Les indicateurs de l'économie américaine sont au vert... attention à la guerre commerciale

14/09/18 à 10:24 - Mise à jour à 10:24

Source: Belga

Dix ans après l'effondrement de Lehman Brothers et la catastrophe financière qui a suivi, les Etats-Unis connaissent un cycle de croissance exceptionnellement long. Pour l'heure, les principaux indicateurs sont au vert mais une guerre commerciale pourrait les faire virer au rouge.

Les indicateurs de l'économie américaine sont au vert... attention à la guerre commerciale

© Getty Images/iStockphoto

Au vert

Indice manufacturier robuste, confiance des consommateurs au plus haut, chômage historiquement bas, créations d'emplois solides, croissance supérieure à 4%, records à la Bourse... La plupart des baromètres préférés des économistes incitent peu à l'inquiétude.

Un peu moins "bouillant" d'après Chris Low, chef économiste de FTN Financial, le ralentissement des mises en chantier cet été, bien que cet indice, tout comme l'ensemble du marché immobilier, n'a d'après lui plus le même poids sur l'économie qu'avant la crise financière de 2008.

Ces indicateurs s'inscrivent dans un contexte de résultats d'entreprises florissants, soutenus par une généreuse réforme fiscale. Les profits des 500 plus grosses entreprises américaines ont augmenté de 25% au deuxième trimestre, le meilleur depuis 2010 d'après la société FactSet.

A l'orange

En août, le taux de chômage, installé sous les 4%, a participé à la progression des salaires de 2,9% sur une base annuelle, au plus haut depuis neuf ans.

Cette accélération alimente l'inflation, déjà élevée puisque l'indicateur préféré de la banque centrale américaine (Fed), l'indice des prix basé sur les dépenses de consommation (PCE), évolue au plus haut depuis six ans d'après les chiffres de juillet.

Garante de la stabilité des prix, la Fed est encouragée à accélérer ses hausses de taux et devrait agir deux fois d'ici décembre.

Or ces hausses devraient renchérir un peu plus le coût du crédit pour les ménages et les entreprises américains et pourraient brider la croissance, au moment où certains s'inquiètent justement d'une hausse trop rapide des taux.

"Nous pourrions continuer à augmenter les taux sans que l'économie ne le supporte, nous provoquerions alors une récession", a affirmé il y a quelques jours le patron de la Fed de Minneapolis Neel Kashkari dans l'émission MarketPlace.

Le débat sur le taux "neutre" de la Fed, ni trop bas, ni trop haut, se cristallise depuis des mois autour du risque d'inversion de la courbe des taux d'intérêt, ce phénomène qui voit les taux d'emprunt de l'Etat américain à court terme, sensibles aux taux de la Fed, être plus élevés que les taux à long terme.

D'aucuns y voient un signe avant-coureur de récession. De fait "l'inversion de la courbe" a précédé de quelques mois l'ensemble des récessions américaines des cinquante dernières années. Cette courbe n'a pas été aussi plate, et proche de l'inversion, depuis 2007.

Mais certains spécialistes, dont le président de la Fed Jerome Powell lui-même, mettent en doute les pouvoirs de prédiction de cette courbe.

Au rouge

"Le risque majeur de récession est la guerre commerciale. Elle pourrait fait monter les prix et reculer la consommation au moment où la Fed remonte ses taux", estime Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services, un retournement de l'économie étant anticipé par de nombreux observateurs pour 2020.

Le conflit entre Pékin et Washington pourrait encore s'envenimer. Donald Trump menace désormais de taxer la totalité des produits chinois importés aux Etats-Unis, un geste qui pourrait encore fragiliser une économie chinoise en difficulté.

Autre alerte, la crise que traversent plusieurs pays émergents massivement endettés, Argentine et Turquie en tête.

"Avec le plongeon de leur monnaie, il leur devient de plus en plus difficile de rembourser leur dette libellée en devise étrangère. Cela finira par se répercuter sur le monde entier", remarque Tom Cahill, stratégiste pour Ventura Wealth Management.

Une crainte relayée par Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international jeudi: "Le fardeau de la dette rend de nombreux gouvernements plus vulnérables à des changements soudains des conditions financières mondiales et des taux d'intérêt".

L'endettement des pays émergents culmine à 3.700 milliards en dollars et 644 milliards en euros, d'après la Banque des règlements internationaux (BRI).

Du côté politique enfin, les élections américaines de mi-mandat en novembre prendront des allures de référendum sur Donald Trump et pourraient raviver les débats sur sa destitution.

Le vice-présdient Mike Pence "préserverait l'héritage économique de Trump mais il dirigerait une administration extrêmement affaiblie par le doute sur la légitimité de l'équipe dirigeante, y compris la sienne ", affirme M. Low.

Nos partenaires