Sortira ou sortira pas du nucléaire? La majorité fédérale d'Alexander De Croo se prépare à vivre deux petites semaines tendues sur ce sujet, balisé par son accord de gouvernement, mais suspendu aux garanties à donner en matière de sécurité d'approvisionnement.

Le MR continue à plaider en faveur de la prolongation des centrales (et du maintien de la filière, avant la construction de centrales de nouvelle génération). Le PS soutien Ecolo et s'y oppose. Le bras de fer politique est avancé. Les libéraux viennent avec un document pour rappeler que Paul Magnette...était favorable au prolongement du nucléaire.

"La sécurité d'approvisionnement menacée"

Le cadre est clair. La Belgique fermera ses sept réacteurs nucléaire en 2025 si la sécurité d'approvisionnement est garantie, avec un mix énergétique d'énergie renouvelable (avec un objectif, à terme, de 100%) et de gaz (suite aux enchères du CRM, qui ont décidé de la construction de deux centrales, mais dont l'objectif est déjà malmené par la N-VA). Notre pays ne fermera que cinq réacteurs sur sept et prolongera les deux plus récents au-delà de 2025 s'il y a un risque pour la sécurité d'approivisionnement.

Politiquement, le MR fait le forcing en faveur de la prolongation du nucléaire. La ligne du parti, rappelée par son président Georges-Louis Bouchez à l'issue de la COP26 et réitérée encore dans une vidéo, consiste à dire que le gaz est un gros producteur de CO2, alors que le nucléaire est décarboné. Cet argument fort ne figure toutefois pas dans l'accord de gouvernement, avec les émissions de CO2 intégrée dans le mécanisme européen d'échange de quotas d'émission (ETS).

Par contre, la sécurité d'approvisionnement est un vrai enjeu. " Or, il apparaît de plus en plus qu'elle est vraiment menacée, de nombreux experts s'entendent à ce sujet", plaide Marie-Christine Marghem (MR), députée fédérale et ancienne ministre de l'Energie. "Aujourd'hui, il n'y a pas de solution pour garantir la sécurité d'approvisionnement en cas de sortie du nucléaire, appuie aussi Bouchez. Ce n'est pas une opinion. C'est un fait."

La ministre actuelle de l'energie, Tinne Van der Straeten (Groen), doit remettre un rapport décisif avant le 30 novembre, qui s'appuiera notamment le rapport d'Elia démontrant que l'approvisionnement est garanti. Celle qui l'a précédé promet de démontrer l'inverse. Une guerre des experts est-elle en vue?

C'était au temps où le PS soutenait...

Politiquement, encore, la clé se trouve singulièrement au sein de deux partis: l'Open VLD du Premier ministre, Alexander De Croo, et le PS de Paul Magnette.

Le Premier ministre veillera avant tout à préserver sa coalition, qui risque d'être malmenée. "La sécurité d'approvisonnement pourrait devenir une affaire de gouvernement", prévient déjà Marie-Christine Marghem. Mais au sein de l'Open VLD, le président Egbert Lachaert est plutôt sur la ligne pronucléaire du MR, même s'il y a dans ses rangs une pointe d'agacement à l'égard de l'hypercommunication du leader francophone. Ce sera au vice-Premier libéral flamand, Vincent Van Quickenborne, plutôt sur la ligne 'droitière' de son président de parti, de peser au sein du Conseil des ministres restreint.

Au PS, le président Paul Magnette s'est fortement avancé dans un entretien accordé à L'Echo à l'occasion de la COP26 à Glasgow: "Le débat est clos, on va fermer les sept réacteurs". "C'est fini le débat sur la prolongation, argumentait Paul Magnette. Le CRM a été accepté par la Commission européenne, l'appel a permis de dégager une capacité suffisante, la N-VA a beau dire qu'elle ne donnera pas le permis pour la centrale de vilvorde - ce n'est pas grave, il y aura des solutions de rechange."

Le président du PS soulignait encore que "Engie a fait le choix lui-même de sortie du nucléaire, en proposant de construire des centrales au gaz. "On voudrait encore le décider aujourd'hui, on ne pourra pas prolonger ces centrales", appuie-t-il.

Marie-Christine Marghem s'étrangle. "On a le sentiment que le PS et Ecolo se sont entendus: tu me soutiens sur la sortie du nucléaire, je te soutiendrai sur la réforme des pensions", dit-elle. "Au PS, certains commencent à se rendre compte des problèmes que cela pourrait poser en matière de sécurité d'approvisonnement, prolonge-t-elle. Paul Magnette sait très bien que ce n'est pas impossible de prolonger deux réacteurs nucléaires. Quand il dit que c'est plié à cause du choix d'Engie, c'est faux! On ne peut pas avoir été ministre fédéral de l'Energie et ne pas savoir ça."

D'ailleurs, le MR ressort des archives un document: la prolongation des centrales nucléaires de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 signée avec GDF Suez... par Paul Magnette lui-même lorsqu'il avait été ministre fédéral de l'Energie, le 22 octobre 2009. Les négociations, à l'époque, avaient également été serrées.

"Si on a besoin de prolonger les centrales, aujourd'hui encore, il est toujours possible de rentrer en négociations, tout est question de rapport de forces", insiste Marghem. Qui précise: "Il suffirait de dire à Engie que si la centrale au gaz de Vilvorde ne peut pas être construite, les deux réacteurs peuvent, eux, être prolongés." Dans le même entretien à L'Echo, Paul Magnette souligne, au passage: "Avant l'accord de gouvernement, j'avais suggéré une prolongation de deux réacteurs pour cinq ans. On n'a pas été suivi, ce n'est pas grave."

Le débat est-il forcément clos? Le problème, murmure-t-on, c'est que Paul Magnette et Georges-Louis Bouchez en sont au stade où il ont forcément tendance à adopter des positions antagonistes. Et qu'ils se sont coincés l'un et l'autre en adoptant des postures très fermes. Sera-t-il possible de rendre au débat un caractère plus rationnel?

La prolongation du nucléaire signée en 2009., DR
La prolongation du nucléaire signée en 2009. © DR
La signature de Paul Magnette, DR
La signature de Paul Magnette © DR
Sortira ou sortira pas du nucléaire? La majorité fédérale d'Alexander De Croo se prépare à vivre deux petites semaines tendues sur ce sujet, balisé par son accord de gouvernement, mais suspendu aux garanties à donner en matière de sécurité d'approvisionnement. Le MR continue à plaider en faveur de la prolongation des centrales (et du maintien de la filière, avant la construction de centrales de nouvelle génération). Le PS soutien Ecolo et s'y oppose. Le bras de fer politique est avancé. Les libéraux viennent avec un document pour rappeler que Paul Magnette...était favorable au prolongement du nucléaire.Le cadre est clair. La Belgique fermera ses sept réacteurs nucléaire en 2025 si la sécurité d'approvisionnement est garantie, avec un mix énergétique d'énergie renouvelable (avec un objectif, à terme, de 100%) et de gaz (suite aux enchères du CRM, qui ont décidé de la construction de deux centrales, mais dont l'objectif est déjà malmené par la N-VA). Notre pays ne fermera que cinq réacteurs sur sept et prolongera les deux plus récents au-delà de 2025 s'il y a un risque pour la sécurité d'approivisionnement.Politiquement, le MR fait le forcing en faveur de la prolongation du nucléaire. La ligne du parti, rappelée par son président Georges-Louis Bouchez à l'issue de la COP26 et réitérée encore dans une vidéo, consiste à dire que le gaz est un gros producteur de CO2, alors que le nucléaire est décarboné. Cet argument fort ne figure toutefois pas dans l'accord de gouvernement, avec les émissions de CO2 intégrée dans le mécanisme européen d'échange de quotas d'émission (ETS). Par contre, la sécurité d'approvisionnement est un vrai enjeu. " Or, il apparaît de plus en plus qu'elle est vraiment menacée, de nombreux experts s'entendent à ce sujet", plaide Marie-Christine Marghem (MR), députée fédérale et ancienne ministre de l'Energie. "Aujourd'hui, il n'y a pas de solution pour garantir la sécurité d'approvisionnement en cas de sortie du nucléaire, appuie aussi Bouchez. Ce n'est pas une opinion. C'est un fait."La ministre actuelle de l'energie, Tinne Van der Straeten (Groen), doit remettre un rapport décisif avant le 30 novembre, qui s'appuiera notamment le rapport d'Elia démontrant que l'approvisionnement est garanti. Celle qui l'a précédé promet de démontrer l'inverse. Une guerre des experts est-elle en vue?Politiquement, encore, la clé se trouve singulièrement au sein de deux partis: l'Open VLD du Premier ministre, Alexander De Croo, et le PS de Paul Magnette.Le Premier ministre veillera avant tout à préserver sa coalition, qui risque d'être malmenée. "La sécurité d'approvisonnement pourrait devenir une affaire de gouvernement", prévient déjà Marie-Christine Marghem. Mais au sein de l'Open VLD, le président Egbert Lachaert est plutôt sur la ligne pronucléaire du MR, même s'il y a dans ses rangs une pointe d'agacement à l'égard de l'hypercommunication du leader francophone. Ce sera au vice-Premier libéral flamand, Vincent Van Quickenborne, plutôt sur la ligne 'droitière' de son président de parti, de peser au sein du Conseil des ministres restreint.Au PS, le président Paul Magnette s'est fortement avancé dans un entretien accordé à L'Echo à l'occasion de la COP26 à Glasgow: "Le débat est clos, on va fermer les sept réacteurs". "C'est fini le débat sur la prolongation, argumentait Paul Magnette. Le CRM a été accepté par la Commission européenne, l'appel a permis de dégager une capacité suffisante, la N-VA a beau dire qu'elle ne donnera pas le permis pour la centrale de vilvorde - ce n'est pas grave, il y aura des solutions de rechange."Le président du PS soulignait encore que "Engie a fait le choix lui-même de sortie du nucléaire, en proposant de construire des centrales au gaz. "On voudrait encore le décider aujourd'hui, on ne pourra pas prolonger ces centrales", appuie-t-il.Marie-Christine Marghem s'étrangle. "On a le sentiment que le PS et Ecolo se sont entendus: tu me soutiens sur la sortie du nucléaire, je te soutiendrai sur la réforme des pensions", dit-elle. "Au PS, certains commencent à se rendre compte des problèmes que cela pourrait poser en matière de sécurité d'approvisonnement, prolonge-t-elle. Paul Magnette sait très bien que ce n'est pas impossible de prolonger deux réacteurs nucléaires. Quand il dit que c'est plié à cause du choix d'Engie, c'est faux! On ne peut pas avoir été ministre fédéral de l'Energie et ne pas savoir ça."D'ailleurs, le MR ressort des archives un document: la prolongation des centrales nucléaires de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 signée avec GDF Suez... par Paul Magnette lui-même lorsqu'il avait été ministre fédéral de l'Energie, le 22 octobre 2009. Les négociations, à l'époque, avaient également été serrées."Si on a besoin de prolonger les centrales, aujourd'hui encore, il est toujours possible de rentrer en négociations, tout est question de rapport de forces", insiste Marghem. Qui précise: "Il suffirait de dire à Engie que si la centrale au gaz de Vilvorde ne peut pas être construite, les deux réacteurs peuvent, eux, être prolongés." Dans le même entretien à L'Echo, Paul Magnette souligne, au passage: "Avant l'accord de gouvernement, j'avais suggéré une prolongation de deux réacteurs pour cinq ans. On n'a pas été suivi, ce n'est pas grave."Le débat est-il forcément clos? Le problème, murmure-t-on, c'est que Paul Magnette et Georges-Louis Bouchez en sont au stade où il ont forcément tendance à adopter des positions antagonistes. Et qu'ils se sont coincés l'un et l'autre en adoptant des postures très fermes. Sera-t-il possible de rendre au débat un caractère plus rationnel?