Quel a été le déclencheur de la crise?

Lors du dernier vote parlementaire mercredi avant la pause estivale, le Mouvement 5 Etoiles (anti-système) de Luigi di Maio a voté contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, fermement soutenu par la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite).

L'opposition de droite et de gauche à la coalition populiste a appelé à une démission du chef du gouvernement Giuseppe Conte, estimant qu'il n'y avait "plus de majorité" au Parlement.

Le très populaire Matteo Salvini, pointé du doigt comme instigateur de la crise, a laissé planer le doute sur ses intentions. Au lieu de démarrer en fanfare le tour des plages qu'il avait annoncé, il s'est enfermé avec M. Conte pour une longue discussion.

Le soir, lors d'un meeting à la station balnéaire de Sabaudia, il s'est contenté de lâcher: "Quelque chose s'est brisé dans la majorité ces derniers mois", alimentant les spéculations qui allaient déjà bon train sur un risque d'éclatement de la coalition.

Illustration de ces tensions, le "spread" qui mesure l'écart entre les taux des dettes italiennes et allemandes (la référence) à 10 ans s'est creusé jeudi matin à 206 points, contre 199 la veille.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours?

M. Salvini va poursuivre son "beach tour", qui doit le voir enchaîner selfies, cocktails et kermesses politiques dans sept régions côtières, jusqu'à la Sicile dimanche.

Selon les médias, il a posé des conditions pour rester au sein de l'alliance: le départ de trois ministres et un nouveau pacte incluant la "flat tax", un impôt sur le revenu unique, et une plus grande autonomie des régions.

"Je ne suis pas fait pour les demi-mesures", a-t-il lancé à Sabaudia.

Parmi les trois ministres dans le collimateur du "Capitaine": Danilo Toninelli (Transports et Infrastructures, M5S), qu'il accuse de bloquer "des dizaines et dizaines d'autres chantiers publics" en plus du Lyon-Turin.

Il aurait aussi demandé la tête d'Elisabetta Trenta (Défense, proche du M5S), qui manque d'enthousiasme à ses yeux pour lutter contre les flux de migrants en Méditerranée.

Giovanni Tria (Economie), plutôt proche de la Ligue mais jugé par M. Salvini trop frileux face à Bruxelles, est également sur la sellette. "Si le ministre de l'Economie dit non aux baisses d'impôts (...), le problème c'est lui ou moi ? Je fais quoi, un budget à l'eau de rose ? l'Italie a besoin d'un choc fiscal", a prévenu M. Salvini fin juillet.

Le patron de la Ligue a assuré qu'il serait de retour à Rome lundi, "peut-être pour participer à quelques discussions", en soulignant que d'ici là, "beaucoup de choses" allaient se décider.

Cela laisse donc quatre jours à Giuseppe Conte pour réfléchir et consulter.

Quelles sont les possibilités?

L'un des plus probables reste un profond remaniement ministériel avec une relance de l'alliance entre MM. Salvini et Di Maio, que le "Capitaine" s'est gardé d'attaquer, parlant d'une "personne correcte et comme il faut".

Faute de quoi, le gouvernement Conte pourrait devoir démissionner, ce qui déboucherait sur trois hypothèses.

La formation d'une nouvelle majorité parlementaire, qui pourrait inclure le M5S et la gauche, semble improbable compte tenu de l'affaiblissement de ces deux camps et de leur opposition affichée à une telle perspective.

Sinon, des élections anticipées pourraient être convoquées pour octobre: créditée de 36 à 38% des intentions de vote selon les sondages, la Ligue devrait en sortir largement victorieuse et gouverner quasi-seule, en s'alliant avec le petit parti Fratelli d'Italia (extrême droite).

Cependant, le président Sergio Mattarella insiste régulièrement sur la nécessité d'avoir un gouvernement en place à l'automne pour élaborer le budget, dont la première version doit être soumise à l'UE avant la fin septembre.

Dans ce cas, le chef de l'Etat pourrait opter pour la mise en place d'un gouvernement technique et renvoyer la perspective d'élections à février ou mars.