Le marché automobile belge fait la grimace et retient son souffle. Un total de 155.866 nouvelles voitures ont été immatriculées au premier trimestre de cette année, soit une baisse de 5,9% comparé à la même période l'an dernier. Les particuliers hésitent quant au choix du carburant et postposent leur achat. Le marché des entreprises, en revanche, se porte plutôt bien.

" On ne peut pas se plaindre, confie Miel Horsten, patron de la société de leasing ALD Automotive et président de la fédération sectorielle Renta. Le secteur de l'automobile traverse une mauvaise passe actuellement mais les deux dernières années ont été excellentes. La fiscalité automobile suscite quelques inquiétudes, ainsi que la nouvelle norme d'émissions WLTP, les automobilistes s'interrogent - à juste titre - sur le type de carburant à privilégier mais les chiffres sont encourageants. La croissance devrait atteindre 5% cette année. "

Selon les derniers chiffres de la fédération automobile, la Febiac, près de la moitié des nouvelles voitures (75.407 pour être précis) ont été immatriculées par des entreprises au premier trimestre. En Belgique, le nombre total de voitures de société est estimé à un demi-million sur un total de 5,8 millions de voitures. A l'approche des élections du 26 mai, le débat sur le statut fiscal des voitures de société est passé à la vitesse supérieure.

" En période pré-électorale, les propositions fusent de toutes parts, relativise Miel Horsten. Quelles que soient les décisions prises, notre secteur survivra mais tous ces atermoiements ont pour effet de susciter une certaine incertitude. Les politiciens annoncent déjà d'autres mesures alors que le budget mobilité a été fixé il y a un moins à peine. Résultat : personne ne souscrit au budget mobilité car ce sera peut-être complètement différent en 2020. Bref, les convoyeurs attendent. "

Voiture électrique et trottinette

Selon le budget mobilité, entré en vigueur début avril, les employés peuvent troquer leur voiture de société contre une somme d'argent qu'ils peuvent dépenser dans trois piliers. Premier pilier : l'employé conserve la voiture de société à condition que ce soit un modèle plus petit et respectueux de l'environnement. Le solde du budget peut servir à financer d'autres modes de transport durables prévus dans le deuxième pilier, comme un abonnement aux transports publics, un vélo de société (électrique), une allocation vélo, une trottinette électrique, un hoverboard, etc. S'il reste encore un budget après le financement de la voiture respectueuse de l'environnement et les alternatives durables, le solde est payé cash après déduction d'une cotisation spéciale employé de 38,07% pour la sécurité sociale. Une façon pour les employés concernés de se constituer des droits complémentaires en matière de chômage et de pension.

La distance moyenne entre le domicile de l'utilisateur de voiture de société et son lieu de travail diminue, selon les chiffres d'Attentia.

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Le système du budget mobilité fonctionne sur base volontaire, tant pour l'employeur que pour l'employé. Faisons un rapide calcul et voyons quelles sont les alternatives aux voitures de société parmi les plus populaires comme la BMW2 ou la Volkswagen Passat.

Selon l'outil de simulation en ligne du prestataire de services de ressources humaines SD Worx, la valeur catalogue s'élève à 35.000 euros et le total cost of ownership (TCO) pour l'employeur à 8.000 euros par an. Le TCO est le budget qui favorise le multimodal. L'employé qui échange, par exemple, son véhicule diesel contre une Nissan Leaf électrique (valeur catalogue 36.540 euros, TCO 7.029 euros) dispose de 971 euros à dépenser pour le deuxième pilier, juste assez pour acquérir une trottinette électrique (850 euros) mais trop peu pour un vélo électrique (1.500 euros). Déduction faite de la trottinette, il lui reste 121 euros. Cette somme peut soit servir à financer un abonnement aux transports public soit être versée en liquide. Après déduction des cotisations sociales de 46,06 euros, il reste 74,94 euros net.

Voiture à essence et vélo de société

L'employé qui préfère disposer d'un budget plus conséquent pour le deuxième pilier peut opter, par exemple, pour une petite voiture à essence au TCO moins élevé. L'outil de simulation propose plusieurs modèles : Volkswagen UP ! , Ford Focus ou Fiat 500. Pour ces voitures à essence compactes (émission de CO2 : 95 g/km), le TCO tourne autour des 5.360 euros, ce qui permet de dégager un budget supplémentaire de 1.669 euros comparé à la Nissan Leaf. Avec ces 1.669 euros, l'employé en question peut s'offrir un vélo de société, après quoi il lui restera encore 169 euros de budget mobilité à dépenser. Yves Labeeu, tax & legal consultant du groupe Attentia, juge le budget mobilité trop rigide car il n'autorise que les choix de mobilité prévus par le règlement. L'introduction du budget mobilité devrait se faire progressivement selon lui, au rythme des contrats de leasing d'une durée moyenne de quatre à cinq ans.

" Les entreprises n'ont pas attendu cette réglementation. Jamais les besoins de mobilité n'ont été aussi pressants et les employés veulent pouvoir choisir entre différents modes de déplacement. Avec les fameux plans cafétéria, les entreprises ont créé des budgets mobilité avant la lettre, explique Yves Labeeu qui met en exergue la popularité croissante des vélos de société pour les trajets travail/domicile, calculés dans le salaire brut. "La combinaison voiture de société/transports publics/vélo/micro-mobilité (trottinette électrique, gyroroue, hoverboard, etc. Ndlr) est la solution de l'avenir, selon moi. Le dernier kilomètre en ville est celui qui prend le plus de temps. L'idéal est de se garer en périphérie, de sortir son vélo pliable ou sa trottinette électrique du coffre pour se rendre à son rendez-vous. L'heure est venue de changer ses habitudes."

Une analyse que corrobore Miel Horsten. "Nos clients modifient leur comportement, lentement mais sûrement, déclare-t-il. Ils n'ont pas attendu les politiques. Le recours aux voitures de leasing devient plus raisonnable sous la pression sociale. Ecologisation et multimobilité sont les nouveaux leitmotivs." Fervent adepte de la multimobilité, Miel Horsten applaudit le budget mobilité des deux mains. "J'aurais préféré un changement plus rapide mais bon, le nouveau budget apporte un début de solution. Combiner la voiture, le vélo et le train, c'est le bon sens même et nous encourageons nos clients en ce sens. Le budget mobilité n'initiera pas un virage à 180 degrés mais c'est un premier pas dans la bonne direction." Selon le président de Renta, les bienfaits du nouveau budget se vérifieront en ville essentiellement. "La question arrive sur le tapis dans toutes les discussions avec les clients", confie-t-il.

Selon les derniers chiffres de la Febiac, près de la moitié des nouvelles voitures ont été immatriculées par des entreprises au premier trimestre 2019.

Pour un avenir plus vert

Le secteur du leasing attend du gouvernement une vision claire et précise de la mobilité pour les années à venir. "Pour résoudre le problème de mobilité, il faut des trains, des bus, des vélos mais aussi des voitures de société. Le gouvernement devrait proposer une vision de la mobilité dans les années 2025. Notre secteur peut contribuer au changement puisqu'il renouvelle régulièrement son parc automobile", affirme Miel Horsten. Le président d'ALD Automotive est convaincu de la nécessité de "verdir" la flotte de leasing. "L'âge moyen de notre parc automobile est de 20 mois environ alors que les voitures belges ont 10,5 ans en moyenne, constate Miel Horsten. L'avantage n'est pas uniquement fiscal. Le secteur du leasing achète 27% des voitures neuves en Belgique."

Miel Horsten (ALD Automotive et Renta): "2018 a été l'année de la 'dédieselisation'. Cette année sera celle de l''écologisation'." © debby termonia

La suppression des voitures de société n'est pas envisageable, à ses yeux. "La voiture de société n'est pas un cadeau, réagit Miel Horsten. C'est une façon de récompenser les travailleurs qui font tourner l'économie. Si on les supprime, que se passera-t-il ? Les vieilles voitures resteront en circulation plus longtemps, ce qui aggravera les problèmes environnementaux. Autrement dit, notre secteur contribue à l' écologisation du parc automobile. 2018 a été l'année de la dédieselisation. Cette année sera celle de l' écologisation. "

Il y a deux moyens de rendre le parc automobile plus vert, dixit Horsten. "Pour commencer, la promotion des véhicules électriques et hybrides. Qui dit remplacement des voitures diesels par des voitures à essence, dit moins de particules fines mais émission de plus de CO2." La Febiac a enregistré la stabilisation des émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures particulières entre 2016 et 2017 à 115,8 g/km mais en 2018, elles ont augmenté à 119 g/km. Au premier trimestre 2019, les émissions atteignent déjà 123 g/km. Les trois premiers mois de cette année, les entreprises ont fait immatriculer 1.679 voitures électriques, soit 2,23% à peine du total des nouvelles immatriculations.

"Le changement peine à s'amorcer, explique Miel Horsten. Les constructeurs feront tout pour promouvoir les voitures électriques au cours des cinq prochaines années de manière à réaliser leurs objectifs CO2, sans quoi ils risquent des amendes colossales." La deuxième piste est l' écologisation. "Nous encourageons nos clients à revoir la gestion de leur parc automobile, à organiser le télétravail et à encourager le leasing de vélos. Le marché est en plein boom, constate Miel Horsten. Nous nous orientons vers un marché de 8.000 à 10.000 vélos annuellement."

Que faut-il entendre par "cash for car" ?

Outre le budget mobilité, il existe aussi l'allocation mobilité, mieux connue sous le nom de cash for car. Cette réglementation introduite au printemps 2018, qui prévoit la restitution de la voiture salariale en échange d'une somme d'argent, ne donne pas les résultats escomptés. L'an dernier, seules 320 demandes d'allocation mobilité ont été enregistrées. Depuis lors, la loi a été modifiée et prévoit également la réglementation 'budget mobilité'.

Selon la direction du prestataire de services de ressources humaines SD Worx, l'allocation mobilité moyenne s'élève à 525 euros brut par mois. "Le principe cash for car s'applique aux voitures salariales essentiellement. Le travailleur qui a droit à une voiture de société mais n'en a quasi pas besoin pour ses déplacements professionnels peut l'échanger contre une somme d'argent. Cette somme fait l'objet d'un traitement social et fiscal intéressant", explique Veerle Michiels, experte en mobilité chez SD Worx. Yves Labeeu d'Attentia note, quant à lui, un regain d'intérêt pour l'allocation mobilité. "Au début, le cash for car n'avait aucun succès mais les travailleurs commencent à s'y intéresser depuis quelques mois. Les entreprises envisagent toutes les alternatives. La réglementation a été adaptée de façon à rendre cette formule plus intéressante. Lorsqu'elle a été introduite, l'engouement était plutôt mitigé, à tort."

Les voitures de société en chiffres

Selon les chiffres du groupe Attentia, 19,5% des travailleurs disposent d'une voiture de société en Belgique, contre 16% en 2015. "L'augmentation se poursuit, mais la courbe commence à se niveler", déclare Yves Labeeu. La voiture de société est principalement l'apanage de l'employé (28,9% en 2018). Selon les données salariales de SD Worx, 33,4% des employés disposent d'une voiture de société. Du côté des ouvriers, la voiture de société est un phénomène récent. Selon Attentia, le pourcentage de voitures de société octroyées aux ouvriers est passé de 1,31% en 2015 à 2,25% les premiers mois de cette année.

© SOURCE : ATTENTIA

Toutes les voitures de société ne sont pas des voitures de fonction indispensables à l'exercice de la profession. Bon nombre de voitures de société ont pour but l'optimisation fiscale des coûts salariaux et le recrutement de collaborateurs talentueux. C'est le cas de 41% des voitures de société selon les estimations. "Prenez l'exemple d'un profil commercial et d'un technicien obligés de se déplacer. Dans 42% des cas, il s'agit d'une fonction interne mais la voiture fait partie du package salarial conforme au marché. Dix-sept pour cent des voitures de société sont attribuées pour des fonctions à caractère aussi bien interne qu'externe", précise Brigitte Oversteyns, de SD Worx.

La rationalisation du parc de voitures de société se fait attendre. Attentia constate une majoration du prix catalogue moyen de 31.966 euros en 2015 à 34.939 euros cette année. La distance moyenne entre le domicile de l'utilisateur de voiture de société et son lieu de travail diminue, selon les chiffres d'Attentia. De 20 kilomètres en 2015, elle est aujourd'hui évaluée à 15 kilomètres. A en croire Yves Labeeu, les jeunes travailleurs (de moins de 40 ans) disposant d'une voiture de société font davantage le choix de se rapprocher de leur lieu de travail, que les plus de 40 ans. La solution idéale pour laisser plus souvent la voiture de société au garage et enfourcher son vélo, électrique ou non.