Ceci étant, évaluer ex ante l'impact de l'élection de tel ou tel candidat reste un exercice difficile, puisqu'il faut se baser sur un programme et des déclarations qui, on le sait, ne seront pas suivis à la lettre. D'autres problèmes peuvent survenir, tels qu'une minorité au Congrès américain, ce qui a notamment laissé un goût de " trop peu " au mandat de Barack Obama. Essayons néanmoins ici d'évoquer les conséquences économiques de l'élection d'Hilary Clinton ou de Donald Trump.

Relancer l'économie américaine

La question de l'ouverture de l'économie et du commerce mondial représente un élément crucial de divergence entre les deux candidats, qui impactera inévitablement le commerce international.

L'enjeu économique est de taille. En effet, l'économie américaine est dans la phase mature de son cycle économique : elle n'accélère plus et bien que la croissance de l'activité permette encore de créer des emplois, le rythme de ces créations diminue. Bref, l'économie américaine est à la recherche d'un second souffle, après trois années plutôt positives. Dans ce contexte, une nouvelle impulsion de la politique budgétaire serait la bienvenue, alors que l'activité du secteur public n'a que très modestement (pour ne pas dire pas du tout) contribué à la croissance économique depuis 2010. On imagine par ailleurs que le(la) nouveau(elle) président(e) voudra dès le début de son mandat marquer les esprits par des décisions fortes, stimulant l'économie par la relance budgétaire. Par ricochet, ce serait toute l'économie mondiale qui en profiterait.

Attention aux finances publiques

Mais c'est évidemment là que commence la divergence entre les deux candidats. Si on s'en tient à leur programme, madame Clinton apparaît, sans surprise, comme la candidate de la continuité. Une légère augmentation des recettes fiscales, prélevées principalement sur les revenus les plus élevés, devrait permettre des dépenses supplémentaires (on parle ici de 1.000 à 2.000 milliards de dollars supplémentaires au cours des 10 prochaines années). Par contre, monsieur Trump est plus radical : une baisse drastique de la fiscalité (ciblée plus particulièrement sur les hauts revenus) plomberait les recettes fiscales de plus de 10.000 milliards de dollars en 10 ans, alors que la réduction des dépenses publiques resterait marginale. Ceci pourrait dans un premier temps donner une impulsion majeure à l'économie américaine par une augmentation des revenus de la population. Elle serait néanmoins de courte durée, et à plus long terme, le taux d'endettement prendrait une trajectoire explosive.

La "déglobalisation" en marche

Au-delà de la relance budgétaire, l'avènement d'un(e) nouveau(elle) président(e) pourrait avoir d'autres conséquences sur l'économie mondiale. En quelque sorte, Donald Trump, au même titre que le Brexit ou les initiatives europhobes et/ou protectionnistes qui fleurissent en Europe, est le reflet d'un mouvement de " déglobalisation ". La question de l'ouverture de l'économie et du commerce mondial représente donc un autre élément crucial de divergence entre les deux candidats, qui impactera inévitablement le commerce international, et donc notre économie fondamentalement tournée vers le reste du monde.

Et l'Europe ?

Enfin, pour les marchés financiers, la " continuité " d'Hillary Clinton serait probablement plus rassurante que l'incertitude liée à Donald Trump. Ce serait certainement le cas en Europe, où ce dernier a une image plus impopulaire qu'aux Etats-Unis. Il faudrait encore, dans le cas européen, ajouter l'impact sur le taux de change entre l'euro et le dollar. La monnaie américaine serait en effet probablement plus impactée (à la baisse) en cas de victoire de Monsieur Trump.

On le voit, au-delà des réactions émotionnelles ou politiques que suscitent les deux candidats, cette élection présidentielle américaine est un enjeu économique pour tous. En n'oubliant pas qu'elle ne fait qu'ouvrir un véritable marathon électoral qui passera par l'Autriche, la France, les Pays-Bas, l'Allemagne et peut-être encore l'Italie et l'Espagne dans les 12 prochains mois.