"La crise corona nous a coûté 44 milliards en deux ans", rappelait voici quelques jours la secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker à nos confrères du Soir. Le poids des dépenses publiques, qui était de 51,9% avant l'épidémie, est passé à près de 55% aujourd'hui. Bien sûr, ce pourcentage n'est qu'une partie de l'équation. Car ce qui importe est non seulement combien on dépense, mais aussi comment. Souvent, il faut l'avouer, l'efficacité de ces dépenses laisse à désirer. Mais parfois pas. On a salué l'intervention de l'Etat lors de la crise financière ou lorsque la pandémie nous est tombée dessus.
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"La crise corona nous a coûté 44 milliards en deux ans", rappelait voici quelques jours la secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker à nos confrères du Soir. Le poids des dépenses publiques, qui était de 51,9% avant l'épidémie, est passé à près de 55% aujourd'hui. Bien sûr, ce pourcentage n'est qu'une partie de l'équation. Car ce qui importe est non seulement combien on dépense, mais aussi comment. Souvent, il faut l'avouer, l'efficacité de ces dépenses laisse à désirer. Mais parfois pas. On a salué l'intervention de l'Etat lors de la crise financière ou lorsque la pandémie nous est tombée dessus. Mais "ça continue encore et encore", chantait Francis Cabrel (les moins de 40 ans peuvent aller voir sur YouTube à quoi ressemblait ce tube qui a bercé la fin de nos années 1980). Car oui, on en redemande encore et encore à l'Etat. La guerre en Ukraine menace nos économies d'une crise plus sérieuse encore que celle du corona. De nouveaux projets d'aide sont donc sur la table. Et parallèlement, pour calmer les inquiétudes sur le pouvoir d'achat, on promet aux contribuables que les impôts n'augmenteront pas. Alors c'est vrai, cette fringale dépensière ne nous faisait pas vraiment mal jusqu'à présent. Oui, les chiffres budgétaires étaient très élevés, mais l'argent était abondant, les taux d'intérêt quasi inexistants, voire négatifs, et la surveillance des déficits assez laxiste. Même la Commission européenne avait relâché la pression. Ce moment toutefois s'évapore peu à peu. Avec l'inflation qui repart, les taux remontent. La situation reste favorable pour les finances publiques tant que l'inflation est plus élevée que les taux. Mais il faudra surveiller la marmite sur le feu. Car, et c'est sans doute là le problème essentiel, les banques centrales qui étaient les acheteurs en dernier ressort de ces emprunts d'Etat ont signalé, depuis un certain temps déjà, que leur appétit avait des limites. La Banque centrale européenne a acheté pour 5.000 milliards de dettes publiques! Elles ont prévenu: bientôt, elles n'achèteront plus, et certaines institutions, comme la Réserve fédérale américaine, se préparent même à maigrir. Les Etats endettés devront donc, pour continuer à se financer, s'adresser dans un proche futur à des acquéreurs bien plus sourcilleux: les investisseurs privés. Afin qu'ils achètent ces nouvelles dettes, ces investisseurs demanderont non seulement à recevoir une rémunération suffisamment lucrative (les taux vont donc monter encore) mais aussi à être rassurés sur la rigueur de la trajectoire des finances publiques. On a vu en 2010, avec l'exemple grec, qu'une vague d'inquiétude pouvait, en quelques semaines, devenir un tsunami très difficile à contrôler. Les institutions européennes qui gendarment la zone euro en ont gardé de cuisants souvenirs. Elles vont donc recommencer à scruter les budgets des Etats membres avec beaucoup plus d'attention qu'avant. Dans "Le Soir", Eva De Bleeker insistait sur l'importance que nous avions à accroître notre taux d'emploi: "700.000 personnes en plus au travail représentent un gain de 14 milliards par an". C'est sûrement un élément important. Mais il n'empêchera pas l'Etat de devoir se serrer la ceinture, à tous les niveaux. Le déficit cumulé de l'Etat fédéral et des entités fédérées s'élève en effet à 5,1% du PIB. Il faudra donc faire des choix - qui seront sûrement douloureux - et en informer les citoyens. C'est sans doute le défi majeur du politique à l'heure actuelle: il va devoir annoncer à la population, alors que dans les états-majors on songe déjà aux élections législatives de 2024, la fin du "quoi qu'il en coûte".