Prenant le contre-pied de la Chine ou de l'Union européenne, plus offensifs, Tokyo se fait conciliant dans l'espoir de décrocher un accord plus favorable.

Le président Trump, qui aura le privilège d'être le premier dirigeant étranger à rencontrer le nouvel empereur Naruhito, "est le type d'homme qui apprécie un accueil chaleureux", commente Yoshinobu Yamamoto, spécialiste des relations internationales à l'université de la préfecture de Niigata (nord-ouest).

Une proximité cultivée par le Premier ministre japonais Shinzo Abe dès l'élection du milliardaire américain, qu'il avait pris soin de rencontrer avant même son investiture. Il l'a depuis assidûment courtisé, au cours de divers dîners, sommets et escapades sur le green, et a échappé à l'ire du tempétueux président.

Surtout ne pas provoquer M. Trump, telle est l'antienne du Japon, proche allié des Etats-Unis, confient des sources proches des discussions.

Point de rhétorique belliqueuse, point de riposte aux mesures protectionnistes américaines: "la stratégie est de procéder aux négociations la tête froide, en contraste avec les salves de droits de douane que s'imposent mutuellement Etats-Unis et Chine", analyse Shujiro Urata, professeur de l'université Waseda à Tokyo.

- Divergences de taille -

Les deux camps ont repris leur dialogue mi-avril sur une base bilatérale, malgré les réticences initiales de Tokyo qui aurait préféré un cadre multilatéral.

Depuis, peu a filtré sur l'avancée des discussions mais le ton est très cordial entre les deux partenaires, M. Trump ne cessant de vanter sa relation de confiance avec son homologue japonais.

Les motifs de discorde pourtant sont bel et bien là, centrés autour de deux secteurs: l'agriculture et l'automobile.

Le commerce entre les première et troisième économies au monde pèse plus de 280 milliards de dollars, mais les Etats-Unis déplorent un déficit récurrent (67,6 milliards de dollars en 2018 hors services), qu'ils attribuent à "un marché insuffisamment ouvert aux biens des exportateurs américains".

Dans ce match, "Washington a l'avantage car à tout moment, il peut frapper le Japon" avec des taxes douanières punitives sur les voitures importées, considérées comme une menace sur la sécurité nationale, "ce que Tokyo veut éviter à tout prix", souligne Martin Schulz, de l'institut de recherche Fujitsu. Mais "utiliser ce bazooka n'est pas facile, car les constructeurs japonais sont parmi les plus grands employeurs et investisseurs du pays".

Les négociateurs américains pourraient donc lâcher du lest en échange de concessions de leur partenaire dans l'agriculture. Les fermiers et éleveurs "perdent des parts de marché au Japon face à l'Australie et l'UE", qui bénéficient de meilleurs tarifs dans le cadre de pactes commerciaux récemment entrés en vigueur, rappelle l'expert.

- Une flatterie payante? -

Des discussions sont attendues samedi entre le ministre japonais de l'Economie, Toshimitsu Motegi, et le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer mais un accord est peu probable, d'après des responsables cités dans la presse.

La visite de M. Trump se veut avant tout la célébration de l'alliance unissant les deux pays, alors que le Japon vient d'entrer dans une nouvelle ère impériale, Reiwa (belle harmonie).

Le moment venu, la fortification de ces liens paiera-t-elle?

"Même si M. Abe a su instaurer une relation personnelle avec le président américain, cela ne veut pas dire que le Japon obtiendra un meilleur résultat", estime Takahide Kiuchi, économiste de l'institut de recherche Nomura. "Le dossier est sous influence de nombreuses personnes, et Donald Trump est coutumier des volte-face".

"Sa manière de négocier est imprévisible", confirme M. Yamamoto, le professeur de Niigata. "Son ami d'un jour peut ne plus l'être le lendemain".

Mais une chose est sûre, les frictions commerciales nippo-américaines n'atteindront pas l'intensité de la guerre que se livre Washington et Pékin, estime M. Kiuchi.

Comparé aux années 1980 quand le Japon, alors au faîte de sa puissance, était la bête noire de Ronald Reagan, l'archipel "ne représente plus une grande menace pour les Etats-Unis", dit-il.

"Il s'agit là d'une négociation purement commerciale, sans enjeu de domination du monde et de rivalité technologique comme dans le cas de la Chine".

Prenant le contre-pied de la Chine ou de l'Union européenne, plus offensifs, Tokyo se fait conciliant dans l'espoir de décrocher un accord plus favorable.Le président Trump, qui aura le privilège d'être le premier dirigeant étranger à rencontrer le nouvel empereur Naruhito, "est le type d'homme qui apprécie un accueil chaleureux", commente Yoshinobu Yamamoto, spécialiste des relations internationales à l'université de la préfecture de Niigata (nord-ouest).Une proximité cultivée par le Premier ministre japonais Shinzo Abe dès l'élection du milliardaire américain, qu'il avait pris soin de rencontrer avant même son investiture. Il l'a depuis assidûment courtisé, au cours de divers dîners, sommets et escapades sur le green, et a échappé à l'ire du tempétueux président.Surtout ne pas provoquer M. Trump, telle est l'antienne du Japon, proche allié des Etats-Unis, confient des sources proches des discussions.Point de rhétorique belliqueuse, point de riposte aux mesures protectionnistes américaines: "la stratégie est de procéder aux négociations la tête froide, en contraste avec les salves de droits de douane que s'imposent mutuellement Etats-Unis et Chine", analyse Shujiro Urata, professeur de l'université Waseda à Tokyo.- Divergences de taille - Les deux camps ont repris leur dialogue mi-avril sur une base bilatérale, malgré les réticences initiales de Tokyo qui aurait préféré un cadre multilatéral.Depuis, peu a filtré sur l'avancée des discussions mais le ton est très cordial entre les deux partenaires, M. Trump ne cessant de vanter sa relation de confiance avec son homologue japonais. Les motifs de discorde pourtant sont bel et bien là, centrés autour de deux secteurs: l'agriculture et l'automobile.Le commerce entre les première et troisième économies au monde pèse plus de 280 milliards de dollars, mais les Etats-Unis déplorent un déficit récurrent (67,6 milliards de dollars en 2018 hors services), qu'ils attribuent à "un marché insuffisamment ouvert aux biens des exportateurs américains".Dans ce match, "Washington a l'avantage car à tout moment, il peut frapper le Japon" avec des taxes douanières punitives sur les voitures importées, considérées comme une menace sur la sécurité nationale, "ce que Tokyo veut éviter à tout prix", souligne Martin Schulz, de l'institut de recherche Fujitsu. Mais "utiliser ce bazooka n'est pas facile, car les constructeurs japonais sont parmi les plus grands employeurs et investisseurs du pays".Les négociateurs américains pourraient donc lâcher du lest en échange de concessions de leur partenaire dans l'agriculture. Les fermiers et éleveurs "perdent des parts de marché au Japon face à l'Australie et l'UE", qui bénéficient de meilleurs tarifs dans le cadre de pactes commerciaux récemment entrés en vigueur, rappelle l'expert. - Une flatterie payante? -Des discussions sont attendues samedi entre le ministre japonais de l'Economie, Toshimitsu Motegi, et le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer mais un accord est peu probable, d'après des responsables cités dans la presse. La visite de M. Trump se veut avant tout la célébration de l'alliance unissant les deux pays, alors que le Japon vient d'entrer dans une nouvelle ère impériale, Reiwa (belle harmonie).Le moment venu, la fortification de ces liens paiera-t-elle? "Même si M. Abe a su instaurer une relation personnelle avec le président américain, cela ne veut pas dire que le Japon obtiendra un meilleur résultat", estime Takahide Kiuchi, économiste de l'institut de recherche Nomura. "Le dossier est sous influence de nombreuses personnes, et Donald Trump est coutumier des volte-face"."Sa manière de négocier est imprévisible", confirme M. Yamamoto, le professeur de Niigata. "Son ami d'un jour peut ne plus l'être le lendemain".Mais une chose est sûre, les frictions commerciales nippo-américaines n'atteindront pas l'intensité de la guerre que se livre Washington et Pékin, estime M. Kiuchi.Comparé aux années 1980 quand le Japon, alors au faîte de sa puissance, était la bête noire de Ronald Reagan, l'archipel "ne représente plus une grande menace pour les Etats-Unis", dit-il."Il s'agit là d'une négociation purement commerciale, sans enjeu de domination du monde et de rivalité technologique comme dans le cas de la Chine".