Un seul fait donne l'ampleur de la débandade : fin mai, le loueur de voitures américain Hertz, plus que centenaire et connu dans le monde entier, s'est placé sous le régime américain des faillites. L'opérateur a été frappé au coeur par la pandémie de Covid-19, qui a causé une baisse brutale de ses revenus et des réservations futures. Le 21 avril, Hertz avait déjà annoncé supprimer 10.000 emplois en Amérique du Nord, soit 26,3% de ses effectifs mondiaux, pour réaliser des économies et mieux affronter l'incertitude. Il y a 10 jours, le groupe a précisé que ce sont 20.000 personnes au total qui ont été licenciées, soit environ la moitié de ses effectifs mondiaux. Le Wall Street Journal fait état d'une dette d'environ 19 milliards de dollars et près de 700.000 véhicules en grande partie inutilisés à cause du coronavirus.
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Un seul fait donne l'ampleur de la débandade : fin mai, le loueur de voitures américain Hertz, plus que centenaire et connu dans le monde entier, s'est placé sous le régime américain des faillites. L'opérateur a été frappé au coeur par la pandémie de Covid-19, qui a causé une baisse brutale de ses revenus et des réservations futures. Le 21 avril, Hertz avait déjà annoncé supprimer 10.000 emplois en Amérique du Nord, soit 26,3% de ses effectifs mondiaux, pour réaliser des économies et mieux affronter l'incertitude. Il y a 10 jours, le groupe a précisé que ce sont 20.000 personnes au total qui ont été licenciées, soit environ la moitié de ses effectifs mondiaux. Le Wall Street Journal fait état d'une dette d'environ 19 milliards de dollars et près de 700.000 véhicules en grande partie inutilisés à cause du coronavirus. Et maintenant ? La location professionnelle devrait redémarrer au fil de la reprise industrielle et commerciale, mais une partie notable de l'activité restera sur le carreau. Car le visage des vacances 2020 sera aussi très différent : par peur du virus, beaucoup de touristes décident de partir moins loin que d'ordinaire, préférant un moyen de déplacement non commun et non partagé. " Les distances franchies devraient aussi être plus courtes avec une part plus importante de flux domestique, assurait récemment à La Libre Jean-Michel Decroly, professeur de géographie, de démographie et de tourisme à l'ULB. Il est vraisemblable aussi qu'on voie se réduire les concentrations de touristes dans les hotspots, notamment parce que dans certaines destinations courues, les pouvoirs publics vont prendre des mesures pour les réduire. " " Tout semble indiquer que l'usage de l'automobile devrait être particulièrement prisé au cours des prochains mois, assure donc Philippe Dehenin, président de Febiac, la Fédération de l'industrie de l'automobile et du cycle. Et pour cause : si le déconfinement peut s'amorcer, les mesures de distanciation sociale ainsi que l'application des gestes barrière vont, quant à elles, bien perdurer dans le temps. Et quel autre moyen de transport qu'une automobile offre à son occupant la garantie d'une distanciation physique aussi sûre ? La Première ministre elle-même n'a-t-elle pas appelé ses concitoyens à favoriser le recours préférentiel aux moyens de transport individuels. " Et la tendance soudain de s'inverser. Au lieu de se débarrasser de " voitures coûteuses, polluantes et encombrantes ", le réflexe de préservation avec l'épidémie conduit à moins se déplacer. Et, quand il le faut absolument, à privilégier un cocon protecteur bien à soi. D'autant que face à cette réalité, l'automobile est non seulement perçue comme sécurisante, mais aussi comme le moyen de retrouver une liberté de mouvement brutalement supprimée par le confinement. " Il est clair que quand la surface partagée devient trop étriquée, le recours à la voiture individuelle, - éventuellement au vélo - devient plus intense, explique Joost Kaesemans, porte-parole de Febiac. La voiture, c'est un peu comme une extension de chez soi. Quand on a introduit l'interdiction de fumer en présence d'enfants, des conducteurs ont protesté qu'ils étaient 'chez eux' dans leur voiture. On voit pourtant bien la différence puisqu'on circule sur la voie publique. C'est un sentiment irrationnel, mais il faut en tenir compte. " Les chiffres de Belvilla, spécialiste de la réservation en ligne de locations de vacances, montrent que de très nombreux Belges ont choisi de passer leurs vacances au pays cette année. Par rapport à l'an dernier, cela représente une hausse de pas moins de 265 %. La France, une destination également très appréciée par les Belges, se situe à la deuxième place, avec une croissance de près de 161 %. En troisième position se trouvent nos voisins du Nord, avec une augmentation de plus de 96 %. L'Espagne se classe quatrième, avec un accroissement de 34 %. Un sondage réalisé pour la start-up Virtuo montre par ailleurs que 77% des citoyens comptent privilégier la voiture pour leurs déplacements à l'occasion de leurs vacances. Cela représente un bond de 22 points, compensant presque exactement les reculs du train et de l'avion (23% contre 45,5% avant). Selon une étude menée aux Etats-Unis le mois dernier par IBM, les transports publics mais aussi les taxis et les véhicules avec chauffeurs (VTC) devraient perdre une partie importante de leurs passagers du fait de la baisse de l'utilisation des transports et d'un recours plus important aux véhicules individuels. L'étude souligne aussi le fait que les déplacements vers le centre des métropoles devraient sensiblement se réduire. Plus de 17% des sondés ont déclaré avoir l'intention d'utiliser plus souvent leur voiture. Pour ceux qui prenaient régulièrement les transports en commun avant l'épidémie - le bus, le métro et le train - 20% ont l'intention de ne plus du tout les utiliser et 28% de les prendre moins fréquemment. Une différence considérable. " Nous manquons encore de chiffres précis sur une éventuelle augmentation des réservations pour les deux mois de vacances scolaires, mais beaucoup de gens étaient dans l'incertitude, réagit Frank Van Gool, directeur général de Renta, la fédération belge de location de véhicules. Les loueurs ont réduit leur flotte en mars et avril. On pourrait donc même constater un éventuelle pénurie dans certaines catégories de véhicules. Mais il faut espérer que ce marché suive celui du B to B, qui a déjà récupéré 70% de son volume. " C'est d'autant plus rageant que la flotte et le volume d'affaires augmentaient de 3 à 5% par an ces cinq dernières années. Les analystes estiment qu'il faudra de deux à trois ans pour simplement revenir au niveau initial avant Covid. La voiture perçue, plus encore aujourd'hui, comme une protection contre les agressions extérieures. C'est ce qui ressort d'un autre sondage, réalisé il y a deux mois par l'Association 40 millions d'automobilistes, juste avant le confinement. Plus de quatre Français sur cinq (82,3%) déclaraient alors que la voiture restait leur moyen de transport favori, contre 7% pour la moto, 5,4% la marche et 3,6% le vélo. Un raz-de-marée pour le transport individuel au détriment du collectif vécu avant tout comme une contrainte.