Les recteurs sont évidemment bien placés pour constater les lacunes en langues de leurs étudiants. Par ailleurs, chacun se demande depuis longtemps comment il est possible qu'un si grand nombre d'élèves bruxellois terminent le secondaire sans aucune connaissance pratique du néerlandais, qu'ils ont pourtant étudié, de manière obligatoire, pendant 10 ans.

Les réactions des politiques ont été à ce point enthousiastes qu'on se demande pourquoi ils n'y ont pas pensé plus tôt. A moins que leur objectif réel soit de récupérer l'idée pour mieux la contrôler... Le problème est évidemment que, dans un pays où tout est réglementé, et où les normes relatives à l'emploi des langues sont sacro-saintes, il n'est actuellement pas possible de mettre en oeuvre cette proposition. Celle-ci est d'ailleurs réjouissante, si un jour elle est finalement mise en pratique, parce qu'elle montre qu'il est indispensable de permettre une plus grande diversité des écoles. Lorsqu'on parle d'éducation en Belgique, on aborde, dans chacune des trois Communautés, le statut de l'" école ". Le prétendu " Pacte d'excellence ", dont le nom relève de la propagande, entend régir l'" école " y compris lorsqu'il entend obliger toutes les écoles à enseigner à tous la pratique du métier de technicien de surface, et à ne surtout plus apprendre l'histoire et la géographie.

C'est encore à une idée unique de l'école qu'on se réfère lorsqu'on veut encore allonger le " tronc commun ", pour des élèves qui sont, par définition, différents les uns des autres. Pour les bureaucrates qui l'ont imaginé, ce pacte part de l'idée que tout le monde doit apprendre la même chose, au même moment. Et bien sûr, à part quelques expériences dûment encadrées d'enseignement par immersion, chaque Communauté impose à tous sa propre langue.

Il serait temps de libéraliser l'école, de se rendre compte que tous les enfants ont des aspirations différentes et des besoins différents, et qu'il faut veiller, le plus possible, à permettre à chaque enfant de trouver " son " école plutôt que d'uniformiser les règles sous prétexte de la recherche d'" égalité ". Notre système tolère au contraire de moins en moins les différences entre les écoles : toutes tenues aux mêmes règles, même celles du réseau prétendument " libre ", aux mêmes programmes, et limitées dans le choix des professeurs, soumis à des statuts quasi uniformes. Depuis le funeste " décret inscription ", la liberté des parents de choisir l'école de leurs enfants a elle aussi disparu, en tout cas au début du secondaire.

Ce n'est pas l'égalité des droits qui est protégée, mais l'égalitarisme forcené, avec un régime identique pour tous.

La machine à niveler, bien sûr par le bas, gomme petit à petit toute vraie autonomie aux réseaux et aux directions : le ministère sait mieux que tout le monde. Mieux que les réseaux, que les directeurs, les professeurs et les parents. Le système croit savoir ce qui est le mieux pour chaque enfant. Sa doctrine est exclusivement destinée à assurer au mieux une conception rigide de l'" égalité ". Ce n'est pas l'égalité des droits qui est protégée, mais l'égalitarisme forcené, avec un régime identique pour tout le monde. Aux yeux des politiques, une école exécrable pour tout le monde est un progrès, pour autant qu'elle soit également mauvaise pour tous.

C'est pourtant une discrimination que d'imposer des règles identiques à des personnes placées dans des situations objectivement différentes. Les écoles devraient se donner comme objectif de permettre à chacun de réaliser au mieux ses buts dans la vie, de lui donner les instruments nécessaires pour faire le mieux de ce dont il est capable. Cela n'est pas possible avec un système " d'école unique ". Quant au choix nécessaire entre des écoles diverses, c'est évidemment aux parents qu'il revient. Pourtant, on n'entend plus jamais dire, dans aucun parti, que les parents sont les meilleurs juges des choix scolaires de leurs enfants. On n'accepte plus, parmi les politiciens, de reconnaître qu'il s'agit des enfants de leurs parents, et non de ceux de l'Etat, de la Communauté ou de la commune.

L'un des grands mérites des recteurs est de montrer, dans le cas particulier des langues, qu'il faut des écoles diverses. Lorsque, comme on l'espère, leur école existera, sa seule diversité sera un motif de son succès. Parce que les parents en ont assez de n'avoir le choix qu'entre des écoles plus ou moins identiques. Le succès des pédagogies alternatives est là pour le montrer, malgré la faible marge de manoeuvre laissée aux pouvoirs organisateurs. C'est aussi une façon de montrer qu'il faut décentraliser l'éducation, dégraisser le ministère et les administrations, et laisser à chaque école une autonomie dans le programme, la manière d'enseigner, la langue et le choix des professeurs. Et cela implique aussi le retour au libre choix de l'école par les enfants et leurs parents.