Quand Dimitri Medvedev, actuel vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président, parle de l'Ukraine, il évoque d'abord la situation de la Géorgie en 2008. Des propos repris par Le Monde : "Je me souviens bien de 2008, quand on a décidé de reconnaître l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. On a sauvé des centaines de milliers de vies. Aujourd'hui, le risque est plus grand, il y a plus de monde. On sait ce qui va arriver après. On connaît les sanctions. On connaît la pression. Mais on sait aussi comment répondre. Si on sait se montrer patients, ils se lasseront et ils reviendront vers nous pour parler sécurité stratégique et stabilité. La Russie doit reconnaître l'indépendance des républiques du Donbass. L'expérience montre que la tension retombera."

Et les similitudes du scénario ne s'arrêtent pas là : comme l'Ukraine, la Géorgie à l'époque, faisait les yeux doux à l'OTAN, pour en devenir membre. Comme aujourd'hui avec l'Ukraine, ce rapprochement n'était pas du goût de la Russie. Et Poutine a fini par, en Géorgie comme en Ukraine, envoyer ses troupes avec comme justificatif "la protection des citoyens russes" vu le nombre de passeports russes octroyés aux habitants de ces provinces.

Reste à savoir si l'histoire se terminera de la même façon, c'est-à-dire que les choses s'aplaniront d'elles-mêmes, ou presque, et que l'Europe malgré sa juste indignation passera à autre chose. C'est le constat cinglant rapporté par Sylvie Kauffmann, éditorialiste au Monde: "Dmitri Medvedev ne s'est même pas donné la peine de nommer les Européens, tant le Kremlin a intégré le comportement des Européens depuis ce funeste précédent : dans son esprit, ils s'indignent, menacent, sanctionnent, puis, passent à autre chose."

Sanctions russes et répercussions sur l'économie belge

Jusqu'à présent, les sanctions "promises" par l'Union européenne ont été timides. Mais que se passerait-il si elles venaient à s'intensifier ? Et si la Russie venait à répliquer par d'autres sanctions économiques envers l'Europe?

Le ton avait déjà été donné en mars 2014 avec l'annexion de la Crimée par la Russie. Les sanctions européennes ont commencé par des suppressions de visas pour des dignitaires russes, le gel d'éventuels avoirs financiers russes en Europe. S'en suit une liste d'entreprises avec lesquelles l'Union européenne ne veut plus commercer et les échanges financiers avec certaines banques russes sont prohibés. En réaction, la Russie décrète un embargo alimentaire en 2014, et en 2015 une liste de personnalités européennes interdites de séjour.

Or cet embargo alimentaire a eu des répercussions importantes sur l'économie de notre pays... et ce sont les poires, les pommes et la viande de porc qui en ont fait les frais.

En 2014, Willy Borsus, alors ministre de l'Agriculture, commande au SPF Economie une analyse de l'impact de cet embargo russe sur l'évolution des prix et des exportations belges.

Les prix et les exportations des poires, des pommes et de la viande porcine sont donc analysés sur la période entre le dernier trimestre 2013 et le dernier trimestre 2014. Résultat, un impact significatif à la baisse a été constaté sur les prix et sur les exportations des poires, des pommes, de la viande de porc. Ainsi au dernier trimestre 2014, les prix des poires ont connu des diminutions allant de 23,7% à 41,7 % par rapport à la même période 2013. Même constat pour les pommes dont les prix ont chuté de 34,5% comparé à la période correspondante en 2013. Le prix de la viande de porc, en janvier 2015, est quant à lui 15 % plus bas qu'en janvier 2014.

Un coup dur pour les agriculteurs et éleveurs car outre la chute des prix, l'impact sur les exportations belges a lui aussi été considérable avec une diminution drastique de celles-ci.

Entre le dernier trimestre 2013 et le même trimestre en 2014, les exportations totales ont diminué de 20,6 % pour les poires, de 19 % pour les pommes, et de 19,8 % pour la viande de porc. (source : News.belgium.be)

Et si l'embargo se répétait ?

Si les représailles européennes à cette invasion de l'Ukraine venaient à se durcir, et que la Russie décide alors de remettre en place un tel embargo, l'économie belge trinquerait à nouveau.

Philippe Ledent, économiste chez ING, confiait au site de Nord Eclair que même si "au niveau macroéconomique, les exportations belges vers la Russie ne représentent que 1 % de l'ensemble de nos exportations. La Russie n'est donc pas un grand partenaire. Au niveau microéconomique, c'est différent : certains secteurs et certains producteurs qui seraient trop centrés sur la Russie, peuvent être impactés".

Cet impact pourrait dès lors avoir d'importantes répercussions sur certains secteurs de l'économie belge qui importent et/ou exportent vers la Russie. Une nouvelle fois les agriculteurs sont en premières lignes. "Nous craignons que Poutine, comme en 2014, ne décrète un embargo contre les produits alimentaires européens", déclarait Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la fédération wallonne de l'horticulture, à Nord Eclair. "Lors de l'annexion de la Crimée, nos producteurs s'étaient retrouvés avec des tonnes de poires sur les bras. Depuis lors, nos exportations de poires ont repris vers la Russie, par d'autres canaux et avec moins de rentabilités car il y a des frais supplémentaires, sans atteindre le niveau d'exportation d'avant 2014. Mais cette crise pourrait être un nouveau coup dur. Nous sommes actuellement en train d'écouler les poires de l'automne dernier. La Russie est un gros marché pour nous. S'il se ferme, les prix vont chuter".

Mais il n'y a pas que les producteurs de pommes et de poires qui feraient la grimace en cas d'embargo russe, les brasseurs belges pourraient bien venir gonfler leurs rangs... En effet, le pays de la vodka est en train de se convertir à la bière belge, et depuis des années la Russie importe de plus en plus de bières belges. Un embargo sur celles-ci impacterait fortement nos producteurs et nos brasseries.

Quand Dimitri Medvedev, actuel vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président, parle de l'Ukraine, il évoque d'abord la situation de la Géorgie en 2008. Des propos repris par Le Monde : "Je me souviens bien de 2008, quand on a décidé de reconnaître l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. On a sauvé des centaines de milliers de vies. Aujourd'hui, le risque est plus grand, il y a plus de monde. On sait ce qui va arriver après. On connaît les sanctions. On connaît la pression. Mais on sait aussi comment répondre. Si on sait se montrer patients, ils se lasseront et ils reviendront vers nous pour parler sécurité stratégique et stabilité. La Russie doit reconnaître l'indépendance des républiques du Donbass. L'expérience montre que la tension retombera." Et les similitudes du scénario ne s'arrêtent pas là : comme l'Ukraine, la Géorgie à l'époque, faisait les yeux doux à l'OTAN, pour en devenir membre. Comme aujourd'hui avec l'Ukraine, ce rapprochement n'était pas du goût de la Russie. Et Poutine a fini par, en Géorgie comme en Ukraine, envoyer ses troupes avec comme justificatif "la protection des citoyens russes" vu le nombre de passeports russes octroyés aux habitants de ces provinces.Reste à savoir si l'histoire se terminera de la même façon, c'est-à-dire que les choses s'aplaniront d'elles-mêmes, ou presque, et que l'Europe malgré sa juste indignation passera à autre chose. C'est le constat cinglant rapporté par Sylvie Kauffmann, éditorialiste au Monde: "Dmitri Medvedev ne s'est même pas donné la peine de nommer les Européens, tant le Kremlin a intégré le comportement des Européens depuis ce funeste précédent : dans son esprit, ils s'indignent, menacent, sanctionnent, puis, passent à autre chose."Sanctions russes et répercussions sur l'économie belgeJusqu'à présent, les sanctions "promises" par l'Union européenne ont été timides. Mais que se passerait-il si elles venaient à s'intensifier ? Et si la Russie venait à répliquer par d'autres sanctions économiques envers l'Europe?Le ton avait déjà été donné en mars 2014 avec l'annexion de la Crimée par la Russie. Les sanctions européennes ont commencé par des suppressions de visas pour des dignitaires russes, le gel d'éventuels avoirs financiers russes en Europe. S'en suit une liste d'entreprises avec lesquelles l'Union européenne ne veut plus commercer et les échanges financiers avec certaines banques russes sont prohibés. En réaction, la Russie décrète un embargo alimentaire en 2014, et en 2015 une liste de personnalités européennes interdites de séjour.Or cet embargo alimentaire a eu des répercussions importantes sur l'économie de notre pays... et ce sont les poires, les pommes et la viande de porc qui en ont fait les frais. En 2014, Willy Borsus, alors ministre de l'Agriculture, commande au SPF Economie une analyse de l'impact de cet embargo russe sur l'évolution des prix et des exportations belges. Les prix et les exportations des poires, des pommes et de la viande porcine sont donc analysés sur la période entre le dernier trimestre 2013 et le dernier trimestre 2014. Résultat, un impact significatif à la baisse a été constaté sur les prix et sur les exportations des poires, des pommes, de la viande de porc. Ainsi au dernier trimestre 2014, les prix des poires ont connu des diminutions allant de 23,7% à 41,7 % par rapport à la même période 2013. Même constat pour les pommes dont les prix ont chuté de 34,5% comparé à la période correspondante en 2013. Le prix de la viande de porc, en janvier 2015, est quant à lui 15 % plus bas qu'en janvier 2014. Un coup dur pour les agriculteurs et éleveurs car outre la chute des prix, l'impact sur les exportations belges a lui aussi été considérable avec une diminution drastique de celles-ci. Entre le dernier trimestre 2013 et le même trimestre en 2014, les exportations totales ont diminué de 20,6 % pour les poires, de 19 % pour les pommes, et de 19,8 % pour la viande de porc. (source : News.belgium.be)Et si l'embargo se répétait ?Si les représailles européennes à cette invasion de l'Ukraine venaient à se durcir, et que la Russie décide alors de remettre en place un tel embargo, l'économie belge trinquerait à nouveau. Philippe Ledent, économiste chez ING, confiait au site de Nord Eclair que même si "au niveau macroéconomique, les exportations belges vers la Russie ne représentent que 1 % de l'ensemble de nos exportations. La Russie n'est donc pas un grand partenaire. Au niveau microéconomique, c'est différent : certains secteurs et certains producteurs qui seraient trop centrés sur la Russie, peuvent être impactés".Cet impact pourrait dès lors avoir d'importantes répercussions sur certains secteurs de l'économie belge qui importent et/ou exportent vers la Russie. Une nouvelle fois les agriculteurs sont en premières lignes. "Nous craignons que Poutine, comme en 2014, ne décrète un embargo contre les produits alimentaires européens", déclarait Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la fédération wallonne de l'horticulture, à Nord Eclair. "Lors de l'annexion de la Crimée, nos producteurs s'étaient retrouvés avec des tonnes de poires sur les bras. Depuis lors, nos exportations de poires ont repris vers la Russie, par d'autres canaux et avec moins de rentabilités car il y a des frais supplémentaires, sans atteindre le niveau d'exportation d'avant 2014. Mais cette crise pourrait être un nouveau coup dur. Nous sommes actuellement en train d'écouler les poires de l'automne dernier. La Russie est un gros marché pour nous. S'il se ferme, les prix vont chuter".Mais il n'y a pas que les producteurs de pommes et de poires qui feraient la grimace en cas d'embargo russe, les brasseurs belges pourraient bien venir gonfler leurs rangs... En effet, le pays de la vodka est en train de se convertir à la bière belge, et depuis des années la Russie importe de plus en plus de bières belges. Un embargo sur celles-ci impacterait fortement nos producteurs et nos brasseries.