Le Bureau du Plan et les trois instituts statistiques régionaux (l'Institut bruxellois de Statistique et d'Analyse, l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) et Statistiek Vlanderen) ont présenté ce vendredi une vue "régionalisée" des perspectives économiques 2021-2026 (à politiques inchangées) et des chiffres de l'an dernier. Quels enseignements en tirer ?

Emploi, une résistance étonnante

Une première constatation est que malgré l'ampleur du choc -l'an dernier, le PIB en volume a chuté de 6,1% en Flandre et à Bruxelles, et de 6,9% en Wallonie -, l'emploi et les revenus ont bien résisté. Les revenus ont augmenté de 1,2% en Flandre, 1,4% à Bruxelles et 1,9% en Wallonie, région où l'impact des revenus de remplacements est un peu plus important. En moyenne annuelle, le nombre d'emploi s'est stabilisé à Bruxelles et en Flandre (0,0%) et accuse un très léger (-0,2%) recul en Région wallonne. "Cela s'explique par les mesures de soutien qui ont été prises - le chômage temporaire et le droit passerelle pour les indépendants - qui ont permis de maintenir les gens dans leur relation de travail malgré la forte réduction de la durée moyenne de travail sur l'ensemble de l'année. Tout le choc finalement s'est concentré sur la durée moyenne de travail et non pas sur le nombre d'emploi" commente Frédéric Caruso, économiste auprès de l'Iweps et co-auteur du document.

Cette résilience de l'emploi a été aidée par la poursuite de l'augmentation de l'emploi indépendant, car l'emploi salarié affiche un petit recul à Bruxelles (-0,2%), en Flandre (-0,3%) et un peu plus prononcé en Wallonie (-0,5%). Un petit écart régional qui s'explique par des différences sectorielles. Si Bruxelles a bien résisté, c'est en raison de l'importance de l'emploi public dans la région. Et si la Wallonie a un peu moins bien performé, c'est en raison de l'impact de la crise sur le secteur de la construction et des "autres services marchands" une branche très hétérogène qui va des servies informatiques aux entreprises de divertissement, des arts et du spectacle.

Attention aux chiffres du chômage

L'évolution du chômage entre 2019 et 2020 est un peu différente entre la Flandre et la Wallonie (où le chômage a légèrement augmenté passant de 5,9% à 6,1% en Flandre et de 12,5 à 12,6% en Wallonie) et Bruxelles, où il a légèrement diminué, passant de 15,6 à 15,5%. Mais ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour Bruxelles. Car les chiffres du chômage s'intéressent à la population active (à la recherche d'un emploi) qui n'a pas réussi à trouver du travail. Mais ils ne montrent pas tout. Ils ignorent le fait que des jeunes ne se présentent même plus comme demandeurs d'emploi et se retirent purement et simplement du marché du travail.

"La crise a eu deux effets démographiques importants, explique Frédéric Caruso : elle a temporairement arrêté les migrations qui touchaient principalement une population de moins de 40 ans qui venait augmenter la population active. Et elle a réduit le taux d'activité des jeunes, spécifiquement à Bruxelles parce que c'est là que se retrouve une proportion importante de jeunes qui ont recours au travail intérimaire ou au travail étudiant, notamment dans l'horeca. Autrement dit, la nature de la crise a impacté les possibilités d'activités des plus jeunes."

Pour les années qui viennent, les instituts statistiques prévoient une poursuite de la décrue du chômage, qui ne toucherait plus, en 2026, que 13,6% de la population active bruxelloise, 11,2% de la population wallonne et... 4,9% de la population flamande. Visiblement, le Nord du pays a atteint le plein emploi. Car la proportion, déjà élevée, de Flamands âgés de 15 à 64 ans ayant un emploi devrait augmenter encore, passant de 72,4% en 2020 à 74,7% en 2026. Ce "taux d'emploi" flamand est à comparer avec celui des autres régions : il passerait de 62,4 à 64,6% en Région wallonne et de 59,2 à 60,1% dans la Région de Bruxelles-Capitale.

Une croissance molle

Pour les années à venir, après un fort rebond cette année et l'an prochain, l'économie reprendra son "train-train" des années précédentes. Cela devrait donner cette année une croissance de 5,7% en Wallonie, 5,8% en Flandre et 4,2% à Bruxelles, pour retomber à 3, 2,8 et 3,1% l'an prochain, puis revenir entre 2023-2026 à une moyenne annuelle de 1,3% en Wallonie, 1,5% en Flandre et 1% à Bruxelles. "Remontée des taux d'intérêt, réduction de l'impact des plans de relance qui se font surtout sentir cette année et l'an prochain, vieillissement, faible croissance de la productivité... une série d'éléments structurels pèseront sur la croissance potentielle ces prochaines années", résume Frédéric Caruso.

Quid des inondations ?

Evidemment, lorsque l'on voit les images dévastatrices des inondations qui ont frappé le pays, on a envie de demander, au-delà des drames humains, si la catastrophe aura aussi un impact économique. "L'impact est difficile à mesurer aujourd'hui, répond Frédéric Caruso. Mais si je réagis à chaud, je constate que ce qui se passe ne va pas faciliter la vie de secteurs comme le tourisme et l'horeca qui avaient déjà des difficultés. Mais je ne pense pas que l'impact macroéconomique risque d'être très important", ajoute-t-il.

Le Bureau du Plan et les trois instituts statistiques régionaux (l'Institut bruxellois de Statistique et d'Analyse, l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) et Statistiek Vlanderen) ont présenté ce vendredi une vue "régionalisée" des perspectives économiques 2021-2026 (à politiques inchangées) et des chiffres de l'an dernier. Quels enseignements en tirer ?Emploi, une résistance étonnanteUne première constatation est que malgré l'ampleur du choc -l'an dernier, le PIB en volume a chuté de 6,1% en Flandre et à Bruxelles, et de 6,9% en Wallonie -, l'emploi et les revenus ont bien résisté. Les revenus ont augmenté de 1,2% en Flandre, 1,4% à Bruxelles et 1,9% en Wallonie, région où l'impact des revenus de remplacements est un peu plus important. En moyenne annuelle, le nombre d'emploi s'est stabilisé à Bruxelles et en Flandre (0,0%) et accuse un très léger (-0,2%) recul en Région wallonne. "Cela s'explique par les mesures de soutien qui ont été prises - le chômage temporaire et le droit passerelle pour les indépendants - qui ont permis de maintenir les gens dans leur relation de travail malgré la forte réduction de la durée moyenne de travail sur l'ensemble de l'année. Tout le choc finalement s'est concentré sur la durée moyenne de travail et non pas sur le nombre d'emploi" commente Frédéric Caruso, économiste auprès de l'Iweps et co-auteur du document.Cette résilience de l'emploi a été aidée par la poursuite de l'augmentation de l'emploi indépendant, car l'emploi salarié affiche un petit recul à Bruxelles (-0,2%), en Flandre (-0,3%) et un peu plus prononcé en Wallonie (-0,5%). Un petit écart régional qui s'explique par des différences sectorielles. Si Bruxelles a bien résisté, c'est en raison de l'importance de l'emploi public dans la région. Et si la Wallonie a un peu moins bien performé, c'est en raison de l'impact de la crise sur le secteur de la construction et des "autres services marchands" une branche très hétérogène qui va des servies informatiques aux entreprises de divertissement, des arts et du spectacle.Attention aux chiffres du chômageL'évolution du chômage entre 2019 et 2020 est un peu différente entre la Flandre et la Wallonie (où le chômage a légèrement augmenté passant de 5,9% à 6,1% en Flandre et de 12,5 à 12,6% en Wallonie) et Bruxelles, où il a légèrement diminué, passant de 15,6 à 15,5%. Mais ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour Bruxelles. Car les chiffres du chômage s'intéressent à la population active (à la recherche d'un emploi) qui n'a pas réussi à trouver du travail. Mais ils ne montrent pas tout. Ils ignorent le fait que des jeunes ne se présentent même plus comme demandeurs d'emploi et se retirent purement et simplement du marché du travail. "La crise a eu deux effets démographiques importants, explique Frédéric Caruso : elle a temporairement arrêté les migrations qui touchaient principalement une population de moins de 40 ans qui venait augmenter la population active. Et elle a réduit le taux d'activité des jeunes, spécifiquement à Bruxelles parce que c'est là que se retrouve une proportion importante de jeunes qui ont recours au travail intérimaire ou au travail étudiant, notamment dans l'horeca. Autrement dit, la nature de la crise a impacté les possibilités d'activités des plus jeunes."Pour les années qui viennent, les instituts statistiques prévoient une poursuite de la décrue du chômage, qui ne toucherait plus, en 2026, que 13,6% de la population active bruxelloise, 11,2% de la population wallonne et... 4,9% de la population flamande. Visiblement, le Nord du pays a atteint le plein emploi. Car la proportion, déjà élevée, de Flamands âgés de 15 à 64 ans ayant un emploi devrait augmenter encore, passant de 72,4% en 2020 à 74,7% en 2026. Ce "taux d'emploi" flamand est à comparer avec celui des autres régions : il passerait de 62,4 à 64,6% en Région wallonne et de 59,2 à 60,1% dans la Région de Bruxelles-Capitale.Une croissance mollePour les années à venir, après un fort rebond cette année et l'an prochain, l'économie reprendra son "train-train" des années précédentes. Cela devrait donner cette année une croissance de 5,7% en Wallonie, 5,8% en Flandre et 4,2% à Bruxelles, pour retomber à 3, 2,8 et 3,1% l'an prochain, puis revenir entre 2023-2026 à une moyenne annuelle de 1,3% en Wallonie, 1,5% en Flandre et 1% à Bruxelles. "Remontée des taux d'intérêt, réduction de l'impact des plans de relance qui se font surtout sentir cette année et l'an prochain, vieillissement, faible croissance de la productivité... une série d'éléments structurels pèseront sur la croissance potentielle ces prochaines années", résume Frédéric Caruso.Quid des inondations ?Evidemment, lorsque l'on voit les images dévastatrices des inondations qui ont frappé le pays, on a envie de demander, au-delà des drames humains, si la catastrophe aura aussi un impact économique. "L'impact est difficile à mesurer aujourd'hui, répond Frédéric Caruso. Mais si je réagis à chaud, je constate que ce qui se passe ne va pas faciliter la vie de secteurs comme le tourisme et l'horeca qui avaient déjà des difficultés. Mais je ne pense pas que l'impact macroéconomique risque d'être très important", ajoute-t-il.