Plus les années d'inaction ont passé, plus le futur énergétique de la Belgique s'est résumé à un binaire " le nucléaire ou le chaos ". Sauf qu'aujourd'hui, nous avons les deux, le nucléaire et le chaos. La politique de la non-décision a aussi ses limites, en l'occurrence celles de la physique et de la solidité des bâtiments.
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Plus les années d'inaction ont passé, plus le futur énergétique de la Belgique s'est résumé à un binaire " le nucléaire ou le chaos ". Sauf qu'aujourd'hui, nous avons les deux, le nucléaire et le chaos. La politique de la non-décision a aussi ses limites, en l'occurrence celles de la physique et de la solidité des bâtiments. La sortie du nucléaire a été décidée politiquement en 1999, un trophée pour les Verts qui accédaient pour la première fois à un gouvernement. Elle fut votée en 2003 et 15 ans plus tard, aucun des sept réacteurs belges n'a toujours été fermé. Au contraire : la durée de vie de trois d'entre eux a été prolongée de 10 ans. En matière de signal envoyé au marché, on a déjà vu plus cohérent... Aucun des partis au pouvoir - à la notable exception de la N-VA - n'a toutefois souhaité officiellement remettre en cause le principe de cette sortie du nucléaire. Mais le moins que l'on puisse écrire, c'est qu'ils ne se sont guère mouillés pour que ce principe puisse sereinement être respecté. Il y a bien eu un plan de Melchior Wathelet, secrétaire d'Etat à l'Energie lors de la législature précédente. Il actait pour la première fois la prolongation de la durée de vie d'un réacteur (Tihange 1 porté de 40 à 50 ans) mais l'accompagnait d'investissements dans les interconnexions, d'un appel d'offres pour de nouvelles centrales au gaz et de la poursuite du développement de l'éolien offshore. Ce plan a disparu avec le gouvernement Di Rupo. A la place, nous avons eu droit à la prolongation de deux autres réacteurs, cette fois sans même prendre la peine de l'intégrer dans un vaste plan de transition énergétique. Il a fallu attendre la fin de la législature (et celle-ci aura duré cinq ans, soit le double de la précédente...) pour en voir l'esquisse à travers les projets du pacte national d'investissements stratégiques. Et la laborieuse négociation d'un pacte énergétique entre le Fédéral et les trois Régions a montré combien le positionnement politique des uns et des autres primait sur l'ambition et la vision énergétiques à long terme. Pourquoi cette inaction ? Essentiellement pour des considérations financières. Il est bien plus facile de compléter son budget avec les centaines de millions de la taxe nucléaire que de dégager des fonds pour investir dans des installations de production d'énergie renouvelable ou dans des projets de recherche sur le stockage de l'énergie. " La transition énergétique coûte très cher, il ne faut pas faire croire aux gens le contraire, commentait récemment dans La Libre, Damien Ernst, professeur à l'université de Liège et spécialiste des marchés de l'énergie. Si tu ne sais même pas aller devant tes électeurs et demander 40 euros par an, il faut arrêter de parler de transition énergétique. " Mais à un moment donné, l'inertie a aussi un coût. Et nous y sommes. Les centrales vieillissantes nécessitent de plus en plus d'entretien et de réparations. Notons d'ailleurs avec satisfaction que l'Agence fédérale de contrôle nucléaire y veille et ne transige manifestement pas avec la sécurité quand il s'agit d'autoriser ou non le redémarrage d'un réacteur. Engie et EDF-Luminus semblent d'ailleurs partager cette prudence, même si cela leur coûte. C'est peut-être la seule bonne nouvelle pour les citoyens dans tout ce dossier.