Serait-ce l'ambiance estivale ou une tendance commune parmi les conseillers en communication ? Les discours d'investiture semblent particulièrement ambitieux ces dernières semaines. Boris Johnson en a encore donné un bon exemple : neutralité carbone à l'horizon 2050 (le grand classique du moment), investissements massifs dans la technologie, dans la 5G, dans les voitures électriques grâce à de la technologie locale..., tout y est passé. On croirait presque entendre le discours d'Ursula von der Leyen devant le Parlement européen. Un comble ! Mais Boris Johnson y ajoute la fibre patriotique, ambitionnant de faire de son Royaume " the greatest place on earth ", le meilleur endroit au monde. L'influence trumpiste est à peine voilée...

S'agissant du Brexit, le Premier ministre britannique ne se montre pas moins ambitieux. Il promet un Brexit pour le 31 octobre, sans prolongation et avec une renégociation de l'acte de divorce (le fameux Withdrawal Act), et en particulier de la question de la frontière irlandaise.

Mais la communication est une chose, la réalité en est une autre. La situation économique britannique est loin d'être florissante et avant les grandes ambitions de long terme, il faudra gérer la décélération économique du moment avec les moyens du bord, sans oublier les tensions géopolitiques. En matière de Brexit, les premiers contacts avec Michel Barnier et Jean-Claude Juncker ont été plutôt froids. L'Europe n'entend pas rouvrir la discussion, si ce n'est sur la déclaration politique annexée au Withdrawal Act.

Diviser pour mieux régner ? A la différence de Theresa May, Boris Johnson n'a pas peur d'un no deal au cas où l'Europe resterait sourde à ses demandes. Soyons réalistes, cette option reste sur la table et ne pas s'y préparer serait une erreur. Davantage aujourd'hui qu'il y a quelques mois, d'ailleurs. En effet, la stratégie de Boris Johnson pourrait être de jouer la carte d'un no deal afin d'effriter l'unité des 27 dans la discussion sur le Brexit (certains pays étant davantage touchés par cette option que d'autres). Telle est, du moins, le sens d'une récente mise en garde de Michel Barnier aux dirigeants européens : leur unité dans la discussion sera cruciale.

La peur d'un Brexit sans accord continue néanmoins de hanter les esprits de nombreux parlementaires britanniques, qui préfèreront convoquer de nouvelles élections plutôt que de se voir emmenés malgré eux vers l'option par défaut. C'est d'autant plus vrai que les sondages ne sont pas nécessairement défavorables aux conservateurs : il ne faut pas oublier que, dans la tragédie du Brexit, l'opposition travailliste brille également par ses tensions internes, ce qui pèse auprès de l'électeur. Dès lors, puisque la probabilité de négociations constructives entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe est très faible et que le Parlement britannique reste très divisé, l'évolution du dossier est extrêmement incertaine.

La peur d'un Brexit sans accord continue néanmoins de hanter les esprits de nombreux parlementaires britanniques, qui préfèreront convoquer de nouvelles élections plutôt que de se voir emmenés malgré eux vers l'option par défaut.

Tout cela n'arrange pas les affaires des très nombreuses entreprises européennes et belges, en particulier celles qui sont en relation avec le Royaume-Uni. L'incertitude persiste mais les contrats, les investissements et les décisions ne peuvent pas attendre. Dans un tel brouillard, seule la prudence est de mise : on a vu beaucoup d'entreprises européennes gonfler leurs stocks de produits en provenance du Royaume-Uni juste avant la précédente échéance, histoire de supporter le choc temporaire d'un no deal. D'ici le 31 octobre, l'opération coûteuse risque de devoir se reproduire.

Bien évaluer où et comment un no deal peut frapper reste la meilleure façon pour une entreprise de se préparer à ce qu'il se passera dans les prochains mois car, dans ce dossier, la stratégie politique a depuis longtemps pris le dessus sur la rationalité économique.