Récemment encore, j'ai eu le plaisir d'écouter le patron d'une très grande banque belge. Dans le cadre d'une anecdote, il racontait que son fils venait d'acheter une maison. Hélas pour lui, il savait qu'en contrepartie du bon prix qu'il a pu négocier, il devait encore faire pas mal de travaux pour la mettre en conformité avec les normes environnementales. En Belgique, on parle du fameux certificat PEB. De mémoire, je pense que la maison de ce fils de banquier devait être classée à la lettre F, soit une passoire thermique. Il avoua son désarroi à son père. Si à cause des normes écologiques, il veut un jour faire passer sa maison du classement F à A (ou même B), il n'aurait pas d'autre choix que de raser sa maison et de tout reconstruire, vu le prix des travaux.

L'anecdote m'a frappé, car elle montre bien que les politiques prennent des décisions ou des règlements qui sont votés pour le bien de la planète, mais qui lorsque ces décisions sont prises sans autres précautions risquent dans l'immédiat de paupériser une partie de la population. Et je ne parle pas de ce fils de banquier qui pourra compter, le cas échéant, sur l'aide de son père. Non, je parle des autres citoyens qui n'ont pas la chance d'avoir cette filiation.

C'est le même problème pour l'interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035. Elle transforme la voiture en objet de luxe. Posséder une voiture devient impayable pour les classes populaires, d'autant que les prix des voitures d'occasion sont partis à la hausse. Pour expliquer ce décalage entre un idéal que tout le monde souhaite et la plate réalité, Philippe Goetzmann, un spécialiste de la consommation estime que c'est parce que les élites sont surreprésentées dans le monde politique et le monde des médias. Selon lui, ces élites des grandes villes poussent vers la sobriété et l'écologie, car bien souvent, ils n'ont pas trop de problèmes de pouvoir d'achat. Ces élites imposent donc des mesures parfois trop rapides, mais en phase avec leurs convictions. En revanche, précise encore Philippe Goetzmann, dans les zones défavorisées ou paupérisées, les citoyens sont loin d'avoir rompu avec la consommation de masse. Ce sont les clients habituels d'Aldi et d'Action. Les distributeurs le savent bien : on a aujourd'hui deux types de citoyens. Celui qui va être servi par le volume et l'autre par la qualité. La distribution est d'ailleurs en train de se segmenter. L'époque où toutes les classes sociales étaient réunies sous le même toit d'un seul distributeur, c'est un peu fini, avec quelques nuances, car un cadre supérieur peut aussi se rendre chez Aldi. Mais ce sera surtout pour économiser pour ses vacances d'été. Nuance donc.

Mais avec le retour de l'inflation, la seule chose qui compte, c'est la variable prix : pour les ménages les plus pauvres, les dépenses obligées, celles qui sont préprogrammées représentent 65% des dépenses. Je pense au loyer, à l'électricité, à l'eau, aux assurances, aux abonnements téléphoniques et aux abonnements de divertissement comme Netflix. Au final, il reste à ces personnes seulement 35% de leurs dépenses pour la consommation courante. Et si la crise ampute leurs revenus de 10%, le solde ne sera plus de 35, mais de 25%. L'argument prix est devenu aujourd'hui l'alpha et l'oméga du consommateur.

La conclusion est quelque peu amère : si nous sommes tous en faveur de la transition énergétique, ce n'est pas une honte de reconnaitre qu'elle sera d'abord synonyme de régression qualitative pour les classes les plus populaires. C'est la cassure entre la Belgique d'en haut et la Belgique d'en bas. Et il y a un signe qui ne trompe pas : quand la grande distribution traditionnelle joue la carte des bas prix et des produits en vrac, la seule conclusion à en déduire, c'est la paupérisation ou le déclassement de la classe moyenne.

Récemment encore, j'ai eu le plaisir d'écouter le patron d'une très grande banque belge. Dans le cadre d'une anecdote, il racontait que son fils venait d'acheter une maison. Hélas pour lui, il savait qu'en contrepartie du bon prix qu'il a pu négocier, il devait encore faire pas mal de travaux pour la mettre en conformité avec les normes environnementales. En Belgique, on parle du fameux certificat PEB. De mémoire, je pense que la maison de ce fils de banquier devait être classée à la lettre F, soit une passoire thermique. Il avoua son désarroi à son père. Si à cause des normes écologiques, il veut un jour faire passer sa maison du classement F à A (ou même B), il n'aurait pas d'autre choix que de raser sa maison et de tout reconstruire, vu le prix des travaux.L'anecdote m'a frappé, car elle montre bien que les politiques prennent des décisions ou des règlements qui sont votés pour le bien de la planète, mais qui lorsque ces décisions sont prises sans autres précautions risquent dans l'immédiat de paupériser une partie de la population. Et je ne parle pas de ce fils de banquier qui pourra compter, le cas échéant, sur l'aide de son père. Non, je parle des autres citoyens qui n'ont pas la chance d'avoir cette filiation. C'est le même problème pour l'interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035. Elle transforme la voiture en objet de luxe. Posséder une voiture devient impayable pour les classes populaires, d'autant que les prix des voitures d'occasion sont partis à la hausse. Pour expliquer ce décalage entre un idéal que tout le monde souhaite et la plate réalité, Philippe Goetzmann, un spécialiste de la consommation estime que c'est parce que les élites sont surreprésentées dans le monde politique et le monde des médias. Selon lui, ces élites des grandes villes poussent vers la sobriété et l'écologie, car bien souvent, ils n'ont pas trop de problèmes de pouvoir d'achat. Ces élites imposent donc des mesures parfois trop rapides, mais en phase avec leurs convictions. En revanche, précise encore Philippe Goetzmann, dans les zones défavorisées ou paupérisées, les citoyens sont loin d'avoir rompu avec la consommation de masse. Ce sont les clients habituels d'Aldi et d'Action. Les distributeurs le savent bien : on a aujourd'hui deux types de citoyens. Celui qui va être servi par le volume et l'autre par la qualité. La distribution est d'ailleurs en train de se segmenter. L'époque où toutes les classes sociales étaient réunies sous le même toit d'un seul distributeur, c'est un peu fini, avec quelques nuances, car un cadre supérieur peut aussi se rendre chez Aldi. Mais ce sera surtout pour économiser pour ses vacances d'été. Nuance donc.Mais avec le retour de l'inflation, la seule chose qui compte, c'est la variable prix : pour les ménages les plus pauvres, les dépenses obligées, celles qui sont préprogrammées représentent 65% des dépenses. Je pense au loyer, à l'électricité, à l'eau, aux assurances, aux abonnements téléphoniques et aux abonnements de divertissement comme Netflix. Au final, il reste à ces personnes seulement 35% de leurs dépenses pour la consommation courante. Et si la crise ampute leurs revenus de 10%, le solde ne sera plus de 35, mais de 25%. L'argument prix est devenu aujourd'hui l'alpha et l'oméga du consommateur.La conclusion est quelque peu amère : si nous sommes tous en faveur de la transition énergétique, ce n'est pas une honte de reconnaitre qu'elle sera d'abord synonyme de régression qualitative pour les classes les plus populaires. C'est la cassure entre la Belgique d'en haut et la Belgique d'en bas. Et il y a un signe qui ne trompe pas : quand la grande distribution traditionnelle joue la carte des bas prix et des produits en vrac, la seule conclusion à en déduire, c'est la paupérisation ou le déclassement de la classe moyenne.