C'est l'histoire de quelques producteurs artisanaux de Floreffe. Ils ont mis au point un système de commandes, via un site internet, pour adapter leur production aux souhaits des consommateurs. Chaque semaine, ils apportent les fruits, légumes et autres produits commandés, des bénévoles calibrent les paquets et les acheteurs viennent les emporter. " Ça, c'est vraiment de l'économie collaborative, se réjouit Philippe Defeyt, économiste à l'Institut du développement durable. Il y a des échanges entre les personnes, on goûte les produits des uns et des autres. Tout cela a du sens. Imaginez la force de frappe qu'apporterait un revenu de base dans le montage de tels projets. Les gens ont énormément d'idées mais ils ne peuvent pas forcément en vivre. Avec le revenu de base, on peut tout reconsidérer autrement. "
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C'est l'histoire de quelques producteurs artisanaux de Floreffe. Ils ont mis au point un système de commandes, via un site internet, pour adapter leur production aux souhaits des consommateurs. Chaque semaine, ils apportent les fruits, légumes et autres produits commandés, des bénévoles calibrent les paquets et les acheteurs viennent les emporter. " Ça, c'est vraiment de l'économie collaborative, se réjouit Philippe Defeyt, économiste à l'Institut du développement durable. Il y a des échanges entre les personnes, on goûte les produits des uns et des autres. Tout cela a du sens. Imaginez la force de frappe qu'apporterait un revenu de base dans le montage de tels projets. Les gens ont énormément d'idées mais ils ne peuvent pas forcément en vivre. Avec le revenu de base, on peut tout reconsidérer autrement. " Ce revenu de base, Philippe Defeyt le fixe à 600 euros par mois (300 euros jusqu'à 18 ans), un montant choisi en référence au revenu d'intégration au taux cohabitant. Ce revenu est " inconditionnel ", il ne dépend ni du travail, ni des autres revenus, ni de la situation familiale. " Les gens retrouvent ainsi la capacité à mesurer les conséquences de leurs choix, explique l'économiste. La législation sociale est devenue illisible, même pour des spécialistes. Les gens ne savent plus à quelle sauce ils vont être mangés s'ils travaillent quelques heures, s'ils se mettent en ménage etc. " Philippe Defeyt répond à cinq affirmations sur " son " revenu de base. 1. Six cents euros, ce n'est pas assez pour vivre. " Certains l'ignorent sans doute, dit Philippe Defeyt, mais en Belgique, plusieurs centaines de milliers de personnes vivent avec moins de 600 euros par mois : des jeunes sans allocations d'insertion, des chômeurs cohabitants, des pensionnés, des travailleurs en interruption de carrière. " Il considère le revenu de base comme un " socle " sur lequel d'autres revenus s'ajouteront. Librement puisqu'il est inconditionnel. C'est parce que la dénomination " allocation universelle " est " connotée " par rapport à un revenu dont on pourrait se contenter pour vivre ", que Philippe Defeyt préfère désormais parler de " revenu de base ". 2. Un revenu de base poussera les salaires à la baisse. Sachant que le travailleur bénéficie déjà d'un socle de 600 euros, l'employeur pourrait tenter de réduire les salaires. Philippe Defeyt lie dès lors le revenu de base au maintien d'un salaire minimum, à un temps de travail d'au moins un tiers temps et à la lutte contre les faux indépendants. " Si ce n'était pas le cas, le revenu de base deviendrait le cheval de Troie d'une totale dérégulation du marché du travail ", commente-t-il. 3. Un couple avec deux enfants recevrait 1.800 euros par mois. Un peu de travail au noir en complément, et cela suffit. Ici, l'économiste est catégorique : " Dès l'instant où la société assure à tout le monde un socle de revenu, elle peut se montrer plus intraitable encore face au travail au noir". Le caractère inconditionnel du revenu de base annule de facto les visites domiciliaires ou le calcul des seuils de revenus des artistes. Cela libère des agents pour contrôler le travail au noir. Le revenu de base lève les pièges à l'emploi et ouvre la porte à des activités moins rentables. Mais si ces activités ne sont pas déclarées et fiscalisées, le modèle devient très vite impayable. " Je ne vois pas pourquoi les revenus provenant de l'économie collaborative devraient être moins taxés que d'autres revenus d'indépendants, commente Philippe Defeyt. C'est indécent. " 4. L'allocation universelle, c'est la mort de la sécurité sociale. Les syndicats et le parti socialiste (sauf Paul Magnette depuis peu...) l'affirment, Philippe Defeyt pense... juste le contraire. " A force de mettre des rustines dans tous les sens, on a glissé de l'esprit initial d'assurance vers l'assistance sociale, dit-il. Ma proposition consolide le caractère assurantiel de la sécurité sociale. " Il préserve une assurance-chômage pour celui qui perd son emploi et le droit à la pension. Les montants seraient toutefois plus faibles qu'aujourd'hui car ils s'ajouteront aux 600 euros du revenu de base. Il s'agira de droits strictement individuels, tenant compte du salaire et de la carrière mais pas de la situation familiale. Les actuels systèmes de soins de santé et d'allocations pour les personnes handicapées sont maintenus. 5. Le modèle n'est pas tenable d'un point de vue budgétaire. Philippe Defeyt est économiste, il y a bien entendu songé. Le revenu de base coûterait 73 milliards, montant auquel il faut ajouter 29 milliards en allocations de chômage et de pension. Soit un total de 102 milliards. C'est financé par le recyclage des allocations actuelles, la fin de mesures fiscales qui perdent leur sens avec un revenu de base (quotités exemptées, quotient conjugal, épargne-pension...), un " effort " sur les pensions supérieures à 3.000 euros, des économies dans les frais de gestion de la sécurité sociale, une " plus juste taxation de revenus peu ou pas taxés ", etc. Le modèle implique toutefois que les citoyens continuent à générer autant de recettes fiscales et parafiscales, même si l'incitation à travailler est un peu moindre. A priori, et c'est bien l'espoir de Philippe Defeyt, le revenu de base peut soutenir une réduction du temps de travail (le socle de 600 euros couvre la perte de salaire), ce qui permettrait d'augmenter le taux d'emploi. Cela dégage aussi des plages d'autonomie pour des activités personnelles et bénévoles, comme pour des projets professionnels alternatifs qui redeviennent rentables. " Nous sommes ici au coeur de ma vision d'un revenu de base, conclut Philippe Defeyt. Les gens ont en eux plein de projets passionnants qu'ils pourraient ainsi concrétiser. Je songe à des entrepreneurs dans des créneaux moins axés sur la rentabilité, je songe à des artistes, je songe à cette demandeuse d'emploi que j'ai reçue au CPAS de Namur et qui voulait aller coiffer les pensionnaires des maisons de repos pour leur redonner de la dignité. Le revenu de base va libérer les énergies et les initiatives."