Arrivé au gouvernement en 2017 dans les cartons du nouveau président de centre-gauche Moon Jae-in, la coqueluche du parti démocratique au CV impeccable semblait cocher toutes les cases.

Auteur prolifique de 54 ans, M. Cho avait fait un séjour en prison pour son engagement en faveur des droits de l'Homme, avait passé des années à défendre des causes progressistes et avait plus d'un million d'abonnés sur Twitter.

Et c'est tout naturellement que le président, lui-même un vétéran du combat pour les droits, l'a choisi au début du mois pour le portefeuille de la Justice, avec pour mission la réforme du tout puissant parquet.

Mais cette semaine, les services d'enquête dont M. Cho espère prendre la tête ont mené des perquisitions dans une vingtaine d'institutions dans une enquête sur la scolarité de sa fille et sur un fonds d'investissement.

C'est sur la méritocratie et la valorisation du travail que la Corée du Sud a fondé son relèvement, après la guerre de 1950-1953. Ce qui explique notamment le caractère hyperconcurrentiel de la société, notamment en matière d'éducation.

Mais les grandes écoles sont aussi de plus en plus souvent critiquées pour la pression qu'elles mettent sur les candidats. M. Cho lui-même les avait accusées de contribuer à "une société plus inégale".

- Mea culpa -

D'où les accusations d'hypocrisie quand il est apparu qu'il avait non seulement envoyé sa fille Cho Min dans un tel établissement, mais qu'elle avait peut-être aussi bénéficié des relations de sa famille.

En Corée du Sud, on ne plaisante pas avec l'égalité des chances.

Après deux semaines de stage, Cho Min a été nommée autrice principale d'un article savant sur "l'encéphalopathie hypoxique ischémique (EHI)" publié par le très respecté Korean Journal of Pathology. Une prouesse aussi remarquable qu'improbable pour une adolescente.

Ses détracteurs affirment que cette signature a pemis à Cho Min d'être admise l'année suivante à la très prestigieuse Université de Corée. Elle a par la suite reçu six fois de suite une bourse d'une école de médecine, alors qu'elle avait échoué deux fois aux examens.

L'enquête porte aussi sur des accusations selon lesquelles des membres de la famille de M. Cho auraient investi 1,35 milliard de wons (un million d'euros) dans un fonds soupçonné de placements douteux. Plusieurs d'entre eux ont interdiction de quitter le territoire.

M. Cho, qui était cité comme un successeur possible de M. Moon à l'issue de son mandat unique en 2022, a reconnu un manque de cohérence entre ses paroles et ses actes, mais nie avoir commis quoi que ce soit d'illégal.

"J'ai essayé d'être un réformateur, mais je reconnais humblement que je n'ai pas été suffisamment rigoureux en tant que père", a-t-il dit aux journalistes.

Un mea culpa qui n'a pas convaincu.

"Parce qu'ils ont le sentiment d'avoir été trahis par l'engagement de Moon à oeuvrer en faveur de l'égalité des chances, de la justesse des processus et de la moralité des résultats, beaucoup ricanent aujourd'hui au sujet de Cho et de l'administration Moon", notait le Korea Herald dans un éditorial.

- Boîte de Pandore -

M. Cho doit encore passer la semaine prochaine devant le Parlement pour une audience de confirmation qui n'est pas contraignante. Et le président -qui concentre le pouvoir- pourrait nommer son ministre contre l'avis des députés.

Le pays a une longue "tradition" de règlements de comptes en cas d'alternance, car qui remporte la présidentielle récupère tous les leviers du pouvoir.

A tel point que tous les anciens présidents sud-coréens encore en vie ont été condamnés après la fin de leur mandat.

Le mentor de M. Moon, l'ex-président Roh Moo-hyun s'était suicidé en 2009 en sautant d'une falaise après avoir été entendu sur des accusations de corruption impliquant des membres de sa famille.

M. Moon a de longue date la volonté de réformer un parquet qu'il juge exagérément politisé, projet que devait mettre en oeuvre M. Cho.

En attendant, l'affaire de népotisme, dont les éventuelles implications pénales ne sont pas évidentes, a fait scandale en montrant à la population "les ressources des élites pour propulser leurs enfants au sommet", explique Jung Hyun-jin, membre du Syndicat coréen des enseignants et employés du secteur de l'éducation.

"L'affaire Cho n'est pas simplement le problème d'un individu, mais celui d'un système", accuse-t-elle.

"Tout le monde avait le sentiment que les élites avaient des +privilèges+, mais sans jamais savoir exactement ce qu'ils étaient", écrivait aussi Kim Min-ah, éditorialiste au Kyunghyang Shinmun.

Dorénavant, ils savent, grâce à M. Cho qui, poursuit-elle, "a ouvert la boîte de Pandore."

L'ex-présidente Park et l'héritier de Samsung seront rejugés

La Cour suprême sud-coréenne a cassé jeudi la condamnation de l'ex-présidente Park Geun-hye et de l'héritier de l'empire Samsung Lee Jae-yong dans un retentissant scandale de corruption, et ordonné qu'ils soient rejugés.

Arrivée au pouvoir en 2013, Mme Park avait été destituée en 2017 dans la foulée de cette affaire qui lui avait valu d'être condamnée en appel à 25 années de prison, notamment pour corruption et abus de pouvoir.

Elle avait été reconnue coupable en avril 2018 d'avoir reçu ou demandé plus de 20 millions de dollars de conglomérats sud-coréens, d'avoir partagé des documents classés secrets, d'avoir mis sur une "liste noire" des artistes critiques de sa politique ou encore d'avoir limogé des responsables qui s'opposaient à ses abus de pouvoir.

La Cour suprême a cependant estimé jeudi qu'une décision séparée aurait dû être rendue dans le volet corruption de cette tentaculaire affaire.

"Nous renvoyons l'affaire devant la Haute Cour de Séoul", a déclaré le président de la Cour Kim Myeong-su.

Des médias sud-coréens ont relevé que cette décision pourrait ne pas être une bonne nouvelle pour l'ancienne présidente qui pourrait in fine écoper d'une peine plus longue si elle était reconnue coupable dans deux procès distincts.

Première femme élue présidente en Corée du Sud, Mme Park, 67 ans, avait été arrêtée en mars 2017 pour toute une série d'accusations qui avaient mis en lumière les accointances troubles entre le pouvoir politique et les grands conglomérats familiaux sud-coréens, et notamment Samsung.

Dans une des ramifications de cette affaire, le vice-président de Samsung Electronics et fils du président du groupe Samsung, Lee Jae-Yong, héritier du conglomérat, avait été condamné en première instance à cinq ans de prison, avant que sa sanction ne soit ramenée en appel à une peine d'emprisonnement avec sursis.

La Cour d'appel a cependant cassé cette décision jeudi et ordonné également un nouveau procès pour celui qui est de facto le patron du premier fabricant mondial de smartphones et de puces mémoire.

Ce jugement est un revers pour le groupe qui est de loin le plus grand de tous les conglomérats familiaux qui dominent la 11e économie mondiale.

En première instance, M. Lee avait été reconnu coupable de plusieurs infractions, et notamment corruption, abus de bien sociaux ou encore parjure devant la représentation nationale.

L'affaire tournait autour des paiements faits par Samsung à la confidente de l'ombre de Mme Park, Choi Soon-Sil, dont le parquet soutenait qu'ils visaient à acheter des faveurs politiques.

La chute de la présidente conservatrice, consécutive à des manifestations monstres dans tout le pays, avait permis l'alternance et l'élection de Moon Jae-in (centre-gauche), qui a contribué en 2018 au spectaculaire rapprochement entre les deux Corées.