La crise devrait en effet coûter une petite cinquantaine de milliards d'euros : les ménages y laisseraient 5 milliards de revenus, les entreprises 8 milliards d'excédents bruts d'exploitation, et les pouvoirs publics y abandonneraient 34 milliards. Sans prendre le scénario le plus noir, le déficit public plongerait à 11% du PIB cette année. Et comme l'économie ne retrouvera pas sa santé d'avant, les finances publiques devraient rester sous l'eau les années suivantes (2021, 2022...) avec un déficit public qui, si on ne fait rien, devrait tourner autour de 6%.
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La crise devrait en effet coûter une petite cinquantaine de milliards d'euros : les ménages y laisseraient 5 milliards de revenus, les entreprises 8 milliards d'excédents bruts d'exploitation, et les pouvoirs publics y abandonneraient 34 milliards. Sans prendre le scénario le plus noir, le déficit public plongerait à 11% du PIB cette année. Et comme l'économie ne retrouvera pas sa santé d'avant, les finances publiques devraient rester sous l'eau les années suivantes (2021, 2022...) avec un déficit public qui, si on ne fait rien, devrait tourner autour de 6%. Or, " c'est intenable ", commente Pierre Wunsch. Même dans la situation de taux très bas qui prévaut actuellement, le déficit public ne peut pas dépasser plus de 3% du PIB si l'on veut ne fût-ce que stabiliser le niveau de la dette publique. D'où la schizophrénie des argentiers publics : " Il faut, pendant la crise, prendre des mesures d'aide ambitieuses et ne pas hésiter. Mais il ne faut pas donner l'impression que l'argent est devenu gratuit ", résume le gouverneur de la BNB. D'où la question qui fâche : faut-il un plan de relance ? L'Allemagne, avec son plan de 130 milliards, peut se permettre d'arroser ses entreprises sans trop de précision. La Belgique, pas. D'autant qu'au sortir du confinement, on observe une reprise plus lente qu'attendu, tant du côté des ménages que des entreprises. Les consommateurs craignent toujours d'aller dans les magasins. Et du côté des entreprises, deux sur trois ont mis leurs investissements à l'arrêt, au moins temporairement (30% sont déterminées à reporter d'un an ou deux leur plan d'investissement, et 33% avouent le reporter pour une durée indéterminée). Avant de réinvestir, les entreprises attendront en effet, entre autres, que la demande extérieure redémarre, ce qui n'est pas encore le cas. Sans volonté de consommer et d'investir, les projets de relance risquent de tomber à plat. Il est donc encore " trop tôt pour voir si un plan de relance se justifie et sous quelle forme ", souligne Pierre Wunsch. Le message rafraîchit. Le grand argentier wallon, Jean-Luc Crucke, est mû par une prudence similaire. Sur le plan purement financier, la Région, aidée par le programme de rachat de la Banque centrale européenne, vient certes de réussir une belle opération en levant 2 milliards d'euros à des conditions (très) intéressantes pour la Wallonie, mais le problème n'est pas tant de lever de l'argent pour répondre à des besoins de trésorerie que de dessiner un plan de relance qui tienne la route. Certes, on se demande un peu partout comment mobiliser l'épargne citoyenne afin qu'elle vienne abreuver l'économie directement et pas seulement par le canal des dépôts bancaires. Dans le sud du pays, on désire aussi mobiliser l'argent citoyen mais en le canalisant vers des projets très ciblés. Car le fiasco de la Caisse d'investissement de Wallonie reste dans les esprits : le projet avait coûté un pont à la Région (les obligations de la Caisse rapportaient aux épargnants 4,6% sur 10 ans) et n'avait servi à rien car, faute d'investissements locaux à soutenir, la Caisse avait investi, entre autres, dans des obligations grecques ! Les milliards pleuvent aujourd'hui. Mais cette eau pourrait cesser un jour de couler. Un jour l'argent pourrait se faire rare. Il est d'autant plus crucial de ne pas le gaspiller aujourd'hui.