A lire aussi: Un 'brexit dur' pourrait coûter plus d'un million d'emplois
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A lire aussi: Un 'brexit dur' pourrait coûter plus d'un million d'emploisUn impact à court terme était attendu, en raison de l'incertitude que représenterait pour les marchés financiers ce saut dans l'inconnu. Ensuite, la période de négociations révélerait la difficulté d'un tel processus, ce qui risquerait d'engendrer un comportement attentiste des entreprises et des ménages. La période de négociations prévue par les traités semblait par ailleurs trop courte et une période de transition serait nécessaire, augmentant encore la difficulté pour les agents économiques d'y voir clair. Pourtant, sur les marchés financiers, le choc du " oui " au Brexit fut rapidement digéré, si ce n'est par le marché des changes. Il faut dire que la réaction rapide de la banque centrale d'Angleterre (BoE) avait calmé les esprits. Sur le plan des fondamentaux économiques, il faut aussi avouer que la baisse de confiance et d'activité fut à peine perceptible dans les premiers mois suivant la décision. En clair, le choc négatif tant attendu n'a pas eu lieu. Les experts s'étaient donc trompés encore une fois. Il n'en fallait pas plus pour que les anti-experts et autres penseurs alternatifs ne se sentent pousser des ailes. Les voilà donc en train de crier victoire en répétant à qui veut l'entendre leur célèbre slogan : " Quand on sait qu'une étude a montré que des singes lançant des fléchettes arrivent à faire de meilleures prévisions que des experts, il est temps de remettre en cause la validité de ceux-ci ". On aurait pu s'attendre alors à ce que de nouvelles études étayent l'idée d'un impact très faible voir nul, puisqu'a priori, rien ne se passait. Les experts ont pourtant conservé leur ligne : le Brexit reste un choc négatif pour toutes les parties ! La suite de l'histoire semble leur donner raison. Sur le plan économique, le Royaume-Uni est actuellement en moins bonne posture, alors que l'inflation liée à la dépréciation de la livre érode le pouvoir d'achat des ménages. Les prévisions de croissance du pays pour cette année ne dépassent pas 1,5 % et un chiffre inférieur pourrait même être enregistré l'année prochaine. L'inflation, par contre, risque de dépasser 2,5 %. La BoE est dès lors prise entre deux feux : combattre l'inflation et la dépréciation de la devise nécessiterait d'augmenter ses taux, mais une telle action ralentirait encore l'économie. Sur le plan politique, la situation est encore pire : tout d'abord, le pari des élections de juin s'avère coûteux pour Theresa May. Elle n'est plus vraiment en position de force sur l'échiquier politique interne. De plus, alors que le gouvernement britannique voulait initialement boucler toutes les négociations en deux ans, il doit bien admettre aujourd'hui qu'une période de transition sera nécessaire. Enfin, et c'est peut-être le plus important, le Royaume-Uni n'est pas en position confortable dans la négociation avec l'UE. Faute d'une vision claire et d'un projet coopératif, la stratégie britannique a jusqu'à présent plutôt été de brandir la menace d'un non-accord si leurs conditions ne sont pas acceptées. Ce dernier élément explique probablement l'erreur de timing commise par les experts : en pensant que les Britanniques avaient un plan de sortie de l'UE, ils pensaient que le Royaume-Uni commencerait directement les négociations. Or, il n'en était rien, et la période de flottement a laissé l'illusion que le Brexit n'aurait pas de conséquence économique ou financière. En bref, pour reprendre les mots d'un de mes auteurs préférés, Barry Eichengreen, on assiste dans le cadre du Brexit à une sorte de revanche des experts. Même si le résultat de leurs travaux a été mis à mal dans un premier temps, il semble bien que le côté obscur du Brexit se révèle enfin. Le problème n'est certes pas insurmontable, d'autant plus que l'on traverse une période d'amélioration conjoncturelle, mais cela reste une grosse épine politique et économique dans le pied des pays européens et du Royaume-Uni. Le Brexit est donc loin d'être écarté de la liste des risques qui pèsent sur le scénario économique du moment.