Baisser les impôts des plus aisés pour que la prospérité économique "ruisselle" vers le bas en créant au passage croissance et emploi, l'idée est ancienne. Les fortes baisses d'impôts souhaitées par le gouvernement britannique interviennent dans la lignée des coupes fiscales de l'administration Trump en 2017 ou des politiques économiques prônées par Ronald Reagan aux États-Unis dans les années 1980. Comme à chaque fois, la pertinence de cette théorie est très contestée.

Une étude de la London School of Economics portant en 2020 sur 18 pays de l'OCDE et une période de 50 ans a constaté que le fait de réduire les impôts pour les plus riches n'affecte "pas significativement" la performance économique mesurée par le PIB par habitant et le taux de chômage.

Dès 2015, le Fonds monétaire international affirmait déjà dans une étude que "lorsque les riches s'enrichissent, les bénéfices ne ruissellent pas", insistant sur l'importance d'augmenter les revenus des pauvres et classes moyennes afin de dynamiser la croissance.

Cela n'a pas empêché la Première ministre britannique Liz Truss de soutenir ces réductions d'impôts dans une récente interview à la chaîne Skynews, affirmant au sujet des plus hauts revenus que "lorsque l'on réduit les taxes, il y a souvent un avantage disproportionné car ces personnes payaient davantage d'impôts au départ".

Le soutien (trop) massif

L'annonce des baisses d'impôts au Royaume-Uni n'a même pas eu le mérite de bénéficier à la Bourse de Londres du coup de fouet boursier qui avait pu être observé à Wall Street après l'annonce des coupes fiscales par l'administration Trump en 2017. "En général quand on annonce des baisses d'impôts, les gouvernements annoncent à côté des baisses de dépenses ou d'autres hausses d'impôts pour montrer leur sérieux", note auprès de l'AFP Gregory Claeys, économiste à l'institut bruxellois Bruegel.

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Dans les années 1980, l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher avait par exemple fortement réduit les impôts, tout en diminuant aussi drastiquement la dépense publique. Or aujourd'hui "cela se combine avec des dépenses supplémentaires, avec un paquet énorme", poursuit M. Claeys qui note que les montants en jeu mettent en doute la crédibilité de l'ensemble du plan.

Afin de financer le gel des prix de l'énergie, Londres prévoit de dépenser quelque 60 milliards de livres uniquement sur six mois, soit 2,4% de son PIB, largement via de l'emprunt, rappelle l'agence de notation Moody's dans une note. Ce plan pourrait faire office de paquet social, mais ce n'est pas du tout le cas, relève Gregory Claeys. "Ce qui aurait été de gauche, cela aurait été d'imposer des mesures ciblées", affirme-t-il, dénonçant un "mauvais usage de l'argent public" qui profite d'abord aux personnes aisées.

La fréquente critique contre le manque de ciblage des mesures face à la flambée des prix de l'énergie ne vise cependant pas que le Royaume-Uni, les grandes institutions internationales exhortant depuis des mois les pays européens à davantage cibler les plus vulnérables.

L'ensemble du plan ne convainc pas

L'ensemble du plan est explosif, de l'avis des investisseurs qui ont fait flamber sur les marchés les taux d'intérêt et fait plonger la devise britannique, un phénomène typique d'une perte de crédibilité des politiques proposées, estime Moody's. Alors que la dette publique britannique évolue autour de 100% de son PIB, les économistes évaluent l'ensemble du paquet entre 100 et 200 milliards de livres, des sommes qui s'ajoutent au soutien déjà important déployé depuis le début de la crise énergétique.

La situation est d'autant plus inquiétante que la Banque d'Angleterre tente en ce moment de freiner l'activité en augmentant fortement ses taux d'intérêt, ceci afin de ralentir l'inflation. Or le plan budgétaire risque d'injecter davantage de carburant dans l'économie et donc de contrecarrer ce plan. "Ce plan consister à emprunter des sommes très importantes à des taux d'intérêt de plus en plus élevés, de placer la dette publique dans une situation insoutenable, en espérant une croissance plus élevée", s'est alarmé récemment le directeur de l'institut de recherche britannique indépendant IFS, Paul Johnson dans une note.

Baisser les impôts des plus aisés pour que la prospérité économique "ruisselle" vers le bas en créant au passage croissance et emploi, l'idée est ancienne. Les fortes baisses d'impôts souhaitées par le gouvernement britannique interviennent dans la lignée des coupes fiscales de l'administration Trump en 2017 ou des politiques économiques prônées par Ronald Reagan aux États-Unis dans les années 1980. Comme à chaque fois, la pertinence de cette théorie est très contestée.Une étude de la London School of Economics portant en 2020 sur 18 pays de l'OCDE et une période de 50 ans a constaté que le fait de réduire les impôts pour les plus riches n'affecte "pas significativement" la performance économique mesurée par le PIB par habitant et le taux de chômage.Dès 2015, le Fonds monétaire international affirmait déjà dans une étude que "lorsque les riches s'enrichissent, les bénéfices ne ruissellent pas", insistant sur l'importance d'augmenter les revenus des pauvres et classes moyennes afin de dynamiser la croissance.Cela n'a pas empêché la Première ministre britannique Liz Truss de soutenir ces réductions d'impôts dans une récente interview à la chaîne Skynews, affirmant au sujet des plus hauts revenus que "lorsque l'on réduit les taxes, il y a souvent un avantage disproportionné car ces personnes payaient davantage d'impôts au départ".L'annonce des baisses d'impôts au Royaume-Uni n'a même pas eu le mérite de bénéficier à la Bourse de Londres du coup de fouet boursier qui avait pu être observé à Wall Street après l'annonce des coupes fiscales par l'administration Trump en 2017. "En général quand on annonce des baisses d'impôts, les gouvernements annoncent à côté des baisses de dépenses ou d'autres hausses d'impôts pour montrer leur sérieux", note auprès de l'AFP Gregory Claeys, économiste à l'institut bruxellois Bruegel. Dans les années 1980, l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher avait par exemple fortement réduit les impôts, tout en diminuant aussi drastiquement la dépense publique. Or aujourd'hui "cela se combine avec des dépenses supplémentaires, avec un paquet énorme", poursuit M. Claeys qui note que les montants en jeu mettent en doute la crédibilité de l'ensemble du plan. Afin de financer le gel des prix de l'énergie, Londres prévoit de dépenser quelque 60 milliards de livres uniquement sur six mois, soit 2,4% de son PIB, largement via de l'emprunt, rappelle l'agence de notation Moody's dans une note. Ce plan pourrait faire office de paquet social, mais ce n'est pas du tout le cas, relève Gregory Claeys. "Ce qui aurait été de gauche, cela aurait été d'imposer des mesures ciblées", affirme-t-il, dénonçant un "mauvais usage de l'argent public" qui profite d'abord aux personnes aisées.La fréquente critique contre le manque de ciblage des mesures face à la flambée des prix de l'énergie ne vise cependant pas que le Royaume-Uni, les grandes institutions internationales exhortant depuis des mois les pays européens à davantage cibler les plus vulnérables.L'ensemble du plan est explosif, de l'avis des investisseurs qui ont fait flamber sur les marchés les taux d'intérêt et fait plonger la devise britannique, un phénomène typique d'une perte de crédibilité des politiques proposées, estime Moody's. Alors que la dette publique britannique évolue autour de 100% de son PIB, les économistes évaluent l'ensemble du paquet entre 100 et 200 milliards de livres, des sommes qui s'ajoutent au soutien déjà important déployé depuis le début de la crise énergétique. La situation est d'autant plus inquiétante que la Banque d'Angleterre tente en ce moment de freiner l'activité en augmentant fortement ses taux d'intérêt, ceci afin de ralentir l'inflation. Or le plan budgétaire risque d'injecter davantage de carburant dans l'économie et donc de contrecarrer ce plan. "Ce plan consister à emprunter des sommes très importantes à des taux d'intérêt de plus en plus élevés, de placer la dette publique dans une situation insoutenable, en espérant une croissance plus élevée", s'est alarmé récemment le directeur de l'institut de recherche britannique indépendant IFS, Paul Johnson dans une note.