On le verra dans ce numéro, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge. Avec près de sept semaines de retard sur le calendrier initial qui doit voir 70% de la population adulte vaccinée, notre économie belge accuse déjà, selon les chiffres de l'assureur crédit Euler Hermes, un manque à gagner de 4 milliards d'euros. Pour l'Europe, la facture liée au retard de vaccination s'élève à près de 110 milliards.
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On le verra dans ce numéro, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge. Avec près de sept semaines de retard sur le calendrier initial qui doit voir 70% de la population adulte vaccinée, notre économie belge accuse déjà, selon les chiffres de l'assureur crédit Euler Hermes, un manque à gagner de 4 milliards d'euros. Pour l'Europe, la facture liée au retard de vaccination s'élève à près de 110 milliards. Ce constat n'est pas une énième lamentation mais plutôt une invitation à se retrousser les manches et à accélérer le tempo. Si le retard n'est pas résorbé, l'Europe ne pourra afficher cette année qu'une croissance de 2 ou 3% alors que l'économie américaine s'apprête à bondir de 5% et que la Chine devrait afficher une croissance de 8%. Dans la compétition économique mondiale, l'Union européenne se trouverait dans une très mauvaise position, un peu comme un coureur de fond enfermé en queue de peloton. La dynamique de sortie de crise revêt donc une importance toute particulière, non seulement pour asseoir une position compétitive par rapport aux autres zones économiques mais aussi parce que c'est elle qui va déterminer notre capacité à réformer l'économie et à assainir des finances publiques mises à fortes contribution depuis 15 ans. Or, la sortie de crise sera difficile. On voit aujourd'hui que les entreprises et les banques restent accros aux aides publiques. Le Royaume-Uni, sans doute le pays européen le plus avancé dans la vaccination, ne parvient pas encore à trouver l'exit. Le gouvernement britannique a dû se résoudre la semaine dernière à transformer les prêts "Covid" garantis en recovery loans, bénéficiant toujours de la garantie de l'Etat à 80%. Bien sûr, au sein de l'Union européenne, la bonne nouvelle, c'est ce plan de relance de 750 milliards d'euros, Next Génération EU, qui doit stimuler la reprise. Mais où (dans quels secteurs) et quand? Une grande partie des projets de relance soumis à la Commission européenne sont en effet destinés à rendre l'économie continentale plus verte et plus durable. Rien de répréhensible à cela, au contraire. Cependant, l'économie verte ne sera pas la solution miracle et n'apportera rien à court terme. On ne change pas un mode de production en un tournemain. Comme le souligne Ana Boata, la responsable de la recherche macro pour Euler Hermès, "la transition verte coûtera, à court terme, de la croissance et des emplois ; et elle sera inflationniste: si l'on devait imposer par exemple un prix du carbone à 100 euros la tonne, cela ferait augmenter l'inflation de 1,5%". Ce n'est donc pas l'économie de l'hydrogène qui va nous sortir immédiatement de la crise. Pour retrouver une croissance décente d'ici deux ans, il faudra, au niveau national, stimuler tous les investissements et encourager la consommation. Et puis, considérant que même l'Allemagne a du mal à trouver des projets éligibles aux fonds de relance européens, il faudra demander aux institutions européennes davantage de souplesse dans l'utilisation de ces 750 milliards. Souplesse, le mot est lâché. Souvenons-nous en effet de ce qui s'est passé après la crise de 2008. En nous croyant trop tôt sortis d'affaire, en mésestimant l'impact d'une austérité budgétaire imposée trop tôt et contre-productive, l'Union européenne avait replongé en récession en 2011-2012. Cette crise avait porté un très mauvais coup à toute l'économie du continent et failli emporter la zone euro. Aujourd'hui, l'urgence à court terme est de retrouver une croissance la plus forte possible. Et c'est avec une économie ayant retrouvé ses muscles que l'on pourra, ensuite, s'atteler à la rendre plus durable.