."

Pour Georges-Louis Bouchez, c'est, aussi, une manière de faire pression sur la ligne tenue au sein du gouvernement wallon, alors qu'il était jusqu'ici tenu à l'écart. Il intervient, cette fois, via le groupe MR au parlement wallon. Jean-Luc Crucke en "tirera-t-il les conclusions" en démissionnant? Ce n'est apparemment pas son intention, en l'état, mais cela l'amènera sans doute à retrouver davantage encore sa liberté de parole.

Fortement divisé après l'élection de Bouchez à la présidence face à Ducarme, puis aux castings ministériels, le MR avait retrouvé une unité de façade. Cet incident n'est-il qu'un fait isolé ou nourrira-t-il de nouvelles escarmouches? En tout état de cause, la ligne acérée du boulevard de la Toison d'or pèse sur bien des débats.

L'enjeu, on ne le rappelera jamais assez, c'est la place de premier parti en Wallonie que le MR rêve d'obtenir au détriment du PS (et d'Ecolo). Georges-Louis Bouchez tient une ligne claire avec, en vue, un score de 30% en 2024.

Bruxelles: le PS ultra-gauche face à Vervoort

Le PS est encore moins bien loti dans cette course à l'échalote, loin de là, avec des sondages de plus en plus préoccupants.

En Région bruxelloise, où son leadership est ouvertement contesté par Ecolo et où la pression du PTB s'exerce fortement, le parti s'est divisé sur le débat sensible de la place d'Uber face aux taxis. Après une décision de justice, ce vieux dossier empoisonné depuis sept ans a connu une brutale accélération. Le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), s'est retrouvé désavoué par sa fédération, emmenée par Ahmed Laaouej (PS), alors qu'il proposait une solution temporaire et qu'une majorité alternative, sans le PS, se dégageait au parlement.

Le calme est un peu revenu, l'ordonnance dite 'sparadrap" a été renvoyée au Conseil d'Etat pour gagner du temps, en attendant de trouver une solution durable et une transition acceptable pour la majorité en place. Mais l'incident témoigne des relations compliquées entre le ministre-président, garant d'une déclaration de politique régionale négociée par l'ancienne président de la fédération, Laurennt Onkelinx, et l'actuel président. En substance, le nouveau président régional est partisan d'une politique "plus à gauche", en soutien des milieux populaires du nord de la ville, et est proche des milieux des taxis sur le dossier en question (refusant une "ubérisation" de se secteur). Qui plus est, le combat présidentiel entre Rachid Madrane (candidat soutenu par Laurette Onkelinx) et Ahmed Laaouej pour la présidence de la fédération a exacerbé une fracture profonde entre les ailes laïques et communautariste du parti.

Malmené par le PTB, concurrencé par Ecolo, le PS ne sait plus trop à quel saint se vouer. Paul Magnette, son président, a rassemblé ses troupes le week-end dernier pour tenter de sonner le rassemblement. Lui-même est devenu bien plus présent dans la communication, un peu en mode Bouchez, et n'hésite plus à imposer sa marque en affrontant ses propres majorités en place, comme ce fut le cas au fédéral sur la vaccination obligatoire. Paul Magnette n'avait pas hésité à désavouer son vice-Premier ministre, Pierre-Yves Dermagne, en revenant sur un accord conclu, provoquant une crise et une hasardeuse négociation de treize heures...

Ces présidents devenus des agitateurs

Les président de parti, traditionnellement garants des accords de majorité et des compromis, sont devenus des agitateurs. Tant au PS qu'au MR, cela provoque des secousses. Et cela perturbe le bon fonctionnement des gouvernements, a fortiori quand on revient sur des accords conclus ou des textes prêts à être débattus.

Et l'on ne parle même pas, ici, de cette majorité fédérale régulièrement scouée par les positionnements des uns et des autres, les débats sur la sortie du nucléaire, la fiscalité ou les pensions mettant là aussi des partis hyper-nerveux les uns face aux autres. Avec des enjeux de fond délicats, c'est certains, mais aussi une lutte pour exister ou survivre, tout simplement. La fin de législature risque d'être longue, partout.

Un ministre régional wallon, Jean-Luck Crucke (MR), recalé par son propre parti au sujet de son projet de réforme fiscale, renvoyé en coulisse alors qu'il devait être débattu au parlement. Un ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), torpillé par sa fédération au sujet du délicat débat sur la place d'Uber dans la Région, après une décision de justice. Voilà deux crises inédites, ces derniers jours, illustrant à quel point la fébrilité des partis devient une difficulté majeure pour les majorités en place. Parce que le positionnement des présidents (de parti ou de fédération) mettent à mal la solidarité inhérente au bon fonctionnement d'une coalition.Au MR, les tensions entre le président Georges-Louis Bouchez et le ministre franc-tireur Jean-Luc Crucke ne datent pas d'hier. L'hyper-communication du premier agace le second, qui a eu l'audace de l'exprimer dans une interview, tandis que l'incident relatif au casting du gouvernement wallon (quand Bouchez avait voulu imposer Denis Ducarme à la place de Valérie De Bue) a laissé des traçes. L'inflexion ultra-libérale du président s'accommode mal, par ailleurs, des relations très porches de son ministre avec le PS et Ecolo.L'incident fiscal est révélateur de ce bras de fer larvé. Sur le fond, le ministre Crucke déposait sur la table un texte pour un "impôt plus juste", visant notamment à "lutter plus efficacement contre des pratiques destinées à échapper et/ou à contourner certains impôts".Au sein du parti, on insiste sur la vision libérale consistant avant tout à diminuer les impôts: c'est le discours tenu dans le cadre de la réforme discutée au fédéral et le leitmotiv libéral de toujours. Diplomatiquement dit: "Nous souhaitons une révision plus global de la fiscalité."Pour Georges-Louis Bouchez, c'est, aussi, une manière de faire pression sur la ligne tenue au sein du gouvernement wallon, alors qu'il était jusqu'ici tenu à l'écart. Il intervient, cette fois, via le groupe MR au parlement wallon. Jean-Luc Crucke en "tirera-t-il les conclusions" en démissionnant? Ce n'est apparemment pas son intention, en l'état, mais cela l'amènera sans doute à retrouver davantage encore sa liberté de parole.Fortement divisé après l'élection de Bouchez à la présidence face à Ducarme, puis aux castings ministériels, le MR avait retrouvé une unité de façade. Cet incident n'est-il qu'un fait isolé ou nourrira-t-il de nouvelles escarmouches? En tout état de cause, la ligne acérée du boulevard de la Toison d'or pèse sur bien des débats.L'enjeu, on ne le rappelera jamais assez, c'est la place de premier parti en Wallonie que le MR rêve d'obtenir au détriment du PS (et d'Ecolo). Georges-Louis Bouchez tient une ligne claire avec, en vue, un score de 30% en 2024.Le PS est encore moins bien loti dans cette course à l'échalote, loin de là, avec des sondages de plus en plus préoccupants. En Région bruxelloise, où son leadership est ouvertement contesté par Ecolo et où la pression du PTB s'exerce fortement, le parti s'est divisé sur le débat sensible de la place d'Uber face aux taxis. Après une décision de justice, ce vieux dossier empoisonné depuis sept ans a connu une brutale accélération. Le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), s'est retrouvé désavoué par sa fédération, emmenée par Ahmed Laaouej (PS), alors qu'il proposait une solution temporaire et qu'une majorité alternative, sans le PS, se dégageait au parlement.Le calme est un peu revenu, l'ordonnance dite 'sparadrap" a été renvoyée au Conseil d'Etat pour gagner du temps, en attendant de trouver une solution durable et une transition acceptable pour la majorité en place. Mais l'incident témoigne des relations compliquées entre le ministre-président, garant d'une déclaration de politique régionale négociée par l'ancienne président de la fédération, Laurennt Onkelinx, et l'actuel président. En substance, le nouveau président régional est partisan d'une politique "plus à gauche", en soutien des milieux populaires du nord de la ville, et est proche des milieux des taxis sur le dossier en question (refusant une "ubérisation" de se secteur). Qui plus est, le combat présidentiel entre Rachid Madrane (candidat soutenu par Laurette Onkelinx) et Ahmed Laaouej pour la présidence de la fédération a exacerbé une fracture profonde entre les ailes laïques et communautariste du parti.Malmené par le PTB, concurrencé par Ecolo, le PS ne sait plus trop à quel saint se vouer. Paul Magnette, son président, a rassemblé ses troupes le week-end dernier pour tenter de sonner le rassemblement. Lui-même est devenu bien plus présent dans la communication, un peu en mode Bouchez, et n'hésite plus à imposer sa marque en affrontant ses propres majorités en place, comme ce fut le cas au fédéral sur la vaccination obligatoire. Paul Magnette n'avait pas hésité à désavouer son vice-Premier ministre, Pierre-Yves Dermagne, en revenant sur un accord conclu, provoquant une crise et une hasardeuse négociation de treize heures...Les président de parti, traditionnellement garants des accords de majorité et des compromis, sont devenus des agitateurs. Tant au PS qu'au MR, cela provoque des secousses. Et cela perturbe le bon fonctionnement des gouvernements, a fortiori quand on revient sur des accords conclus ou des textes prêts à être débattus.Et l'on ne parle même pas, ici, de cette majorité fédérale régulièrement scouée par les positionnements des uns et des autres, les débats sur la sortie du nucléaire, la fiscalité ou les pensions mettant là aussi des partis hyper-nerveux les uns face aux autres. Avec des enjeux de fond délicats, c'est certains, mais aussi une lutte pour exister ou survivre, tout simplement. La fin de législature risque d'être longue, partout.