Il n'y a aucun doute sur la question de savoir si le pacte migratoire est obligatoire ou non. Même s'il ne cesse d'énoncer à propos des Etats, qu'ils " s'engagent ", ce texte, qui ne fera d'ailleurs pas l'objet d'une loi d'approbation par le Parlement, ne crée pas de véritables engagements dans le chef des Etats contractants et donc de la Belgique si elle le signe. C'est, comme de nombreux textes internationaux, de la soft law, dépourvue de force contraignante mais qui peut avoir de l'influence pour l'interprétation de véritables traités, voire de lois internes.

À la lecture de ce texte, qui paraît souvent bien indigeste, on constate qu'il ne met pas vraiment en cause la " souveraineté " des Etats, sacro-sainte aux yeux de la droite nationaliste. Ceux-ci demeureront malheureusement libres de refuser des migrants, mêmes pacifiques et dépourvus de la moindre intention de nuire. C'est sans doute dommage parce qu'un monde libre devrait être un monde où chacun peut circuler à sa guise, séjourner où il le veut et travailler là où un emploi lui est offert, sans discrimination et sans favoritisme. Mais hélas, les Etats sont attachés à leurs privilèges et, ni à gauche ni à droite, on ne discerne une véritable intention de bannir les frontières, ni de les ouvrir à ceux qui, aujourd'hui, souffrent de ne pas avoir " le bon passeport ", de ne pas être soumis au bon maître.

Derrière le pacte sur les migrations, il y a une volonté d'Etat providence mondial.

On pourrait d'ailleurs très bien se montrer ouverts aux migrants sans signer avec des dictateurs et autres dirigeants corrompus, un accord sous l'égide de l'Onu, où des Etats totalitaires font souvent la loi, sans respecter ni les droits humains ni les traités qu'ils signent.

Signer ou non le pacte sur les migrations ne changera rien à cet état de fait. Celui-ci proclame de très nombreux engagements, mais ceux-ci portent, non pas sur des libertés à reconnaître aux migrants, mais sur des " droits-créances " de ceux-ci envers les Etats, sur de l'aide, de l'assistance qui devrait leur être due. On se garde bien de leur reconnaître le droit de vivre ou de travailler dans le pays de leur choix. On se contente d'amener les Etats à les assister dans la recherche d'emploi, l'éducation, la santé, la connaissance des langues, le respect de leur culture d'origine, etc.

En somme, le rêve, pour les auteurs du pacte n'est pas un monde libéral où chacun peut faire ses choix, mais une grande social-démocratie, avec de nombreux droits économiques et sociaux, obligeant les Etats à de multiples prestations envers les migrants au même titre qu'envers les citoyens du pays d'accueil.

Derrière le pacte sur les migrations, il y une volonté d'Etat providence mondial, de gouvernements jouant le rôle de fournir des prestations multiples, à charge des contribuables, avec le risque que leur territoire soit choisi comme lieu de migration, non pas parce qu'il est politiquement relativement libre ou économiquement attrayant, mais précisément parce qu'il fournit des allocations plus ou moins généreuses.

Ce n'est pas le premier traité ou le premier pacte qui, sous l'égide de l'Onu, promeut cette idéologie fondée sur un Etat souverain mais généreux avec l'argent des autres. Celle-ci est diamétralement opposée à celle d'un Etat libre qui ne met aucune entrave à l'émigration mais qui n'utilise pas le budget pour la favoriser, un Etat qui laisse faire sans assister.

Il est évident que la N-VA, parce qu'elle est nationaliste, n'accepterait pas plus le modèle de l'Etat libre et neutre par rapport aux migrations que le modèle défendu par le pacte, celui d'Etats souverains, bureaucratiques, interventionnistes et porteurs d'assistance réglementée. Quant aux autres partis, ils montrent une fois de plus que ce dernier modèle, celui du gouvernement omniprésent, qui s'occupe de tout, en général très mal, et coûte très cher, est définitivement le leur, malgré ses échecs qui font la ruine de l'Europe.