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"Déjà en primaire, j'étais délégué de classe." Georges-Louis Bouchez a toujours su qu'il aspirait à une fonction avec des responsabilités, de la prise de décision et un impact sociétal. "J'ai une chance immense, je n'ai jamais vraiment dû m'interroger sur mes choix, raconte- t-il. C'était une évidence pour moi. Le débat public m'a toujours passionné et c'est toujours le cas. Tout comme je reste fan absolu de Formule 1 et de football. J'ai gardé toutes mes passions d'enfance." Le jeune homme a toutefois opté pour des études de droit plutôt que les sciences politiques afin de se ménager la possibilité de devenir avocat. "J'ai toujours eu cette préoccupation en tête: ne pas être dépendant de la politique, dit Georges- Louis Bouchez. C'est pour cela que j'ai tenu à avoir un métier à côté." Ce fils de commerçants en appareils de télévision et de vidéo installés dans le Borinage (Colfontaine, puis Quaregnon) rejoint donc la faculté de droit de Saint-Louis à Bruxelles. Et on ne se refait pas, il est rapidement élu au Centre d'action universitaire (CAU) de l'institution. Cette élection, il la doit peut-être à... Laurette Onkelinx. Elle était alors ministre de la Justice et avait été invitée à prendre la parole à la rentrée académique de Saint-Louis. Vous devinez la suite: un jeune étudiant se lève, prend la parole et se lance dans une analyse critique du discours ministériel. "Tout l'auditoire a applaudi et cela m'a permis d'être élu au CAU dans la foulée", se souvient-il. Il y côtoie notamment le futur député Ecolo Kalvin Soiresse et Yvon Jadoul, ancien collaborateur de ministres cdH et aujourd'hui secrétaire général de Smart coopérative. Georges-Louis Bouchez se définit comme un étudiant "assidu", aux notes toujours "bien rangées" (mais apparemment incompréhensibles par toute autre personne) et qui multipliait les activités militantes et estudiantines (pas les guindailles, il ne boit jamais d'alcool). "Je rattrapais grâce à des blocus de dingue, dit-il. Et ça devait aller puisque j'ai eu plusieurs fois la grande dis'. Mais bon, j'ai toujours eu le sens de la compétition aussi." Après son bac à Saint-Louis, il termine son master à l'ULB où, fait rarissime, il n'est apparemment pas devenu président des étudiants en droit. C'est que, entre-temps, Georges-Louis Bouchez a commencé à faire de la politique. Il a été repéré en 2005 par Louis Michel lors d'une conférence-débat à Mons avec Jean-Maurice Dehousse. Le jeune étudiant avait bien entendu pris la parole et, à l'issue du débat, le commissaire européen lui avait vivement conseillé de songer à la politique. " Richard Miller (alors député et chef de file du MR montois, Ndlr) l'accompagnait et m'a noté son numéro de téléphone sur un carton de bière... que j'ai toujours, sourit Georges- Louis Bouchez. Je n'ai pas connu mes grands-pères, Louis et Richard ont rempli un peu ce rôle pour moi, avec leur regard sage et toujours bienveillant à mon égard." Et c'est ainsi que le futur président du MR participe, en 2006, à sa première campagne électorale. Il rate le siège de conseiller communal à Mons pour 16 voix. Une non-élection qui, à la réflexion, lui a plutôt été bénéfique. "Cela m'a donné le temps de m'impliquer dans ma section et de préparer la suite", estime cet éternel optimiste, cet homme qui regarde toujours la bouteille à moitié pleine et tentera même de vous convaincre qu'il y a en réalité bien plus que la moitié... Si Louis Michel l'avait repéré, c'est Didier Reynders qui va l'engager, lui permettant ainsi de tisser sa toile dans les deux clans qui n'en finissent pas de diviser son parti. En octobre 2008, Georges-Louis Bouchez réussit les épreuves de recrutement pour le cabinet du vice-Premier ministre. Il y est notamment en charge des questions de fonction publique. "J'étais le petit jeune à côté des Olivier Henin (aujourd'hui CFO de la SNCB) ou de Damien Van Eyll (chef de cabinet Réformes institutionnelles chez David Clarinval), rappelle-t-il. Aujourd'hui, quand je les appelle, c'est moi leur président. C'est dingue quand même! Dans un parcours de vie, il ne faut jamais négliger personne. La vie, c'est monter et descendre des escaliers. Ne méprisez pas les autres quand vous montez. Si pas par bienveillance, au moins par prudence." Du cabinet de Didier Reynders, il garde des contacts plus étroits avec d'anciens collègues comme Sandrine Lonnoy (aujourd'hui au cabinet de Valérie Glatigny) et Anne Junion (chez Sophie Wilmès, après avoir été cheffe de cabinet de Marie-Christine Marghem). Mais rappelez-vous, Georges-Louis Bouchez ne voulait pas être dépendant de la politique. Alors, parallèlement à son travail de cabinet, il se tourne vers l'enseignement. Il devient assistant d'Hendrik Vuye, professeur de droit constitutionnel à l'UNamur et futur député N-VA. "C'était durant l'été 2010, au début des fameux 541 jours de crise politique, raconte-t-il. La N-VA, c'était le mal absolu, et pourtant, entre nous, ça a immédiatement collé. Nous avons travaillé ensemble durant deux années formidables."Voilà déjà les élections communales qui se profilent. Cette fois, Georges-Louis Bouchez ne veut pas jouer les seconds rôles et réclame carrément la tête de liste: un inconnu de 26 ans qui défie le Premier ministre Elio Di Rupo, il faut un fameux toupet pour oser ce scénario! Mais la section locale est divisée (il gagnera le scrutin interne avec six petites voix d'écart) et le président du parti, un certain Charles Michel, redoute que cela ne conduise à l'éviction du MR de la majorité communale. "Notre relation avait mal commencé avec cet épisode, convient Georges- Louis Bouchez. Mais après, Charles est sans doute la personne qui m'a le plus aidé. Nous avons des styles très différents mais nous adorons tous les deux discuter de stratégie politique. Nous pouvons en parler des heures. Pour le reste, oui, j'ai dû me battre pour conduire cette liste en 2012. Mais j'ai l'habitude: je ne suis jamais arrivé face quelqu'un qui m'attendait et m'ouvrait la porte. J'ai toujours dû forcer un peu cette porte." La suite est plus connue. Georges-Louis Bouchez devient échevin, puis député wallon en suppléant de Jacqueline Galant. Tout s'écroule en avril 2016: en quatre jours, il perd son mandat de député au profit de Jacqueline Galant qui a démissionné du gouvernement fédéral, et celui d'échevin car Elio Di Rupo décide de rompre son alliance avec le MR au profit du cdH. Certains auraient noyé la désillusion dans l'alcool. Lui préfère ne rien boire et regarder à nouveau la bouteille à moitié pleine. "Ma carrière est lancée", confie-t-il ce jour-là à son grand ami, le député David Leisterh. Il peut en effet sans retenue jouer la carte de la victime de la toute-puissance socialiste et se forger ainsi un nom dans tout le pays. "Sans cela, aurais-je réussi les mêmes scores électoraux par la suite?, interroge-t-il aujourd'hui. Je conserve beaucoup de respect, et même de sympathie, pour Elio Di Rupo. Le jeune qui casse les codes et qui doit se battre pour se faire accepter dans son parti, il a connu cela. Je préfère ces parcours hors-champs, avec des hauts et des bas, aux trajectoires trop lisses. Elio, c'est tout à fait cela." Avec ces propos, on comprend pourquoi Georges-Louis Bouchez dévore les biographies de personnages comme Napoléon, Maradona, Bernard Tapie, Winston Churchill ou Nicolas Sarkozy. "La flamme de vie chez tous ces gens, ça me fascine, avoue-t-il. A un moment donné, ces types sont allés chercher ce qui allait faire la différence. C'est une source d'inspiration constante pour moi. Ils démontrent que rien n'est impossible. Six mois avant mon élection, qui aurait dit que je serais le prochain président du MR?" En 2018, Georges-Louis Bouchez réussit son pari: faire vaciller la citadelle socialiste montoise en lui faisant perdre sa majorité absolue. Sa liste "Mons en mieux" (qui rassemble des personnalités de différents horizons politiques) réalise un score historique pour une liste non PS dans la cité du Doudou (21,5%). "Quelle campagne vais-je mener en 2024? se demande-t-il maintenant. J'ai tellement aimé être le gars du coin face à la grosse machine. Aujourd'hui, je ne suis plus vraiment un outsider." Entre-temps, et malgré un siège de député fédéral manqué, il est en effet devenu président du MR, informateur royal et négociateur de l'accord de gouvernement fédéral. "On dit que j'énerve tout le monde, conclut-il. Mais sincèrement, serais-je là si j'énervais tout le monde? L'important, c'est de savoir pourquoi on énerve. Si j'énerve parce que je défends un projet de société avec conviction, ce n'est vraiment pas grave. C'est parfois blessant, tous ces procès d'intention à mon égard, mais bon, le temps répare les injustices. Même si parfois, ça prend beaucoup de temps. J'ai heureusement la chance de ne pas être rancunier, de ne pas ruminer les choses." L'avenir dira si ses homologues ne sont, eux non plus, pas trop rancuniers.