Il s'agit quand même de savoir comment seront dépensés 1.300 milliards d'euros au cours de sept années qui seront cruciales pour le continent, voire pour l'économie mondiale dans son ensemble.

Ce projet budgétaire doit encore passer sous les fourches caudines du Conseil et du Parlement. Autant dire que le draft sera amendé, corrigé, allégé. Mais plusieurs leçons peuvent déjà être tirées du document.

La première, c'est que malgré le départ des Britanniques (qui représentaient quand même 13 % de la population de l'Union), le plan budgétaire affiche une légère croissance (+ 1,1%). Le corollaire est qu'une série de pays qui bénéficiaient d'exemptions et de rabais (estimant qu'ils payaient trop au regard du retour qu'ils avaient de l'Union) n'en profiteront plus. Cet allègement de facture avait été instauré pour répondre au " I want my money back " de Margaret Thatcher. Il bénéficie aujourd'hui comme par hasard aux membres de cette nouvelle " ligue hanséatique " (Pays-Bas, Autriche, Finlande, Danemark, etc.) qui se tient debout sur la pédale de frein pour éviter toute avancée d'un projet européen réellement fédéral. Ces pays auront une double douleur à surmonter, puisque non seulement ils ne devraient plus bénéficier de discount mais qu'en plus, le budget européen serait donc en hausse. On réinstaurerait donc un petit mécanisme de transfert des riches vers les pauvres.

On ne peut se démettre de l'impression que c'est " too little, too late ". Ces politiques auraient dû être mises en place voici sept ans.

La deuxième leçon concerne le rééquilibrage des grands postes budgétaires. Héritage de l'histoire, la politique agricole commune représente encore plus du tiers de l'ensemble du budget européen (plus de 408 milliards à elle seule sur la période 2014-2020). L'autre grand poste, représentant aussi environ 34-35 %, est l'argent alloué aux fonds de cohésion. Le nouveau budget veut réduire ces deux postes de 5 à 10 % et réorienter les fonds de cohésion davantage en direction des régions dans lesquelles le chômage des jeunes est très important. Ce qui, en soi, n'est pas une mauvaise idée et devrait profiter aux pays du " Club Med " (Portugal, Sud de l'Espagne, Grèce). On voit déjà les sourcils du Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, se redresser.

Une grande partie de ces économies serait réorientée vers les investissements destinés à répondre aux changements climatiques. Le solde viendrait renforcer les politiques de recherche, de défense, de sécurité, de gestion des frontières et de migration. Un détail qui n'a pas échappé à Budapest ou Varsovie : l'accès aux fonds européens sera limité si un Etat membre viole les règles fondamentales de l'Etat de droit.

On notera aussi une timide avancée avec ce projet de fonds européen anti-crise qui pourrait être activé pour sauver un pays en difficulté sans passer, comme la Grèce l'a expérimenté à ses dépens, par la mobilisation d'acteurs comme la Troïka ou l'Eurogroupe, dont on ne peut pas dire qu'ils aient brillé, ni par leur efficacité, ni par le respect des règles démocratiques.

Le sentiment qui vient à la lecture de cette ébauche est qu'après un plan budgétaire 2014-2020 insipide, l'orientation de ce prochain septennat est meilleure : dégager des moyens pour répondre aux défis climatique et migratoire, au chômage des jeunes, à la nécessité de bâtir une défense commune... Tout cela a été salué. Mais on ne peut se démettre de l'impression que c'est too little, too late (trop peu, trop tard). Ces politiques auraient dû être mises en place voici sept ans. Et que de toute façon, avec un budget qui ne représente que 1,1 % du PIB des Etats membres et sur lequel on assistera à des batailles de chiffonniers, l'impact ne sera pas bien grand.

Dans l'état actuel de ses forces, c'est sans doute tout ce que l'Europe peut proposer. Et en ce sens, ce budget européen, malgré ses qualités, est aussi un cruel aveu de faiblesse.