Ils ont décortiqué les ressources de plus de 700 associations belges, de toutes tailles et de tous objets, et ont conclu que le financement public représentait en moyenne 37 % de leurs budgets. Une proportion sans égale en Europe, quasiment le double de celle constatée aux Pays-Bas (19%).
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Ils ont décortiqué les ressources de plus de 700 associations belges, de toutes tailles et de tous objets, et ont conclu que le financement public représentait en moyenne 37 % de leurs budgets. Une proportion sans égale en Europe, quasiment le double de celle constatée aux Pays-Bas (19%). Bien sûr, tout le monde nous garantira que ce subventionnement massif n'empêche pas l'indépendance des organismes de la société civile. Les chercheurs relèvent toutefois quelque 37 lois et décrets de financement, susceptibles d'influencer le comportement politique des organismes. Des dispositions fédérales lient ainsi l'octroi de subsides au fait d'" entretenir un dialogue politique régulier ". On note aussi le fait que le fédéralisme a accentué la dépendance aux subsides : les associations fédérales restent, constatent les chercheurs anversois, plus indépendantes des financements publics que leurs consoeurs exclusivement francophones ou néerlandophones. On a envie de regarder d'abord le verre à moitié plein : si ces associations sont soutenues par les pouvoirs publics, c'est parce qu'elles assurent des services à la population en lieu et place (ou en complément) de l'administration. A priori, quand des gens se sont mobilisés pour une action sociale, culturelle ou environnementale, il est plus efficace - et souvent moins coûteux - d'accompagner leurs démarches plutôt que de vouloir tout reprendre sous la coupole publique. Mais bon, avec des dépenses publiques qui culminent à 53,3 % du PIB (le quatrième score de l'OCDE, derrière la France, la Finlande et le Danemark), il serait bien audacieux d'affirmer que la Belgique a effectivement emprunté la voie la moins coûteuse pour assurer les services à la population... Alors, nous devons nous tourner vers le verre à moitié vide. Et nous interroger sur l'hétérogénéité du tissu associatif. Il est certes composé de citoyens généreux et mobilisés, mais aussi d'une belle panoplie de structures para-politiques, bien placées pour accaparer les financements et servir au moins autant des actions partisanes que des objectifs d'intérêt général (faut-il rappeler ici que le Samusocial est une ASBL...). C'est en intégrant de telles structures - qui, convenons-en, n'ont d'associatives que le nom - que nous atteignons un taux de subventionnement de 37 %. Ces 37 % font écho à un autre type d'interventionnisme public : les aides aux entreprises. Le nombre de sociétés qui doivent leurs activités à une prise de participation ou un prêt subordonné des pouvoirs publics est impressionnant. Et que ce soit intentionnel ou pas, cela finit toujours par ressembler à des fils à la patte des entrepreneurs. Cela nous avait d'ailleurs conduits, l'été dernier lors du changement de gouvernement en Wallonie, à réaliser un dossier sur le thème des " patrons wallons, derniers amis du PS ". Beaucoup, en effet, réclamaient la continuité dans les mécanismes d'aides aux entreprises. C'est donc toutes les composantes de la société (y compris, ne le nions pas, les médias) qui vivent en partie des subventions publiques. Est-il inconvenant que les décideurs politiques aient envie de faire coller ces importantes subventions avec leurs propres priorités et orientations ? A priori non. Mais il faut un réel art du funambulisme pour réussir à modifier ces équilibres financiers de la société belge. Regardez la levée de boucliers quand Pierre-Yves Jeholet a voulu revoir ces points APE qui n'ont plus grand-chose à voir avec leur objectif officiel de mise à l'emploi de personnes peu qualifiées. Ou les procès en " asphyxie " des contre-pouvoirs dès qu'un ministre ose s'interroger sur la pertinence de confier le paiement des indemnités de chômage par les syndicats.