La situation budgétaire expliquerait-elle la petite éclaircie qui semble se dégager dans le travail de formation du prochain gouvernement fédéral ? Les prévisions d'automne de la Commission européenne ont en tout cas confirmé la détérioration des finances publiques belges. Cette année, le déficit grimperait de 0,7 à 1,7% du PIB, aggravant ainsi le recul déjà pointé cet été par le comité de monitoring (-1,4%). Cela s'explique d'une part par la hausse plus rapide que prévu des dépenses de pensions et de santé et, d'autre part, par le fait que les créations d'emplois ne compensent pas les allègements fiscaux et parafiscaux consentis pour dynamiser l'économie belge. Un dynamisme très relatif puisque la croissance resterait bloquée à 1%.

Ces déséquilibres s'accentueraient à politique inchangée pour atteindre 2,3% du PIB en 2020 et 2,6% en 2021, annulant ainsi tous les efforts d'assainissement du gouvernement Michel. La Belgique se situerait en queue du peloton budgétaire européen, ne laissant que l'Italie (2,7%) et la Roumanie (6,1%) derrière elle. Longtemps, notre pays a pu longtemps arguer que, certes, il n'atteignait pas ses objectifs budgétaires, mais qu'il rabotait significativement son déficit structurel chaque année. Ce n'est plus vrai : selon la Commission, le déficit structurel glissera cette année de 1,8 à 2,1% du PIB et à 2,2% l'an prochain. Cette évolution est d'autant plus inquiétante

En l'absence d'une majorité fédérale, il semble impossible de prendre des mesures correctrices. C'est même l'inverse qui se produit puisqu'une majorité alternative a voté la création d'un fonds de 400 millions d'euros pour répondre à la grève du personnel infirmier. Une enveloppe sans doute utile mais qui ne sera pas compensée par des économies et/ou des recettes nouvelles dans le budget fédéral. La solution ne viendra pas non plus des Régions : les nouveaux gouvernements régionaux ont tous les trois opté pour une stratégie de relance des investissements publics, stratégie qui passe par une aggravation du déficit en 2020.

Quel sort pour la sécu ?

Bref, plus le temps passe, plus le déficit fédéral s'accroît, en dépit de la baisse constante des charges d'intérêt. Celles-ci représentent désormais moins de 2% du PIB contre 3,3% en 2014. "Cela démontre bien l'absolue nécessité de mettre sur pied le plus rapidement possible un gouvernement de plein exercice, a commenté le ministre fédéral du Budget David Clarinval (MR). La reprise d'un assainissement compatible avec une politique de relance de l'emploi et de poursuite de réformes structurelles de l'économie devra impérativement figurer au programme de la prochaine équipe, afin que les efforts courageux du passé ne soient pas vains. "

L'un des enjeux sera le sort de la sécurité sociale qui représente plus des deux tiers du budget fédéral et qui risque donc d'être touchée par les mesures d'économie. Elle bénéficie pour l'heure d'une dotation d'équilibre versée par l'Etat (budgétée à 2,1 milliards en 2018 et à 1,4 milliard cette année) mais dont la base légale échoit en 2020. Pour la proroger, il faudra impérativement trouver une majorité parlementaire.