Une histoire derrière laquelle on retrouve des questions d'argent et de transferts du nord vers le sud. Ceux-ci pointeraient à 6,4 milliards d'euros, d'après l'évaluation publiée en ce début juillet par Eric Dor, le directeur des études économiques de l'IESEG School of Management de Lille et Paris. Ce montant recouvre la différence entre le revenu primaire des ménages (revenu du travail et de la productivité avant tout prélèvement) et leur revenu disponible (après prélèvements et redistribution au travers de la sécurité sociale).
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Une histoire derrière laquelle on retrouve des questions d'argent et de transferts du nord vers le sud. Ceux-ci pointeraient à 6,4 milliards d'euros, d'après l'évaluation publiée en ce début juillet par Eric Dor, le directeur des études économiques de l'IESEG School of Management de Lille et Paris. Ce montant recouvre la différence entre le revenu primaire des ménages (revenu du travail et de la productivité avant tout prélèvement) et leur revenu disponible (après prélèvements et redistribution au travers de la sécurité sociale). Cette solidarité interpersonnelle coûterait en moyenne 985 euros par an aux habitants de la Flandre, chiffre Eric Dor. Un montant certes important mais, d'une part, comparable aux transferts intra- régionaux dans les autres pays européens et, d'autre part, sujet à de solides correctifs si l'on devait répartir les recettes selon le lieu de travail plutôt que selon le domicile. Bruxelles passerait alors de 8 à... 30% des recettes de cotisations sociales (55 milliards), ce qui change totalement la perception du modèle. Eric Dor a eu la bonne idée de dépasser le cadre nord-sud pour envisager les flux entre les provinces. Cela permet de sortir du débat communautaire classique puisque l'on retrouve une province wallonne (le Brabant wallon) parmi les premiers contributeurs nets et des provinces flamandes (Limbourg et Flandre-Occidentale) parmi les bénéficiaires de la solidarité interpersonnelle. Le découpage provincial confirme que les deux Brabant constituent l'indéniable poumon économique du pays. Leurs habitants paient, en moyenne, de 2.699 (Brabant wallon) à 3.543 euros (Brabant flamand) chaque année au titre de la solidarité avec les habitants des autres provinces. Seules les populations d'Anvers et de Flandre-Orientale sont aussi des contributrices nettes, mais dans une plus faible proportion. D'où vient cette formidable concentration de richesse en Brabant ? La présence des universités de Leuven et Louvain-la-Neuve, avec les parcs d'activité économique qui les entourent, n'y est évidemment pas étrangère. Mais il faut y ajouter la proximité de la capitale européenne, qui rayonne bien au-delà des 19 communes. Le vrai gros poumon économique du pays, il est là, imbriqué dans trois Régions. Et il est serait sans doute contre-productif, voire illusoire, de vouloir le diviser. Un élément à garder à l'esprit si des discussions confédérales devaient s'ouvrir un de ces jours. On avait dit qu'on s'écartait du débat communautaire, cela n'a pas duré longtemps... Restons-y, à ce débat communautaire, avec une autre remarque provenant de ce découpage provincial. On a cru comprendre qu'une partie de la Flandre était lasse des transferts financiers au profit de la Wallonie et de Bruxelles. Ces transferts sont-ils plus acceptables entre Anvers et le Limbourg qu'entre la Flandre-Orientale et Liège ? La réponse sera éclairante quant aux motivations profondes des revendications nationalistes. L'économiste Eric Dor est descendu un cran plus bas que les provinces pour s'intéresser aux arrondissements. A nouveau, on retrouve quelques arrondissements wallons qui viennent se glisser parmi les entités contributrices à la solidarité interpersonnelle. A l'autre bout du classement, cinq arrondissements hainuyers comptent parmi les six plus grands bénéficiaires de cette solidarité. Le Hainaut est, avec le Limbourg, la seule province qui n'affiche aucun arrondissement " contributeur net ". Un cinglant constat d'échec pour un territoire abreuvé d'aides européennes depuis 30 ans. Et un élément très interpellant à prendre en compte si, dans les prochains jours, des négociateurs wallons devaient enfin se décider à avancer sérieusement vers la confection d'un accord de gouvernement.