Vous y ajoutez les bons chiffres de l'emploi et vous avez tout le carburant nécessaire pour aborder en confiance les échéances électorales de 2018 et 2019.
...

Vous y ajoutez les bons chiffres de l'emploi et vous avez tout le carburant nécessaire pour aborder en confiance les échéances électorales de 2018 et 2019. Sauf que la coalition fédérale adore jouer à saborder sa propre cause. Prenons la baisse du taux facial de l'impôt des sociétés. Elle a été annoncée en juillet mais sans le détail des mesures compensatoires destinées à tendre vers la neutralité budgétaire de la réforme. Ces mesures sont ensuite sorties au compte-goutte, par des fuites dans la presse, générant une impression de grand marché de dupes : au final, les entreprises, et singulièrement les plus petites, n'allaient-elles pas payer plus après la réforme qu'avant ? Cela ne semble pas être le cas. Les PME devraient effectivement payer moins d'impôts après la réforme qu'avant, tandis que les grandes entreprises en paieraient, elles, sans doute un peu plus avec le plafonnement des déductions au million d'euros et la refonte des intérêts notionnels. L'idée inverse a cependant fait son chemin dans l'opinion car, depuis juillet, aucun ministre n'a pris la peine de se lancer dans une modélisation précise de la réforme de l'impôt des sociétés. Conséquence : l'Union des classes moyennes, le principal représentant des indépendants et des PME francophones, torpille le texte. Pire : la majorité n'a même pas voulu que l'UCM soit auditionnée au Parlement avant le vote de la loi. Si elle y a finalement eu droit, c'est grâce à l'insistance de l'opposition. On peine à comprendre ce dédain du MR envers ce qui constitue quand même l'une des bases sociologiques de son électorat. Le projet de défiscalisation des revenus complémentaires (services divers, économie collaborative, etc.) à concurrence de 6.000 euros par an - considéré comme de la concurrence déloyale par nombre d'indépendants, mais fortement défendu par l'Open VLD - ne facilitera pas le rabibochage avec l'UCM en ce début d'année. Le Premier ministre a promis d'intensifier, en 2018, le travail d'explication pédagogique des réalisations de son gouvernement, c'est plus que nécessaire. Venons-en à ce pacte énergétique. Il avait été reporté, à la demande de la N-VA, en dépit de l'accord intervenu entre les ministres de l'Energie régionaux et fédéral. Il est maintenant quasiment enterré puisque Bart De Wever récuse son préalable, à savoir la confirmation de la sortie du nucléaire en 2025. L'échéance avait pourtant été rappelée fermement par le Premier ministre il y a 15 jours dans une interview à Trends-Tendances. Charles Michel allait jusqu'à préciser que les interrogations récurrentes sur le timing de sortie " déforçaient la capacité à stimuler l'innovation et les investissements en faveur des alternatives au nucléaire ". Deux années supplémentaires de statu quo ou d'incertitudes concernant ce pacte, c'est deux années de retard dans la transition énergétique, dans la lutte climatique, dans l'émergence de champions belges ou européens en la matière. C'est aussi deux années de balbutiement pour le très attendu pacte national d'investissements qui doit soutenir la croissance en misant sur les infrastructures de demain. S'il veut éviter de passer les prochains 18 mois en affaires courantes, Charles Michel devra ramener son principal partenaire dans la dynamique de l'accord de gouvernement, tout en négociant le sort de son ministre le plus populaire, Theo Francken. On a déjà vu rentrée plus tranquille pour un Premier ministre.