La Fondation Solar Impulse mise sur pied par l'explorateur Bertrand Piccard a réussi son pari. Elle vient d'annoncer avoir franchi le cap des 1.000 solutions durables et rentables labellisées par des experts indépendants. Mille solutions, dont quelques dizaines émanant d'entreprises belges, sur lesquelles les plans de relance initiés sur tous les continents pourront maintenant s'appuyer afin d'orienter l'économie planétaire vers des directions plus soutenables. "Il n'y a plus d'excuses à l'inaction, commente Bertrand Piccard. Les décideurs ne peuvent plus prétendre que l'écologie coûte trop cher, nuit à l'économie et détruit des emplois."
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La Fondation Solar Impulse mise sur pied par l'explorateur Bertrand Piccard a réussi son pari. Elle vient d'annoncer avoir franchi le cap des 1.000 solutions durables et rentables labellisées par des experts indépendants. Mille solutions, dont quelques dizaines émanant d'entreprises belges, sur lesquelles les plans de relance initiés sur tous les continents pourront maintenant s'appuyer afin d'orienter l'économie planétaire vers des directions plus soutenables. "Il n'y a plus d'excuses à l'inaction, commente Bertrand Piccard. Les décideurs ne peuvent plus prétendre que l'écologie coûte trop cher, nuit à l'économie et détruit des emplois." Cette conviction est aujourd'hui partagée par un nombre croissant de dirigeants d'entreprise, notre dossier "Objectif zéro carbone" le confirme. Il y a bien entendu encore des couacs retentissants, comme l'éviction du CEO de Danone Emmanuel Faber dont les priorités environnementales n'étaient pas du goût de tous les actionnaires, mais ils ne doivent pas occulter la prise de conscience générale. Ces grands patrons sont, tout comme Bertrand Piccard, animés par la conviction que les progrès technologiques permettront de relever le défi climatique, que les innovations des uns et des autres aideront à réduire sensiblement l'empreinte carbone des activités économiques. Mais cela suffira-t-il pour atteindre l'objectif de "zéro carbone", indispensable pour préserver des conditions de vie décentes pour un nombre toujours croissant d'habitants de la planète Terre? Vraisemblablement pas. C'est pourquoi certains réclament des mesures du type "taxe carbone" pour avantager financièrement les entreprises qui font le choix de ne pas répercuter leurs coûts environnementaux sur la collectivité. Les propos recueillis dans les différentes interviews publiées dans ce numéro de Trends-Tendances indiquent bien que cette option divise le monde patronal. L'utilisation de l'arme fiscale semble toutefois tenir la corde puisque la dernière version du plan de relance du gouvernement fédéral prévoit l'instauration, d'ici 2023, d'un green tax shift en vue de décourager les énergies fossiles. Mais même avec des incitants, innover et recycler ne suffira peut-être pas. C'est la thèse de Jean-Claude Jancovici, ingénieur, consultant en énergie (agence Carbone 4) et auteur de plusieurs ouvrages sur le défi climatique. Il insiste d'une part sur le facteur temps - les conséquences des dérèglements climatiques sont déjà palpables, la réponse ne peut attendre la concrétisation des progrès technologiques - et d'autre part, sur la limite physique des ressources. Ces considérations devraient, selon lui, pousser à ralentir la machine économique et à oser le terme encore tabou de décroissance. "La sobriété énergétique est inévitable et elle va réduire les flux productifs", dit-il dans une interview au Nouvel Obs. Jancovici ne brandit pas la décroissance comme une bannière idéologique mais plutôt pragmatique. Il la voit comme une contrainte, un peu comme la vieillesse. "Elle est inexorable et il faut s'y préparer dès maintenant pour qu'elle soit la moins désagréable possible", ajoute-t-il. Cette posture est évidemment bien moins enthousiasmante que celle, incarnée désormais par Bill Gates, qui consiste à miser sur le génie humain pour trouver des solutions aux défis environnementaux contemporains. Mais entre l'enthousiasme et le réalisme, il faut parfois trouver des compromis.