Ils ne défient pas le pouvoir politique. Ils semblent, au contraire, avoir envie de lui faire confiance (une dernière fois, peut-être...) pour prendre les décisions concrètes susceptibles de répondre aux priorités sociales et environnementales.
...

Ils ne défient pas le pouvoir politique. Ils semblent, au contraire, avoir envie de lui faire confiance (une dernière fois, peut-être...) pour prendre les décisions concrètes susceptibles de répondre aux priorités sociales et environnementales. Faut-il taxer le kérosène, supprimer les voitures de société, subsidier les travaux d'isolation, développer l'offre de transports en commun, prolonger les centrales nucléaires ? Les manifestants pour le climat ne tranchent pas toutes ces questions concrètes mais ils les placent tout en haut de l'agenda politique. Avec ce message sous-jacent : cessez de vous quereller sur tel ou tel point précis et accordez-vous sur un plan d'ensemble susceptible d'inverser le cours des choses. Ce mouvement prend totalement de cours le monde politique, lui qui préfère les débats ciblés et manichéens du type " faut-il, oui ou non, réduire la TVA sur l'électricité ? ". La question n'est pas de savoir s'il faut un, deux, trois ou quatre ministres du Climat (en France, avec un ministre, et pas n'importe lequel, on s'est heurté à la même cacophonie politique) mais si toutes les personnes concernées, tous les partis, sont capables de dépasser leurs stratégies politiciennes pour s'accorder sur un projet climatique global. Et à ce stade, la réponse est malheureusement non. Quand on voit les caricatures que les mandataires écologistes et libéraux s'envoient à la tête autour des projets d'extension du métro bruxellois (à les entendre ou les lire, les uns seraient en réalité anti-transports en commun et les autres des obsédés du 4x4), on se dit qu'on est vraiment loin du compte et que les partis ne prennent décidément pas la mesure du ras-le-bol que leurs comportements suscitent dans la population. Ce sont là des propos de campagne, dira-t-on. Les partis doivent se positionner et affirmer leurs différences en vue du scrutin du 26 mai. On peut aussi inverser la logique. Une campagne électorale, qui plus est avec un gouvernement fédéral démissionnaire, c'est justement la courte période pendant laquelle il n'y a pas vraiment de majorité et d'opposition, pendant laquelle on devrait donc plus facilement pouvoir imaginer des projets communs et des passerelles entre les partis. Les manifestants, jeunes et moins jeunes, ont donc raison de maintenir la pression sur le monde politique. Ils ne remettent pas en cause sa légitimité mais plutôt son fonctionnement, jugé beaucoup trop clivant, au point de rendre quasi impossible de larges regroupements autour des enjeux essentiels. Or, une assise très large semble indispensable pour expliquer et assumer des dispositions qui ne seront pas toutes agréables et qui, a rappelé le Premier ministre Charles Michel, impliqueront " une transformation dans notre façon de consommer, de produire, de nous déplacer ou encore de travailler ". Le monde politique parviendra-t-il à faire évoluer son mode de fonctionnement, à y intégrer sans doute une dose de démocratie participative ? L'enjeu est crucial pour l'avenir de notre système politique. Car en cas d'échec, l'opinion publique pourrait tenter d'emprunter d'autres voies, plus extrémistes. " Le pays vit ce qu'on pourrait qualifier d'état gazeux de la politique, résumait récemment François Brabant, le rédacteur en chef du trimestriel Wilfried. Des molécules inconnues flottent dans l'air, mais leur va-et-vient n'est pas encore solidifié en nouveaux concepts, nouveaux partis, nouveaux programmes. Nul ne sait sous quelle forme le mécontentement se solidifiera. "