Ce faisant, l'exécutif répond à une demande de la Région wallonne, qui avait sollicité un soutien du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM). En Belgique, 1.019 personnes avaient été licenciées l'an dernier par la chaîne de grande distribution.

Mme Thyssen (CD&V) justifie l'intervention du Fonds pour la seule Wallonie "en raison de la situation particulièrement difficile en matière d'emploi" dans cette région.

"Bien que les licenciements concernent l'ensemble du pays, la Belgique s'attend à ce qu'ils aient un effet négatif particulièrement important en Wallonie. Les effets attendus sont liés à la rareté des emplois et aux difficultés de redéploiement des travailleurs âgés de plus de 50 ans. En 2018, le taux de chômage en Wallonie (8,6 %) était plus de deux fois supérieur au taux de chômage en Flandre (3,5 %)", expose la commissaire.

L'exécutif européen reconnaît que ces pertes d'emploi résultent de "modifications majeures" du commerce mondial découlant de la mondialisation. Et notamment du renforcement de la concurrence dans le domaine des achats en ligne effectués auprès de vendeurs établis hors UE.

L'intervention du FEM permettra aux anciens travailleurs concernés, ainsi qu'à 330 jeunes de moins de 25 ans ne travaillant pas et ne suivant pas d'études ni de formation (NEET), de bénéficier de services d'orientation professionnelle, d'une aide à la recherche d'emploi, de formation professionnelle, d'une promotion de l'esprit d'entreprise et de contributions pour créer leur propre entreprise.

Comme toujours, l'intervention prend la forme d'un cofinancement. Le coût total du train de mesures est estimé à 2,7 millions d'euros, dont 1,6 million seront pris en charge par le FEM. Du moins si le Parlement européen et le Conseil des ministres de l'UE donnent leur feu vert, ce qui ne devrait pas poser de problème.

Par le passé, le FEM est déjà intervenu en Belgique pour de grandes vagues de licenciements comme celles de Carsid, Arcelor, Ford Genk ou Caterpillar. Pas question pour autant, pour la Commission, de mettre en cause le libre-échange. "La libéralisation des échanges avec le reste du monde a des effets globalement positifs sur la croissance et l'emploi", réaffirme l'exécutif.

"Mais elle peut aussi provoquer des réductions d'effectifs, en particulier dans des secteurs vulnérables et parmi les travailleurs peu qualifiés", raison pour laquelle "le FEM a été mis en place dans un esprit de solidarité européenne et pour aider ceux qui doivent s'adapter aux conséquences de la mondialisation."

L'enveloppe de la Commission "positive" mais "tardive" et seulement "curative"

L'enveloppe d'1,6 million d'euros annoncée vendredi par la Commission européenne pour aider 400 travailleurs licenciés des hypermarchés Carrefour en Wallonie à trouver un nouvel emploi est positive pour les travailleurs concernés mais elle arrive un peu tardivement et ne représente finalement qu'un "emplâtre sur une jambe de bois", ont réagi les syndicats CNE et FGTB, contactés par l'agence Belga.

Avec cette enveloppe, la Commission répond à une demande de la Région wallonne, qui avait sollicité un soutien du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM). En Belgique, 1.019 personnes avaient été licenciées l'an dernier par la chaîne de grande distribution.

"C'est positif car cela va permettre au Forem de continuer à soutenir et accompagner les travailleurs licenciés via la cellule de reconversion mais cela vient un peu trop tard alors que les premiers licenciements sont intervenus en novembre de l'an dernier", estime Delphine Latawiec de la CNE, soulignant au passage "le formidable outil" que représentent les cellules de reconversion mises en place en Wallonie. Ces cellules permettent un soutien "à la fois individuel et collectif" des personnes licenciées et un véritable accompagnement vers un nouvel emploi ou projet professionnel.

Pour le Setca, Myriam Delmée juge que l'argent libéré par la Commission européenne est "un emplâtre sur une jambe de bois". "Je ne veux pas cracher dans la soupe, c'est positif pour les travailleurs concernés mais on est dans le curatif. J'aurais préféré que ces personnes ne soient pas licenciées."

Alors que le secteur du commerce est confronté à de profondes mutations (robotisation, e-commerce,...) et que de nouvelles restructurations risquent tôt ou tard d'être annoncées, le Setca demande que soit menée, avec les employeurs, une véritable réflexion sur l'avenir du secteur du commerce, ses enjeux et la manière d'éviter de nouvelles lourdes pertes d'emplois. "Lors des dernières négociations sectorielles, nous avons demandé des Etats-généraux du commerce, qui concerne tout de même 600.000 emplois dans notre pays, mais Comeos (la fédération patronale du secteur, NDLR) est absente du débat", déplore Myriam Delmée. "Quand va-t-on être capable, au niveau du secteur, d'avoir un dialogue serein et constructif sur l'avenir du commerce?", demande encore la responsable syndicale.