Le long terme, ça n'a jamais été une préoccupation pour nos sociétés démocratiques. Nous avons tous vu venir, depuis plus de 20 ans, le défi des pensions à l'horizon 2050. Mais qui est réellement prêt à changer ses habitudes pour préparer 2050? Chacun trouve toujours un mieux loti que soi, un plus riche ou un bénéficiaire d'un régime de retraite plus favorable pour justifier le statu quo sur son propre sort. Dans un tout autre registre, nous voyons tous, de réunions de la Cop en rapports du Giec, les périls climatiques à venir pour 2030 et au-delà. Mais qui est prêt à rogner sur son confort pour préserver 2030? Nous voyons tous un plus pollueur ou un plus énergivore...

Le long terme, ça n'a jamais été une préoccupation pour nos sociétés démocratiques. Nous avons tous vu venir, depuis plus de 20 ans, le défi des pensions à l'horizon 2050. Mais qui est réellement prêt à changer ses habitudes pour préparer 2050? Chacun trouve toujours un mieux loti que soi, un plus riche ou un bénéficiaire d'un régime de retraite plus favorable pour justifier le statu quo sur son propre sort. Dans un tout autre registre, nous voyons tous, de réunions de la Cop en rapports du Giec, les périls climatiques à venir pour 2030 et au-delà. Mais qui est prêt à rogner sur son confort pour préserver 2030? Nous voyons tous un plus pollueur ou un plus énergivore pour justifier notre statu quo. Aujourd'hui, les urgences sont là, devant nos yeux. Elles se matérialiseront dans quelques mois et pas dans une dizaine d'années ou plus. Elles sont d'ordres très divers mais, hélas, elles se heurtent aux mêmes résistances. L'urgence ne suffit pas à elle seule à décoincer les verrous et à dépasser la routine du business as usual. On pourrait croire, par exemple, que quand l'inflation explose au point de nous conduire jusqu'à six indexations salariales en un an (c'est l'estimation du Bureau du Plan), le débat sur l'indexation automatique serait un peu plus nuancé. Mais non, revoir le modus operandi de cette spécificité belge avec, par exemple, un plafonnement des indexations demeure un tabou pour le banc syndical. Et tant pis si, comme le déclare l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique Pieter Timmermans, de telles hausses salariales en quelques mois constitueraient "un drame pour la compétitivité des entreprises" et pourraient créer de lourds dégâts dans notre économie convalescente. Dans un tout autre registre, nous voyons poindre une menace sur notre approvisionnement en gaz. Cet hiver, il se pourrait que nous ne puissions plus chauffer les bâtiments comme nous en avons l'habitude. L'échéance se rapproche dangereusement. Et croyez-vous que cela change quelque chose? Quand les patrons des trois plus gros énergéticiens français appellent à la sobriété et affirment que "chaque geste compte" pour réduire notre consommation, ils ne recueillent que ricanements et haussements d'épaule. Comme l'Agence internationale de l'énergie quand elle prônait, au printemps dernier, des mesures comme la réduction des vitesses autorisées sur nos routes ou le retour des dimanches sans voiture. Business as usual. Pour tenter de dégager des solutions, nos dirigeants se tournent volontiers vers les experts. Les académiques se mouillent alors pour une réforme fiscale détonante ou pour le pouvoir d'achat comme d'autres s'étaient mouillés hier pour la réforme des pensions (cela remonte au gouvernement Di Rupo...). A voir comme les propositions sont ensuite balayées, on a la douloureuse impression que ces rapports d'experts servent surtout à gagner du temps, voire carrément à justifier l'inaction. Les partis s'érigent en effet rapidement en remparts contre telle ou telle suggestion: "Regardez ces horreurs que vous avez évitées grâce à nous!". Cela leur servira de bilan à la seule échéance qui compte dans le monde politique, celle des prochaines élections. En attendant, la voiture Belgique fonce vers le mur, vers plusieurs murs même, et personne n'a le courage de tourner le volant, de peur de déplaire à son électorat.