La montée en puissance des partis marginaux d'extrême droite et d'extrême gauche bouleverse depuis des années les démocraties européennes. Cela cessera en 2017 - non parce que ces partis s'essouffleront, mais parce qu'ils ne seront plus en marge du paysage politique. Les grands partis traditionnels européens ont tenté d'enrayer la progression des populistes en dénonçant leur sectarisme ou leur impéritie économique, et en se liguant avec le centre droit et le centre gauche afin de créer un cordon sanitaire pour les empêcher d'accéder au pouvoir.
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La montée en puissance des partis marginaux d'extrême droite et d'extrême gauche bouleverse depuis des années les démocraties européennes. Cela cessera en 2017 - non parce que ces partis s'essouffleront, mais parce qu'ils ne seront plus en marge du paysage politique. Les grands partis traditionnels européens ont tenté d'enrayer la progression des populistes en dénonçant leur sectarisme ou leur impéritie économique, et en se liguant avec le centre droit et le centre gauche afin de créer un cordon sanitaire pour les empêcher d'accéder au pouvoir. Ces stratégies ont vécu. Dans certains pays, les extrêmes entrent à présent au gouvernement. Dans d'autres, ils contraignent les centristes à adopter leur politique. Cette tendance débouchera sur une Europe où les migrants et les musulmans seront de plus en plus clairement indésirables, où le libre-échange sera impopulaire et où l'euro et l'Union européenne seront fragilisés. Le scrutin législatif néerlandais du 15 mars fournira aux populistes leur premier banc d'essai de 2017. Geert Wilders, chef de file du Parti pour la liberté (PVV), surnommé " le Grand Schtroumpf blond " en référence à sa tignasse platinée, veut verrouiller les frontières et fermer les mosquées du pays, et sortir de la zone euro et de l'UE. Si le verdict des urnes confirme les sondages, il arrivera en première ou en deuxième position. En avril, la France suivra, avec le premier tour de l'élection présidentielle. Marine Le Pen, présidente du Front national, autre blonde bien décidée à arrêter l'immigration et à quitter l'UE et la zone euro, est pratiquement assurée d'être présente au second tour, en mai. Mais Geert Wilders ne deviendra pas pour autant Premier ministre, pas plus que Marine Le Pen n'emménagera à l'Elysée. Aux Pays-Bas, une large coalition centriste fera barrage au PVV (et aux socialistes d'extrême gauche), comme en 2012. En France, les électeurs de gauche et de droite reporteront leurs voix sur les Républicains au second tour, comme ils l'ont fait aux régionales de 2015, pour empêcher une victoire du FN. Cette stratégie européenne de grandes coalitions semble toutefois à bout de souffle. Plus les partis constitués stigmatisent les populistes et leurs partisans, plus ils confortent ces électeurs dans l'idée qu'ils sont la cible d'un complot des élites. Par ailleurs, ces alliances de circonstance compromettent les identités de la gauche et de la droite traditionnelles et ne font qu'éloigner les électeurs vers les extrêmes. En Espagne, la fragmentation politique a atteint de telles proportions qu'il est presque impossible de former un gouvernement. En Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Pologne, les grands partis sociaux-démocrates de centre gauche sont en pleine débandade. A mesure que les différences entre la gauche et la droite traditionnelles s'estompent, les populistes font figure de vraie opposition. En France et aux Pays-Bas, les principaux candidats font davantage campagne contre Geert Wilders et Marine Le Pen que contre leurs adversaires des partis de gouvernement. Même s'ils n'arrivent pas au pouvoir, les extrêmes ont d'ores et déjà fait basculer les programmes gouvernementaux dans leur sens. En France, au cours des primaires de droite, la proposition de l'ancien président Nicolas Sarkozy d'emprisonner les suspects de terrorisme sans procès était tellement radicale que même Marine Le Pen s'en est émue. On pourrait penser que les pays d'Europe occidentale commencent tout simplement à ressembler à leurs voisins de l'Est, où les populistes sont déjà aux commandes. En Hongrie, le parti d'extrême droite de Viktor Orbán, Fidesz, tient le haut du pavé avec une politique exaltant le nationalisme hostile aux migrants et l'" économie illibérale " - faisant fi des droits des minorités. En Pologne, le parti au pouvoir Droit et Justice lui a emprunté sa feuille de route, en y ajoutant une augmentation substantielle des allocations familiales et des pensions de retraite. Geert Wilders et Marine Le Pen reprendraient volontiers à leur compte cette formule, mêlant des mesures d'extrême droite et conservatrices en matière de culture et de nationalisme, et d'extrême gauche et interventionnistes dans le champ économique. A mesure que ces nationalistes identitaires grignoteront du pouvoir, les partis de gauche risquent de se sentir exclus. Certains ont déjà renoncé à se présenter devant les électeurs. En Pologne, en Italie, en Espagne et même en Allemagne, des formations du centre et de gauche, devenues minoritaires dans les urnes, ont abandonné leur programme à des mouvements protestataires radicaux qui ont prospéré dans le terreau des réseaux sociaux. Le politologue bulgare Ivan Krastev voit dans cette tendance l'émergence d'une " démocratie extraélectorale " : " La jeunesse, qu'elle soit de gauche ou plus libertarienne, s'enthousiasme pour les manifestations de rue ou les diverses formes de 'cyberdémocratie', mais le processus électoral et le vote ne l'intéressent plus ", dit-il. Dans cette tourmente, le consensus libéral proeuropéen qui dominait la politique après la chute du mur de Berlin ne trouve plus de voix convaincante pour le défendre. " L'absence totale de discours libéral-démocrate positif est stupéfiante ", constate le politologue néerlandais Cas Mudde, spécialiste des extrêmes droites européennes. Les derniers à croire encore à cette vision européenne sont surtout les Verts et les chrétiens-démocrates allemands, dernier bastion du centre droit europhile. Si Angela Merkel brigue un quatrième mandat à l'automne 2017, et si elle l'emporte, elle se retrouvera bien seule face aux déferlantes populistes. Par Matt Steinglass, rédacteur en chef Europe de "The Economist"