Quoi de plus carré que la politique monétaire? Tout l'oppose à la politique budgétaire. Cette dernière doit à la fois répondre à certains objectifs souvent vagues (s'agit-il d'emploi, de croissance, de bien-être ou encore de redistribution?), représenter un savant équilibre entre les forces politiques en présence, et aplanir les tensions entre les "corps intermédiaires" et entre les lobbies de la société civile. L'art du compromis y est donc indispensable, au prix souvent de l'utilisation de concepts flous censés contenter le plus grand nombre et ne froisser personne.
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Quoi de plus carré que la politique monétaire? Tout l'oppose à la politique budgétaire. Cette dernière doit à la fois répondre à certains objectifs souvent vagues (s'agit-il d'emploi, de croissance, de bien-être ou encore de redistribution?), représenter un savant équilibre entre les forces politiques en présence, et aplanir les tensions entre les "corps intermédiaires" et entre les lobbies de la société civile. L'art du compromis y est donc indispensable, au prix souvent de l'utilisation de concepts flous censés contenter le plus grand nombre et ne froisser personne. A l'opposé, la politique monétaire est menée dans le cadre d'un mandat clair et en utilisant des instruments certes très puissants mais en nombre limité. Mais ceci demande de la précision dans les mots utilisés et dans les actes posés car l'implémentation de la politique monétaire repose sur la réaction des marchés financiers à ceux-ci. Un gros travail a été réalisé ces 15 dernières années pour atteindre une parfaite compréhension des termes utilisés.Les exemples sont nombreux. On se souviendra du "we monitor inflation" et "we CLOSELY monitor inflation" ("on surveille DE PRÈS l'inflation") de l'ex-président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, la première assertion signifiant un statu quo en matière de taux, la seconde une augmentation prochaine de ceux-ci. Et que dire du "whatever it takes" ("quoi qu'il en coûte") de cet autre ex-président, Mario Draghi, en 2012? Trois mots pour défier les spéculateurs et tous ceux qui doutaient de la survie de la zone euro. Le message est tellement bien passé qu'avant même que la BCE n'ait agi, les primes de risque des pays de la zone euro diminuaient. Mario Draghi gagnait par K.O.! Mais ce n'est pas de la magie, c'est le fruit d'un long travail de crédibilité, de clarté et de rigueur. Il faut avouer que Christine Lagarde, l'actuelle présidente, a quelques difficultés à se faire comprendre, comme l'a encore montré sa dernière conférence de presse. Depuis quelque temps, elle a en effet mis en avant le concept de "conditions de financement favorables de l'économie".Interrogée sur ce qu'elle entendait par là (ce qui est crucial pour que la sphère financière comprenne bien les intentions de la BCE), elle eut, il y a quelques semaines, le malheur de répondre que la BCE adoptait une approche "holistique et multi-facettes" du concept. Ces deux mots pourraient tout autant qualifier une politique d'emploi, d'énergie ou de mobilité. Mais parce qu'ils ne veulent rien dire, ces mots sont très mal passés, s'agissant de politique monétaire, car ils renouent avec un certain flou auquel les marchés n'étaient plus habitués. Obligée de préciser son propos lors de la dernière réunion de politique monétaire, Madame Lagarde s'est lancée dans une explication finalement tout aussi floue que ses mots initiaux, laissant beaucoup d'observateurs sur leur faim. Peut-être les opérateurs de marché doivent-ils évoluer et arrêter d'attendre que la politique monétaire soit aussi précise qu'elle ne le fut sous l'ère Draghi. Peut-être faut-il, là aussi, du flou pour contenter tout le monde et ne froisser personne, ou tout simplement pour se laisser de la marge de manoeuvre. Mais dans ce cas, est-il vraiment encore possible de garder le contrôle des marchés financiers? Christine Lagarde a assuré qu'elle avait une ancre et une boussole. Les marchés en ont tout autant besoin...