Le trafic aérien a été perturbé mardi dans le Golfe après l'arrêt des vols de plusieurs grandes compagnies arabes à destination ou en provenance du Qatar, entraînant une grogne chez des passagers.
...

Le trafic aérien a été perturbé mardi dans le Golfe après l'arrêt des vols de plusieurs grandes compagnies arabes à destination ou en provenance du Qatar, entraînant une grogne chez des passagers.L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Yémen, l'Egypte et les Maldives ont annoncé lundi rompre toute relation diplomatique avec le Qatar, accusé de "soutenir le terrorisme".Qatar Airways, l'une des compagnies les plus importantes et les plus estimées au monde, n'utilise plus l'espace aérien au-dessus de l'Arabie saoudite, de l'Egypte, du Bahreïn et des Emirats arabes unis et ne déssert plus ces destinations "jusqu'à nouvel ordre". Cela a pour conséquence directe l'obligation pour les vols en direction de l'Europe, l'Afrique et l'Amérique Nord, de faire d'importants détours, ce qui entraîne une hausse des coûts de carburant, un allongement des durées de vol et par conséquent probablement une augmentation du prix du billet.Sur le site web flightradar24.com, sur lequel on peut suivre les trajectoires des vols au-dessus de l'ensemble de la planète, on observe que Qatar Airways vole à présent au-dessus du golfe Persique et via l'Iran en direction de l'Ouest.Qatar Airways indique aux clients affectés par la suspension des vols qu'ils peuvent soit se faire rembourser leurs billets soit réserver des places vers d'autres destinations.Lundi, Etihad Airways, Emirates, Fly Dubai, Egypt Air, Gulf Air et Saudia communiquaient déjà qu'ils annulaient leurs vols de et vers le Qatar.Un calme inquiétant régnait par ailleurs ce mardi dans le gigantesque aéroport international Hamad de Doha, l'un des plus luxueux au monde. L'interdiction faite à Qatar Airways de voler vers l'Egypte, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Arabie saoudite --où sa licence a été retirée-- a eu un effet immédiat sur l'aéroport Hamad qui se voulait la "porte d'entrée du Qatar sur le monde"."C'est l'aéroport le plus calme que j'ai jamais vu", s'étonnait Katie en transit pour la Thaïlande. "C'est d'un calme presque inquiétant". L'immense structure, qui a coûté 16 milliards de dollars (14 milliards d'euros) et qui a été ouverte il y a trois ans, semble en temps normal assez vide en raison de son gigantisme. Mardi, l'aéroport était quasiment désert.Avec l'annulation de plus de 30 vols de Qatar Airways au départ et à l'arrivée à Doha, il n'y avait pas de files d'attente devant les comptoirs d'enregistrement. Les navettes de passagers et celles des taxis se faisaient rares devant l'entrée des départs. Tout cela est lié à l'incident diplomatique entre les pays précités et le Qatar, qui l'accusent d'aider financièrement le terrorisme pour déstabiliser la région et d'entretenir des liens étroits avec l'Iran qui, ce n'est pas fortuit, est l'ennemi juré de l'Arabie saoudite. Singulier, étant donné que ces pays sont traditionnellement des alliés (sunnites) du petit émirat du golfe. Selon le gouvernement du Qatar, ces accusations sont injustifiées et infondées. Outre l'Arabie saoudite, l'Egypte, le Bahreïn et les Emirats arabes unis, le Yémen, les Maldives et le gouvernement oriental en Libye ont également suspendu leurs relations avec le Qatar jusqu'à nouvel ordre. Les citoyens du Qatar au Bahreïn, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis ont reçu un délai de deux semaines pour quitter ces pays et les diplomates qataris doivent également quitter leur poste. Ces trois pays ont également interdit à leurs propres citoyens de voyager vers le Qatar.La rupture des relations diplomatiques s'est accompagnée de mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes entre ces pays et le Qatar. Le blocus diplomatique et économique aura un sévère impact à court terme sur les importations de nourriture. Le Qatar est riche en pétrole et en gaz mais pour son approvisionnement en nourriture, il est en grande partie dépendant des importations. Etant donné que l'approvisionnement en nourriture risque à présent d'être entravé, les habitants se ruent vers les supermarchés pour faire des stocks. Un journaliste de l'agence de presse française AFP évoque des files de plus de 25 clients par caisse, des images de magasins bondés circulent également sur Twitter."Environ 40% de l'approvisionnement alimentaire du Qatar transite par la frontière terrestre avec l'Arabie saoudite", selon une étude d'Anthony Skinner, directeur pour le Moyen-Orient de Verisk Maplecroft, un cabinet de conseil mondial en risques.Désormais, les autorités qataries "dépendront de plus en plus du fret maritime et aérien, ce qui augmentera les coûts et l'inflation", explique M. Skinner.L'alternative pour le Qatar est d'importer des vivres d'Iran ou d'Oman par voie maritime, et par avion depuis la Turquie, l'Europe et l'Asie du Sud-Est.Un responsable iranien a déjà fait savoir que son pays était prêt à approvisionner le Qatar par bateau, une traversée de 12 heures dans les eaux du Golfe.Les exportations qataries de gaz naturel liquéfié (GNL) et de pétrole, qui procurent plus de 90% des revenus publics, resteront cependant quasiment intactes. Premier exportateur mondial de GNL, le Qatar en livre annuellement 80 millions de tonnes par méthaniers, mais seules 10% sont destinées à des pays du Moyen-Orient, dont les Emirats arabes unis et l'Egypte.Sa production pétrolière est de quelque 600.000 barils par jour."Je ne vois aucune menace pour les lignes d'exportation d'énergie du Qatar qui continuera à approvisionner ses principaux clients en Asie", estime l'expert koweïtien Kamel al-Harami.Par gazoduc, le Qatar exporte quelque 3,1 milliards de pieds cubes de GNL par jour aux Emirats arabes unis et à Oman. L'Egypte a importé l'an dernier 60% de ses besoins en GNL du Qatar."Il est difficile pour les Emirats d'arrêter leurs importations de gaz du Qatar, surtout pendant les mois d'été. Ils en ont besoin et il n'y a pas d'alternative", a affirmé M. Harami.Le Qatar, qui dispose d'environ 350 milliards de dollars investis à l'étranger, pourrait toutefois voir son secteur bancaire souffrir de la crise actuelle, selon James Dorsey du S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour. "Les banques du Qatar, déjà en difficulté avec la baisse des réserves de trésorerie et des taux d'intérêt de plus en plus élevés, pourraient être durement touchées si l'Arabie saoudite et les Émirats choisissent de retirer leurs dépôts", a indiqué M. Dorsey.Entre-temps, le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed bin Abdul Rahman, appelle à un 'dialogue ouvert et honnête'. C'est ce qu'il disait dans une interview avec la chaîne télévisée qatari Al Jazeera. "Si cela dépend du Qatar, il n'y aura pas d'escalade du conflit" Le ministre évoquait notamment la relation de Doha avec les Etats-Unis qui, malgré des divergences de vue notamment sur la relation entre le Qatar et des groupes comme le Hamas ou les frères musulmans, reste amicale. "Notre relation avec les Etats-Unis est stratégique. Il y a des sujets à propos desquels nous ne sommes pas d'accord, mais les domaines dans lesquels nous coopérons sont plus vastes que les thèmes qui nous divisent", ressortait-il.Enfin, l'isolement diplomatique du Qatar pourrait également avoir "un réel impact" sur l'organisation du Mondial 2022, tandis que ses investissements sportifs, socle de son "soft power", ne devraient pas être affectés, selon les experts interrogés par l'AFP.Les mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes, les interdictions de survol et des restrictions sur le déplacement des personnes pourraient en effet menacer l'organisation de la Coupe du monde en 2022."Je pense que cela va avoir un réel impact si cela dure", estime auprès de l'AFP Kristian Ulrichsen, spécialiste du Golfe au Baker Institute de la Rice University de Houston. "L'un des arguments (pour justifier l'attribution de la Coupe du monde) était que le Qatar est l'un des pays les plus stables du Moyen-Orient", une région volatile, rappelle-t-il. Qatar 2022, déjà fragilisée par les enquêtes des justices suisse et américaine sur des soupçons de corruption de la Fifa pour l'attribution du Mondial, en 2010, et les conditions de travail des ouvriers étrangers sur les chantiers pharaoniques du Mondial régulièrement critiquées par des organisations de défense des droits de l'Homme, voit dorénavant l'un de ses atouts remis en question.La crise diplomatique soulève également "une question importante en termes d'évaluation des risques et de planification d'urgence", souligne Simon Chadwick, professeur en économie du sport à l'université britannique de Salford. "Plus nous nous approchons de 2022, plus le Qatar devient exposé. En termes de réputation et de complications prévisibles, c'est un problème majeur pour le Qatar", ajoute-t-il.De plus, "le Qatar sait qu'il peut y avoir des alternatives, donc ils vont se sentir menacés", souligne M. Ulrichsen.Dans un communiqué à l'AFP, la Fifa a déclaré être "en contact régulier" avec les organisateurs et n'avoir "aucun autre commentaire pour le moment" sur ce sujet.Outre l'avenir du Mondial, ou encore de la coupe des nations du Golfe prévue en décembre à Doha, quelles seront les conséquences de l'isolement du Qatar sur ses investissements dans le sport, réalisés le plus souvent par l'un de ses fonds souverain, Qatar Sports Investment (QSI), et qui ont permis à l'émirat de se faire connaître sur la scène internationale ?"Cela n'en aura aucune", estime Pascal Boniface, spécialiste français de la géopolitique du sport et directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques. "Le Qatar a tout intérêt à rester dans le sport parce que ses investissements dans ce secteur étaient une garantie contre les appétits saoudiens.", explique-t-il.S'ils réduisent leurs investissements, "cela voudraient dire qu'ils ont peur de l'Arabie Saoudite, qu'ils sont en rétraction et donc moins visibles. Leur intérêt est au contraire de poursuivre, de ne faire comme si de rien n'était puisque de toute façon c'est pour cela qu'ils ont misé sur le sport", ajoute-t-il."Les relations Qatar/Arabie Saoudite sont faites de rupture, de tension, et de réconciliation", rappelle M. Boniface. "Rien n'interdit de penser que peut être d'ici 2022, il y aura une grande réconciliation ou un apaisement."