En entendant ces jours-ci le président de l'antenne régionale de la Fed à Minneapolis déclarer sérieusement que les Etats-Unis ont besoin d'accroître encore leur endettement, en écoutant le président de la Banque centrale européenne souligner qu'il n'y a pas spécialement de limites dans la capacité de la BCE d'assouplir encore et encore sa politique monétaire, en apprenant que la Banque du Japon s'inquiète de la récente faiblesse de l'appareil de production japonais et se prépare à injecter à nouveau massivement des liquidités dans le système, on songe à cette réplique de Bernard Blier dans Les Tontons Flingueurs : "Je vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours." On connaît la fin de la scène, brutale et douloureuse pour l'appendice nasal de Blier.
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En entendant ces jours-ci le président de l'antenne régionale de la Fed à Minneapolis déclarer sérieusement que les Etats-Unis ont besoin d'accroître encore leur endettement, en écoutant le président de la Banque centrale européenne souligner qu'il n'y a pas spécialement de limites dans la capacité de la BCE d'assouplir encore et encore sa politique monétaire, en apprenant que la Banque du Japon s'inquiète de la récente faiblesse de l'appareil de production japonais et se prépare à injecter à nouveau massivement des liquidités dans le système, on songe à cette réplique de Bernard Blier dans Les Tontons Flingueurs : "Je vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours." On connaît la fin de la scène, brutale et douloureuse pour l'appendice nasal de Blier.Aujourd'hui, les banques centrales brandissent elles aussi leurs "flingues de concours". Mais plus grand monde ne croit encore en leur puissance de feu. Comme le souligne Alberto Gallo, l'économiste vedette de Royal Bank of Scotland, les diverses opérations d'assouplissement monétaire, qui ont conduit aujourd'hui à ces injections massives d'argent, ont surtout eu trois effets collatéraux dommageables : une augmentation des inégalités (ceux qui ont pu bénéficier de cet argent pas cher ont acquis des actifs générant des revenus, tandis que les autres ont vu leur salaire stagner), une mauvaise allocation des ressources (quand l'argent n'est pas cher, on a tendance à faire un peu n'importe quoi) et, corollaire, la création de bulles dans les marchés. Ces conséquences néfastes ont toutes abouti, d'une manière ou d'une autre, à abaisser le potentiel de croissance des économies développées, autrement dit, à réduire la cylindrée du moteur économique. Et du coup, malgré cette injection de carburant, la menace de déflation que l'on croyait avoir éradiquée au printemps revient hanter les nuits des banquiers centraux. Comment en effet arrêter ce cercle vicieux, qui veut que les injections de liquidités affaiblissent la croissance de nos économies, et que face à cette faiblesse, on demande d'injecter encore davantage d'argent dans le système ? Certes, depuis quatre ans, quelqu'un comme le président de la BCE Mario Draghi, clame qu'il ne peut pas sauver tout seul l'économie européenne. Des actions politiques sont nécessaires pour accompagner ces opérations monétaires. Il faut agencer des réformes, redonner confiance, lancer des projets et retrouver cette croissance que nous cherchions désespérément depuis huit ans. Mais aujourd'hui, un peu partout dans le monde, à l'image de cette Europe en panne dont nous dressons le diagnostic dans le Trends-Tendances de cette semaine, le relais politique se fait attendre.Paradoxalement, l'électrochoc pourrait venir de ces dizaines de milliers de réfugiés qui viennent frapper à nos portes. Peter De Keyzer, le chief economist de BNPP Fortis, nous le disait voici quelques jours : ces gens qui fuient en masse leur pays sont plutôt une solution qu'un problème : "Il est temps, dit-il, de faire entrer l'immigration dans les gènes européens, comme elle fait partie depuis le début de l'ADN des Etats-Unis. L'Europe dans son entier, et pas seulement l'Union européenne, est soumise à un grave problème démographique. Elle abrite 730 millions d'habitants. Ce chiffre va diminuer de 100 millions d'ici à 2100". Les Allemands, nation démographiquement plus vieillissante que la nôtre mais qui, avec la réunification, possède l'expérience récente de l'intégration massive d'une nouvelle population, sont ceux qui comprennent le mieux cette opportunité : 96 % d'entre eux estiment justifié d'accueillir ces réfugiés et près d'un Allemand sur deux estime que ce flux migratoire offre "plutôt des avantages pour le pays". Quand Angela Merkel clame qu'elle peut accueillir 800.000 réfugiés, elle exprime un devoir humanitaire. Mais elle manifeste aussi, pour citer Adam Smith, un "intérêt éclairé". Une vision que toute l'Europe devrait embrasser.