L'heure serait-elle au capitalisme d'Etat ? Cette heure doit en tout cas être grave pour que la Commission, d'ordinaire si tatillonne quand il s'agit de contenir l'intervention publique dans l'économie, adopte une telle position. Fin mars, elle avait déjà pointé la nécessité de défendre " la souveraineté économique " de l'Europe, en rappelant que les dispositions européennes autorisaient le filtrage des investissements directs étrangers, dans des domaines jugés stratégiques comme la santé, la biotechnologie ou les infrastructures essentielles. Quatorze Etats membres disposent de législation en ce sens. On y retrouve nos voisins allemands, français et néerlandais, auxquels notre pays se compare ...

L'heure serait-elle au capitalisme d'Etat ? Cette heure doit en tout cas être grave pour que la Commission, d'ordinaire si tatillonne quand il s'agit de contenir l'intervention publique dans l'économie, adopte une telle position. Fin mars, elle avait déjà pointé la nécessité de défendre " la souveraineté économique " de l'Europe, en rappelant que les dispositions européennes autorisaient le filtrage des investissements directs étrangers, dans des domaines jugés stratégiques comme la santé, la biotechnologie ou les infrastructures essentielles. Quatorze Etats membres disposent de législation en ce sens. On y retrouve nos voisins allemands, français et néerlandais, auxquels notre pays se compare souvent, mais pas la Belgique... L'hétéroclite coalition Wilmès pourrait-elle y songer ? L'administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige, appuie dans ce sens quand il invite, dans L'Echo, l'Etat et les Régions à prendre des participations dans nos " fleurons " industriels pour éviter qu'ils ne passent " sous pavillon étranger et délocalisent du même coup leur centre décisionnel ". Les pouvoirs publics n'ont pas attendu le coronavirus pour agir en ce sens : la SRIW et la SFPI sont présentes chacune dans une centaine d'entreprises, parfois dans le but explicite de conserver l'activité en Belgique. Dans la mesure de leurs moyens, ces outils économiques pourraient effectivement venir demain consolider l'ancrage national de certaines grandes entreprises. Mais il existe aussi d'autres formules, de plus en plus usitées, comme le double vote pour les actionnaires de long terme. Ou, pourquoi pas, l'implication des citoyens. Plusieurs économistes, ainsi que le ministre wallon Jean-Luc Crucke, ont lancé ces derniers jours des appels à la mobilisation de l'épargne en faveur des entreprises. Les modalités varient - certains évoquent un fonds d'investissement public, d'autres un soutien fiscal à du capital à risque - mais elles conduisent toujours à un renforcement de l'ancrage belge des entreprises concernées. Rappelons que dans ce qu'on appelle le Bel 20, on ne retrouve que cinq sociétés dont l'actionnariat connu est majoritairement belge. Les propositions de ce type ne se limitent pas aux entreprises cotées mais peuvent concerner toutes les PME, notamment familiales, qui constituent l'essentiel de notre tissu économique. Certaines sont très performantes, y compris au niveau mondial, mais peuvent-elles raisonnablement être qualifiées de " fleuron stratégique " à défendre à tout prix ? " Prise individuellement, aucune n'est sans doute véritablement systémique, expliquait récemment le professeur Georges Hübner (HEC Liège) dans notre magazine. Mais prises ensemble, elles sont essentielles au bon fonctionnement économique et social de notre pays. " Leur sauvetage peut donc justifier une intervention publique autant que citoyenne. L'écueil est de ne pas confondre défense d'un ancrage et repli sur soi. On reproche souvent à nos PME prometteuses de corseter leurs ambitions. Si elles veulent grandir, si elles veulent conquérir le monde, elles ont besoin de capitaux qui dépassent largement les frontières nationales. Le secteur des biotechs le démontre : elles doivent très tôt procéder à des levées de fonds internationales. L'arrivée d'actionnaires américains, japonais ou autres est généralement saluée comme une reconnaissance. Et, jusqu'ici, cela a bien plus contribué à attirer des entreprises étrangères chez nous qu'à entraîner des délocalisations.