"En fait, j'ai toujours fait de la politique." Avec un papa travaillant chez Amnesty International et une maman réfugiée du Rwanda qui officiait comme infirmière au Petit-Château, Barbara Trachte a toujours entendu parler des grandes questions de société et de politique internationale autour de la table familiale. "Mon frère et moi avons eu conscience très tôt de la chance que nous avions de pouvoir grandir en Belgique et de l'importance de s'engager ici, confie-t-elle. Nous avons vite intégré le fait que ce qui se passait à l'autre bout du monde nous concernait aussi."
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"En fait, j'ai toujours fait de la politique." Avec un papa travaillant chez Amnesty International et une maman réfugiée du Rwanda qui officiait comme infirmière au Petit-Château, Barbara Trachte a toujours entendu parler des grandes questions de société et de politique internationale autour de la table familiale. "Mon frère et moi avons eu conscience très tôt de la chance que nous avions de pouvoir grandir en Belgique et de l'importance de s'engager ici, confie-t-elle. Nous avons vite intégré le fait que ce qui se passait à l'autre bout du monde nous concernait aussi." Et ce n'est pas à l'école que cette prise de conscience a été mise entre parenthèses. Ses parents avaient en effet opté pour une école pratiquant la pédagogie active, où l'on lisait le journal en classe dès qu'on avait appris à lire. "La chute du mur de Berlin, je me souviens que nous en avons parlé à l'école primaire, raconte-t-elle. Nous avons même rédigé des pamphlets sur la politique du bourgmestre de l'époque, Roger Nols, ce qui avait valu une visite de la police à l'école. C'était une évidence pour moi de participer, et même d'être l'une des chevilles ouvrières de ces combats sociétaux, comme l'antiracisme." Il paraît même que sur des clichés des années 1990, on peut apercevoir la jeune Barbara Trachte lançant des oeufs sur le bâtiment de la Communauté française, place Surlet de Chokier, lors de manifestations réclamant, déjà, un refinancement de l'enseignement... Cet intérêt grandissant pour les débats politiques l'incite à assister à quelques conseils communaux. C'est ainsi qu'elle fera la connaissance d' Isabelle Durant (dont les enfants fréquentent son école), Denis Grimberghs (échevin cdH) ou Bernard Clerfayt (DéFI) qui est aujourd'hui son collègue au gouvernement bruxellois. "Toutes ces personnalités, je les côtoyais déjà pendant mon adolescence", dit-elle. Barbara Trachte choisit d'étudier le droit à Saint-Louis, puis à l'ULB. Un choix dicté à la fois par la volonté de mieux comprendre le fonctionnement de nos institutions et par l'ouverture du procès des génocidaires rwandais, responsables notamment de la mort de plusieurs membres de sa famille maternelle. "Dès la première année, j'ai eu la chance d'avoir Françoise Tulkens comme professeure pour des séminaires, se souvient Barbara Trachte. J'ai eu la confirmation que c'était bien la voie que je devais suivre. Aujourd'hui, je ne fais plus vraiment du droit mais cela reste pour moi une vraie grille de lecture, une manière d'aborder les dossiers." Elle a toutefois travaillé plusieurs années comme juriste, d'abord à Fedasil avec Isabelle Kuntziger (directrice de l'école d'administration publique Wallonie-Bruxelles) et ensuite comme avocate stagiaire au cabinet de Philippe Levert (DLM) et Jacques Englebert. Sa première affaire fut une plainte contre un bourgmestre qui avait dépassé le plafond de dépenses électorales. "C'était super pour une jeune avocate qui s'intéresse à la politique, se souvient-elle. Et on a gagné! J'ai même plaidé au Conseil d'Etat. J'aimais beaucoup le Conseil d'Etat, c'est peut-être l'une des choses qui me manque." Les années d'université furent aussi celles de l'engagement politique concret. Chez Ecolo. Une évidence pour cette femme qui veut combiner les enjeux locaux et globaux, environnementaux et sociaux. "Je n'ai pas fait de shopping électoral, assure Barbara Trachte. Si Ecolo n'avait pas existé, je n'aurais pas milité dans un parti politique." Elle distribue ses premiers tracts lors des communales de 2000. Elle y rencontre Vincent Vanhallewyn, aujourd'hui premier échevin à Schaerbeek et qu'elle considère depuis comme son alter ego politique. "Nous échangeons tout le temps", dit-elle. A l'époque, sous l'impulsion du secrétaire fédéral Jean-Michel Javaux, elle participe à la naissance d'Ecolo-J avec Benoît Hellings (premier échevin à Bruxelles), Matthieu Daele (député de Verviers) et quelques autres. Elle sera un temps coprésidente de cette section "jeunes" d'Ecolo. Elle tisse alors de nombreux liens en Wallonie, en Flandre ( Kristof Calvo, député fédéral depuis 2010, préside les Jong Groen à la même époque) et dans toute l'Europe. Elle est proche de Ska Keller, eurodéputée allemande et qui avait été la candidate des Verts à la présidence de la Commission, et surtout de Franziska Brantner qui est désormais secrétaire d'Etat allemande à l'Economie. Paradoxalement, la politique active ouvrira aussi Barbara Trachte vers des représentants des autres partis politiques. Elue députée en 2009 (et réélue depuis), elle apprécie la cafétéria du Parlement, ce lieu où les députés peuvent confronter leurs points de vue hors du champ des micros et des caméras. "Cela permet de voir ce que les gens ont dans le ventre, quelles sont leurs lignes, dit-elle. Tant qu'on ne fait pas de la politique à temps plein, on a finalement peu l'occasion de telles discussions avec des adversaires politiques. C'est dommage, je trouve." De sa vie parlementaire, elle conserve des liens étroits avec Joëlle Maison (DéFI), Françoise Bertiaux (MR), Caroline Désir (PS) ou Alda Greoli (Les Engagés). Après 10 ans de vie parlementaire, elle se sent prête à "mettre les mains dans le cambouis" et à assumer un poste dans un exécutif. Ce sera celui de secrétaire d'Etat à la Transition économique. "Notre ambition de verdir l'économie était beaucoup plus originale en 2019 qu'aujourd'hui, constate Barbara Trachte. Avec les problèmes des chaînes d'approvisionnement et les prix de l'énergie, tout montre qu'il faut aller dans cette direction. Les signaux sont encourageants. Quand il a reçu son prix, le Manager de l'Année Sébastien Dossogne a déclaré que ce qui l'inspirait, c'était les Objectifs du développement durable (de l'Onu, Ndlr). C'était sa première phrase à la cérémonie, c'est incroyable quand même." Cela dit, si elle se réjouit de cette évolution des esprits, la secrétaire d'Etat veille aussi à ne pas aller plus vite que la musique et à prendre le temps de convaincre. "Je suis habitée par la question de l'urgence climatique, confie-t-elle. L'erreur serait cependant de croire que cette conviction est partagée par tous. Il faut prendre les gens là où ils sont et non là où l'on pense qu'ils sont. Il faut les écouter et prendre le temps de confronter les idées." Elle se réjouit globalement du dialogue avec le monde économique et des personnalités comme le CEO de finance & invest.brussels Pierre Hermant ("il m'apprend des choses chaque semaine"), Laurent Hublet (Be Central), Ibrahim Ouassari (Molengeek), Leila Maidane (begreator) ou Pascale Switten (Cameleon). Manifestement, Barbara Trachte adore être dans l'action, dans la construction de solutions. De là à dire qu'elle sera toujours mandataire politique dans 10 ou 20 ans, il y a toutefois de la marge. "Je ne suis pas accrochée à la politique mais ce que je ferai sera toujours politique, conclut-elle. Avancer sur les enjeux climatiques et sociaux sera toujours au coeur de mon action. Cela passera peut-être par une association ou même une banque mais ça aura toujours un sens collectif et ce sera lié à la durabilité."