Le président américain refuse la mise en oeuvre d'un accord international sur le climat. Le monde entier condamne ce refus. Quelques années plus tard, les États-Unis battent le reste du monde en matière de diminution d'émission des gaz à effet de serre. Tel fut le scénario lorsque le président George W. Bush avait dédaigné le protocole de Kyoto que son prédécesseur Clinton avait signé en 1997.
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Le président américain refuse la mise en oeuvre d'un accord international sur le climat. Le monde entier condamne ce refus. Quelques années plus tard, les États-Unis battent le reste du monde en matière de diminution d'émission des gaz à effet de serre. Tel fut le scénario lorsque le président George W. Bush avait dédaigné le protocole de Kyoto que son prédécesseur Clinton avait signé en 1997. Car alors que le gouvernement fédéral américain faisait marche-arrière, le monde des entreprises américaines faisait un pas en avant - surtout avec la révolution du schiste, qui a également comprimé le coût de l'électricité et assuré l'indépendance énergétique des États-Unis. En ne faisant rien sur le plan politique, l'Amérique de Bush Jr. a obtenu, dans le domaine énergétique, davantage de durabilité, de viabilité financière et de sécurité : une combinaison en or qui, ailleurs, reste un dilemme impossible. Il n'est pas à exclure que les États-Unis de Trump recommencent ce tour de passe-passe : l'abdication devant la politique internationale en matière d'objectifs climatiques, mais cependant la prise de conscience et la stimulation de tous les entrepreneurs climatiques. Si la politique climatique d'autres pays crée des opportunités de marché pour l'énergie verte, ces derniers peuvent alors en tirer parti ailleurs. Pas de deal est le meilleur deal pour le "dealmaker" Trump.Attendons encore de voir si les États-Unis sortiront réellement de l'Accord de Paris sur le climat. Il n'y a pour l'instant qu'une déclaration d'intention. Le temps que cette sortie soit opérationnelle, le mandat de Trump touchera à sa fin et son successeur pourra à nouveau décider de l'adhésion des États-Unis à l'Accord de Paris. Dans l'intervalle, ce n'est pas tellement le climat qui changera, mais bien la politique climatique. L'Accord de Paris est une déclaration d'intention pour le contrôle des émissions, qui doit encore être étayée par une politique et du cash. Le leadership de cela retombe à présent sur l'Europe et la Chine.Les accords commerciaux internationaux d'abord, la défense et l'OTAN ensuite, et maintenant le climat: sur tous les domaines où les États-Unis dominaient mondialement, Trump quitte le terrain. Pour une Union européenne à la recherche d'elle-même, c'est un cadeau des dieux. Pendant des années, nous nous sommes enorgueillis de la dite soft power de notre rôle de modèle pacifiste dans le monde. On en plaisante surtout. Nous pouvons à présent opter pour une soft hard power: un leadership international poussé, sur base d'un consensus politique, une capacité d'actions géopolitiques et une force économique. Les actes joints à la parole. L'Europe saisira-t-elle cette opportunité exceptionnelle ? L'élection d'Emmanuel Macron donne une dose de volontarisme politique, néanmoins portée par une économie aux pieds d'argile. La Chancelière Merkel est plus assertive, mais elle se trouve devant des élections, ce qui exclut des avancées immédiates. Concernant l'avenir de l'eurozone, la France et l'Allemagne ne sont pas en phase. L'énergie politique sera notamment dévorée par le Brexit au cours des prochaines années. Il y a une dissension interne profonde entre l'ouest, l'est et le sud de l'Union. Il y a par conséquent un sérieux frein intérieur à la vocation internationale de l'Union européenne. Mais si l'Europe ne parvient pas à maintenir le cap de l'ordre mondial, les Chinois le feront à leur manière. L'isolationnisme américain contraint par conséquent l'Europe à traiter également avec et vis-à-vis de la Chine de manière autonome et collective. Si nous nous emparons de tout cela, l'Union sera à nouveau lancée. Et Trump méritera une statue à Bruxelles. Dépêchez-vous, car il ne restera pas éternellement président.