Ainsi, dans les années 2000, la quasi-disparition de toute prime de risque associée aux pays membres de la zone euro traduisait la confiance des marchés dans la monnaie unique. Cependant, depuis 2010 et la crise de la dette, les choses ont bien changé. Les risques implicites de change qu'impliquerait un éclatement de la zone euro ou de défaut comme ce fut le cas en Grèce, font fluctuer les primes de risque des obligations souveraines. La dynamique économique est ici importante, en raison de son impact sur la santé des finances publiques de chaque pays.

Mais les événements politiques jouent également un rôle important dans la fluctuation des primes. Dès lors, la perspective d'une élection se voit de plus en plus dans les primes de risque, de même qu'une surprise une fois les résultats connus. Il ne faut pas y voir de préférence politique de la part des marchés financiers, mais simplement une appréciation, par les investisseurs internationaux, du risque de défaut que fait peser la politique sur les dettes souveraines.

On se souvient évidemment de l'explosion de la prime de risque sur l'emprunt belge à 10 ans par rapport à son homologue allemand qui, entre avril et novembre 2011, avait bondi de pas moins de 250 points de base (2,5% ! ). Or, la crise politique qui durait à l'époque depuis plus d'un an a joué un rôle dans cette poussée de fièvre obligataire. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Aujourd'hui, la prime de risque est redescendue à une cinquantaine de points de base (0,5%) pour différentes raisons.

Compte tenu du résultat des élections du 26 mai et si l'on tient compte des exclusives et exigences des uns et des autres, on peut naturellement se demander si on ne va pas prendre la direction d'une nouvelle longue crise politique. Si l'on suit les marchés obligataires, la question est dès lors de savoir si les inéluctables tensions politiques des prochains mois pourraient provoquer une nouvelle envolée de la prime de risque associée à la Belgique. Trois éléments devraient à mon sens être réunis pour voir la prime de risque belge s'envoler.

Un : des discussions politiques qui tournent en rond. On se rappellera en effet que le marché obligataire a mis du temps, lors de la crise des 541 jours, à associer l'impasse politique et le risque de défaut. Or, on n'est qu'au début des négociations. Les investisseurs étrangers observent passivement ce qu'il se passe mais, à supposer qu'ils y comprennent quelque chose, ils partent du principe que des coalitions pourront être trouvées. Ce n'est qu'après un long moment qu'ils se mettront à douter.

Deux : des tensions multiples en Europe. Si la prime de risque a explosé en 2011, c'est surtout en raison de la crise de la dette qui frappait la Grèce, l'Irlande, le Portugal, mais aussi l'Italie et l'Espagne. La Belgique y fut associée en raison de sa crise politique, mais si les investisseurs n'avaient pas été stressés par la crise de la dette, l'histoire aurait probablement été très différente. Pour le moment, les marchés ne s'affolent pas. Mais gare à l'Italie, qui semble de plus en plus vouloir en découdre avec la Commission européenne. Si les tensions devaient se raviver de ce côté-là, une crise politique en Belgique ne serait pas la bienvenue.

Trois : la BCE perd le contrôle. Il ne faut pas négliger le fait que depuis plusieurs années, la Banque centrale européenne (BCE) calme indirectement le jeu des primes de risque par ses achats d'obligations sur les marchés. A ce jour, elle détient une part importante de la dette belge et réinvestit dans celle-ci les obligations qui viennent à échéance. En cas de nouvelles tensions dans la zone euro, la réaction des primes de risque compte tenu de l'acteur important des marchés obligataires qu'est devenu la BCE reste un point d'interrogation. Il n'y a pas de point de référence en la matière puisqu'en 2011, la BCE n'intervenait pas sur ces marchés.

Bref, en supposant que la charge d'intérêt sur la dette belge entre dans les préoccupations des partis politiques, la situation des marchés donne pour le moment l'impression que l'on a encore un peu de temps devant nous. Non sans se rappeler qu'en 2011, l'envolée de la prime de risque avait aussi contribué à ramener les partis politiques à la dure réalité du monde : il y avait un pays à gérer...