"Fide et robore", fidélité et force ou travail, telle était la devise de l'internat ardennais où Pierre Mottet a effectué ses études secondaires. Elle pourrait tout aussi bien être la devise de la carrière professionnelle du nouveau président de l'Union wallonne des entreprises, lui qui, depuis plus de 30 ans et dans des fonctions diverses, reste indéfectiblement au service du fleuron néo-louvaniste IBA, leader mondial de la protonthérapie. "Je suis effectivement resté dans les marques de la devise de l'internat, convient Pierre Mottet. La vie en internat, cela forge des amitiés qui durent longtemps. De cette époque, je conserve des liens étroits avec Bernard Reginster, professeur de philo à la Brown University (Rhode Island). Je ne manque pas d'aller le saluer chaque fois que je vais aux Etats-Unis." Il est également resté en contact avec son ancien professeur de latin-grec, Armel Job, devenu depuis l'un des romanciers belges les plus prolifiques.
...

"Fide et robore", fidélité et force ou travail, telle était la devise de l'internat ardennais où Pierre Mottet a effectué ses études secondaires. Elle pourrait tout aussi bien être la devise de la carrière professionnelle du nouveau président de l'Union wallonne des entreprises, lui qui, depuis plus de 30 ans et dans des fonctions diverses, reste indéfectiblement au service du fleuron néo-louvaniste IBA, leader mondial de la protonthérapie. "Je suis effectivement resté dans les marques de la devise de l'internat, convient Pierre Mottet. La vie en internat, cela forge des amitiés qui durent longtemps. De cette époque, je conserve des liens étroits avec Bernard Reginster, professeur de philo à la Brown University (Rhode Island). Je ne manque pas d'aller le saluer chaque fois que je vais aux Etats-Unis." Il est également resté en contact avec son ancien professeur de latin-grec, Armel Job, devenu depuis l'un des romanciers belges les plus prolifiques. Après des études d'ingénieur commercial à l'UCLouvain, Pierre Mottet a travaillé trois ans chez IBM avant de rejoindre IBA en 1987. Yves Jongen (fondateur et actuel CRO d'IBA) l'avait contacté, sur les conseils de Philippe de Woot, professeur de Stratégie à l'UCLouvain. "Je voulais une entreprise qui affichait bien haut ses valeurs et j'avais en face de moi un physicien à qui l'on proposait un poste académique à Berkeley et qui a pourtant tenu à créer son entreprise en Belgique plutôt qu'aux Etats-Unis, parce qu'il estimait tout devoir à son pays", se souvient Pierre Mottet. L'histoire ne pouvait que séduire un homme qui rappelle volontiers que "la Belgique est un pays de cocagne" et que ses habitants n'en ont sans doute pas suffisamment conscience. Au passage, on notera combien le renvoi d'ascenseur d'Yves Jongen à son pays est impressionnant: IBA aujourd'hui, c'est en effet un chiffre d'affaires annuel de plus de 300 millions d'euros (en hausse de 25% sur le premier semestre de cette année) et 800 emplois à Louvain-la-Neuve pour un total de 1.500 à travers le monde. Paradoxalement, malgré les racines "patriotiques" de sa création, IBA a surtout vendu ses équipements aux Etats-Unis, en Chine, au Japon... "et de temps en temps en Belgique". Arrivé comme directeur commercial, Pierre Mottet est devenu CEO quelques années plus tard quand l'expansion internationale a poussé à clarifier les rôles entre lui, l'ingénieur commercial, et Yves Jongen, le scientifique. Le tandem s'est avéré ultra-complémentaire, ce qui leur a valu un titre conjoint de Manager de l'année en 1997. "Cela fait 35 ans que nous vivons ensemble, sourit Pierre Mottet (à nouveau, la fidélité! ). Quand un tandem fonctionne bien, c'est plus efficace, plus riche qu'un patron qui décide seul. Mais cela ne signifie pas que nous sommes toujours d'accord sur tout. Quand nous divergeons sur une décision à prendre, nous allons marcher dans les chemins creux de Louvain-la-Neuve et nous rentrons quand nous sommes d'accord. Je peux vous assurons que nous connaissons tous les chemins creux de Louvain-la-Neuve après toutes ces années. Souvent nous réalisons que nous avancions des raisons tout à fait différentes, voire opposées pour, in fine, arriver à la même conclusion. Et c'est quand même cela l'essentiel." L'un des épisodes marquants de son mandat comme CEO d'IBA fut la réplique à la tentative de rachat de l'entreprise par un concurrent canadien en 1997. Le management avait déjà pu entrer dans le capital ("mon premier emprunt fut pour acheter une voiture, mon deuxième, en 1989, pour acheter des actions d'IBA", se souvient Pierre Mottet) et il a invité l'ensemble du personnel (120 personnes à l'époque) à faire de même. Le holding à la dénomination très symbolique de Belgian Anchorage a pu racheter plus de 50% des parts. Il est toujours l'actionnaire de référence d'IBA et la mobilisation a séduit des actionnaires historiques comme NivelInvest, l'UCL ou l'IRE qui sont, eux aussi, toujours présents. A croire que la devise Fide et Robore vaut parfois aussi dans le monde de la finance... "J'ai vu toute la puissance d'avoir des gens qui se disent 'c'est MA société' car ils détiennent une, deux, cinq, dix parts ou plus, explique Pierre Mottet. Cela fait partie de la philosophie d'IBA. Quand on a créé des stock-options, on les a ouverts à tout le personnel, pas seulement aux cadres dirigeants. Depuis que nous sommes cotés, c'est plus compliqué: le cadre réglementaire ne permet pas tout. Mais cela reste au coeur de ce que nous voulons faire dans l'entreprise." Si des actionnaires historiques ont été fidèles, Pierre Mottet a aussi été fidèle à ses actionnaires. Il s'est ainsi impliqué dans NivelInvest, devenu Invest BW, dont il fut un temps l'administrateur délégué. "On peut dire que je connais bien le monde financier belge, de la start-up aux groupes internationaux", résume-t-il. Cela lui a permis de tisser des liens avec des personnalités comme Marc Raisière (Belfius), Jean-Pierre Di Bartolomeo (Sowalfin) ou Olivier Vanderijst (SRIW). En 2012, Pierre Mottet cède le pilotage opérationnel à Olivier Legrain et devient président du conseil d'administration. Il succède à ce poste à Jean Stéphenne, qui reste l'une de ses références en matière de pilotage d'entreprises, en particulier dans le secteur pharmaceutique. Il a aussi retenu de l'ancien patron de GSK l'intérêt d'une implication dans les instances patronales. Si Pierre Mottet a ouvert la porte de l'Union wallonne des entreprises, il y a plus de 20 ans maintenant, c'est en partie à Jean Stéphenne - mais aussi à Jean-Jacques Verdickt, ancien président de l'UWE et administrateur d'IBA - qu'on le doit. Il a aussi présidé Agoria-Wallonie et le pôle de compétitivité Mecatech. Aujourd'hui, Pierre Mottet devient donc président de l'UWE pour un mandat de trois ans. "C'est le bon moment, dit-il. Il y a tous ces plans de relance pour essayer de construire un futur qui, on l'espère, sera meilleur. Le mandat de Jacques ( Crahay, son prédécesseur à l'UWE, Ndlr) fut intéressant pour voir la dynamique qu'une organisation pouvait générer." Pierre Mottet partage avec son prédécesseur de fortes convictions environnementales. Cela l'a poussé à intervenir pour qu'IBA devienne la première entreprise belge cotée à recevoir la certification BCorp. "Nous avons modifié les statuts pour bien préciser que l'objet social d'IBA visait d'autres finalités que la recherche de profit pour les actionnaires, se félicite-t-il. C'est un long processus pour en arriver là et j'ai vraiment été frappé de voir l'enthousiasme dans la boîte quand nous avons pris ce chemin." Sa prise de conscience ne s'arrête pas à IBA. Il a lancé le fonds SEn'SE, qui apporte un financement d'amorçage aux start-up à fort impact environnemental. Ce fonds est lié à la Fondation pour les Générations futures, dirigée par Benoît Derenne. On le retrouve aussi au conseil de Xylergy (gazogène pour alimenter des réseaux de cogénération à partir de déchets) ou à l'origine du groupe 2030, dans lequel une trentaine de patrons belges échangent leurs bonnes pratiques, et leurs interrogations, en matière de réduction des émissions. Il y côtoie Michel Croisé (Sodexo), Philippe Foucart (Technord), Marc Vossen (NRJ), Sébastien Dossogne (Magotteaux) et plein d'autres. "L'entreprise est peut-être une partie du problème, mais elle doit certainement faire partie de la solution", résume Pierre Mottet. Vous savez, c'est une thématique qui ouvre beaucoup de portes. C'est grâce à cela, que je connais Piet Colruyt. Quand je croise Thomas Leysen ou Bart De Smet (Ageas), c'est de durabilité dont nous parlons avant tout." Les liens sont finalement très logiques entre durabilité et... fidélité.