A lire aussi: Olivier Maingain : "Je veux bien être le sauveur, mais pas à n'importe quel prix"
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A lire aussi: Olivier Maingain : "Je veux bien être le sauveur, mais pas à n'importe quel prix"Dans la Région de Bruxelles-Capitale et pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, une majorité sans le PS a mathématiquement besoin de l'apport de DéFI. En attendant d'y voir plus clair, nous pouvons d'ores et déjà tirer trois leçons de cette crise politique. Il domine tellement le paysage politique francophone et depuis si longtemps, et il a traversé, à peine écorné, tant d'affaires politico-financières, que l'on avait fini par croire le PS inoxydable. Eh bien non : le PS peut vaciller et - l'exemple français l'a montré - le vent tournant, les choses peuvent aller excessivement vite. De quoi dépend le sort du PS ? D'abord et avant tout, de ce que ses adversaires réaliseront sans lui. Les résultats du gouvernement Borsus, ainsi que l'état d'esprit qu'il dégagera, détermineront l'ampleur de la marge de manoeuvre du principal parti d'opposition en Wallonie. Ensuite, du sort de Bruxelles. Le PS est un parti de pouvoir. S'il est exclu de l'exécutif bruxellois (et donc de tous les gouvernements), il n'échappera pas à la guerre des chefs, des clans et des lignes politiques, qui pourrait conduire à l'éclatement du parti. En revanche, s'il conserve une partie de ce pouvoir, ne serait-ce que dans la " petite " Région bruxelloise, et accessoirement en cogestion de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Parti socialiste peut éviter le déclenchement d'une guerre interne. Enfin, le destin du PS dépend aussi très classiquement de sa capacité à profiter de la cure d'opposition pour regagner la sympathie de l'électorat de gauche. C'est-à-dire une opposition dénuée de toute rancoeur (un mauvais perdant ne séduit jamais), avec sans doute un brin d'humour (à l'exemple de Raoul Hedebouw) et certainement de nouvelles têtes comme Pierre-Yves Dermagne ou Patrick Prévot. En tout cas, il ne l'est pas plus que Benoît Lutgen. Au lendemain du scrutin de 2014, l'intention des libéraux était déjà de nouer des alliances en vue de renvoyer le PS dans l'opposition à tous les niveaux de pouvoir. A l'époque, le cdH n'avait pas suivi et avait, au contraire, rapidement reconduit les accords régionaux avec le PS. Embarqué avec la N-VA, le MR était " le " pestiféré, le traître à la cause francophone... Trois ans et quelques scandales plus tard, les humanistes ont reconsidéré leur position. Ils sortent ainsi le MR d'un isolement qui turlupinait sérieusement quelques libéraux. La sortie est d'autant plus triomphale que, par un étonnant coup de billard à trois bandes, le MR redevient également fréquentable par le PS. Les déclarations de ces dernières semaines sont limpides : les socialistes wallons la jouent fair-play vis-à-vis des libéraux mais n'affichent plus que du mépris envers les humanistes. Pour eux, depuis le 19 juin, le cdH a relayé le MR dans le rôle du traître. Et voilà comment les coalitions laïques redeviennent soudain moins improbables qu'hier. D'ordinaire, les Belges votent et les partis disposent. Cette fois, cela sera différent. Le cdH ayant lié son destin à celui du MR, les électeurs se retrouveront de facto face à une sorte de simple choix gauche-droite : valider ou non la nouvelle majorité wallonne. Et ce sera encore plus clair si Ecolo doit remplacer le cdH à Bruxelles (ce qui explique en partie la vive réticence des Verts à monter dans le gouvernement Vervoort). Vous saurez avant de voter qui sera l'allié de qui, à l'image du scrutin majoritaire français avant que La République en marche ne bouscule le jeu. Attendez-vous en tout cas à ce que le PS et le MR martèlent ce scénario durant la campagne afin de rassembler leur camp et de forcer les hésitants à choisir. Il y aura toutefois un sacré cheveu dans la soupe majoritaire : le PTB. Si la gauche radicale maintient son refus des compromis gouvernementaux, il est possible qu'aucun des blocs ne soit majoritaire. Et alors, tout redeviendra possible. Comme au bon vieux temps du scrutin proportionnel.