La routine habituelle des anciens présidents est de se fondre dans le décor, de refuser aimablement de critiquer leur successeur et de créer une nouvelle bibliothèque. Mais Donald Trump ne fait pas dans le décor, l'amabilité ou les livres. Lors de meetings, d'interviews ou de discours impromptus, par exemple à l'occasion de cérémonies de mariage à Mar-a-Lago, son fief en Floride, M. Trump a fustigé le président Joe Biden, les médias et la poignée de républicains qui ont osé reconnaître sa défaite électorale en 2020. Il a en outre laissé à plusieurs reprises entendre la possibilité d'un retour en fanfare. En 2022, cela paraîtra de plus en plus inévitable.
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La routine habituelle des anciens présidents est de se fondre dans le décor, de refuser aimablement de critiquer leur successeur et de créer une nouvelle bibliothèque. Mais Donald Trump ne fait pas dans le décor, l'amabilité ou les livres. Lors de meetings, d'interviews ou de discours impromptus, par exemple à l'occasion de cérémonies de mariage à Mar-a-Lago, son fief en Floride, M. Trump a fustigé le président Joe Biden, les médias et la poignée de républicains qui ont osé reconnaître sa défaite électorale en 2020. Il a en outre laissé à plusieurs reprises entendre la possibilité d'un retour en fanfare. En 2022, cela paraîtra de plus en plus inévitable. Il semble déjà que seule une crise sanitaire puisse empêcher M. Trump d'accéder à un second mandat à la présidence qu'il lorgne ardemment. La plupart des électeurs républicains souhaitent qu'il rempile. Il a accumulé plus de 100 millions de dollars simplement en laissant supposer qu'il le fera. Ses adeptes, comme le sénateur Lindsey Graham, l'ont encouragé à garder la mainmise sur le parti républicain dès le premier jour où il a quitté ses fonctions. Et les seuls adversaires sérieux de M. Trump à la candidature, comme le gouverneur Ron DeSantis de Floride et Mike Pompeo, son ex-secrétaire d'Etat, sont ses copies conformes. Tout indique donc que les républicains préféreront l'original. M. Trump semble en outre avoir déjà averti le personnel politique de son retour, via ses allégations d'avoir été privé de sa victoire contre M. Biden par un establishment corrompu. D'ailleurs, près de 80% des électeurs républicains avouent croire en ce mensonge. C'est la raison pour laquelle les députés de son parti ont réduit à néant les efforts visant à mener une enquête sérieuse sur l'insurrection du 6 janvier 2021 au Capitole. Et c'est également la raison pour laquelle la poignée de républicains qui y a résisté, comme la représentante Liz Cheney, a été clouée au pilori. En attendant, à chaque niveau de pouvoir, les représentants et candidats républicains tirent la sonnette d'alarme sur "l'intégrité des élections", sous-entendant que les démocrates ne peuvent pas remporter la victoire de manière légitime, et que des mesures spéciales sont dès lors nécessaires pour tout simplement les empêcher de gagner. Ainsi, pas moins de 18 assemblées législatives des Etats contrôlés par les républicains ont adopté des lois électorales qui rendront le vote plus difficile ; plusieurs d'entre elles semblent viser les Afro-Américains et d'autres minorités traditionnellement démocrates. Pire, plusieurs de ces organes "trumpifiés" ont également pris le contrôle de la tenue des prochaines élections dans leur Etat. C'est d'autant plus préoccupant au vu des efforts déployés par M. Trump pour voler l'élection en 2020. Si l'un ou l'autre de ces représentants de l'Etat avait cédé, la situation aurait été encore plus chaotique et l'ancien président aurait peut-être réussi son hold-up. Or, ces représentants se font désormais rares. En effet, Brad Raffensperger, le secrétaire d'Etat républicain de Géorgie à qui M. Trump avait exigé de "trouver 11.780 votes", n'a pas pu reprendre son rôle dans la défense de la démocratie, par exemple. Son cabinet est désormais dépouillé de tout pouvoir en cette matière. Les primaires républicaines pour le Congrès, qui devraient avoir lieu au premier semestre 2022, indiqueront à quel point le parti a succombé à cette extrémisme. Sur les 212 membres républicains de la Chambre, 10 avaient voté en faveur de la destitution de M. Trump suite à l'insurrection au Capitale, dont deux ont déjà annoncé leur intention de se retirer lors des prochaines élections. Les huit autres, et notamment Mme Cheney, seront confrontés à des adversaires de taille soutenus par M. Trump. Si la majorité d'entre eux perdent les élections, comme cela devrait se produire, la mainmise de M. Trump sur son parti sera d'autant plus forte, et davantage de ses membres adopteront la stratégie du scepticisme électoral. Et s'ils gagnent, les pro-Trump crieront au scandale, ce qui pourrait avoir pratiquement le même effet... Les élections de mi-mandat de novembre 2022 seront encore plus riches d'enseignement. En effet, elles représenteront la première opportunité pour les républicains de Trump de soumettre leurs points de vue conspirationnistes aux électeurs. Le rôle prépondérant joué par l'ancien président dans leur campagne les encouragera à le faire. La grande question est donc de savoir si assez d'électeurs de centre-droit trouveront ces allégations suffisamment incongrues pour faire échec à cette stratégie. Si tel était le cas, il s'agirait d'un sacré coup de massue sur les perspectives de M. Trump de regagner la présidence. Mais il y a peu de raisons d'y croire. Rares sont les électeurs parmi les 75 millions à avoir voté pour M. Trump en 2020 qui semblent troublés par son négationnisme électoral ou par les violences perpétrées au Capitole. Certes, ils ne partagent pas ses instincts totalitaires, mais semblent simplement ne pas les prendre réellement au sérieux. L'Amérique risque de le regretter amèrement. James Astill, chef du Bureau de Washington, The Economist