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A lire aussi: Les inégalités en forte hausse, surtout aux Etats-Unis1. Il existe un profond sentiment d'augmentation des inégalités. Votre étude statistique corrobore- t-elle cette impression ? Les inégalités n'ont pas diminué ces 20 dernières années, mais elles ont moins augmenté qu'ailleurs, en particulier dans les pays anglo-saxons. Même la classe moyenne, dont on annonce souvent la disparition, s'en sort plutôt bien. Je conviens qu'elle souffre sans doute, alors que des très hauts revenus prospèrent. Mais quand on regarde la distribution des revenus imposables sur 20 ans, on observe une stabilisation. La vague inégalitaire n'a pas submergé les Belges, mais elle leur a mouillé les pieds, et même un peu les jambes. La différence entre l'impression dont vous parlez et ces chiffres provient du fait que chaque citoyen regarde son cas personnel et non la statistique générale. Il faut regarder aussi le gâteau que nous partageons. Depuis 2008, le revenu national par habitant a diminué de 0,8 % en termes réels, alors qu'il avait crû de 1,4 % entre 1995 et 2007. Cela pèse évidemment sur la perception des inégalités. 2. Quels éléments ont freiné la croissance des inégalités en Belgique ? La littérature économique pointe souvent la globalisation, la financiarisation de l'économie et les changements technologiques comme facteurs explicatifs de la croissance des inégalités. Ils impactent bien entendu une économie ouverte comme celle de la Belgique. D'autres facteurs, plus spécifiques à notre pays, jouent cependant dans l'autre sens. Je pense au processus de négociation des salaires, au salaire minimum, au fort taux de syndicalisation et à la sécurité sociale en général. Si la part salariale a moins baissé en Belgique qu'ailleurs, cela serait finalement à mettre au crédit de ce qui est souvent qualifié de " rigidités "... L'impôt et la sécurité sociale jouent un important rôle redistributif et ont soutenu la croissance du revenu disponible. 3. Vous parlez de revenu mais la véritable source d'inégalités ne réside-t-elle pas dans les patrimoines des uns et des autres ? Selon les études de la Banque centrale européenne (BCE), le patrimoine est effectivement réparti de manière plus inégalitaire que les revenus. Le quintile le plus élevé possède 52 % des revenus et 62 % du patrimoine net, tandis que les 20 % les plus pauvres possèdent 3,5 % du revenu mais seulement 0,2 % du patrimoine net. Et encore, les responsables de l'étude conviennent qu'il y a très vraisemblablement une sous-estimation des patrimoines les plus élevés. La BCE ne note toutefois pas d'évolution quant à la répartition de ce patrimoine. Les Belges auraient un patrimoine plus élevé que les habitants des autres pays européens. Ceci vaut tant pour le patrimoine moyen que médian, tant pour le patrimoine immobilier que financier. Par contre, la Belgique n'est pas le pays où l'inégalité de la distribution des patrimoines est la plus élevée. Nous nous situons ici dans la moyenne européenne.