Une étude récente de l'université de Gand confirme ce que nous savions déjà: en Belgique, 44,2% des personnes âgées entre 25 et 64 ans, dont la nationalité n'est pas celle d'un des 27 pays de l'Union européenne, sont inactives. Cette population est répartie de la manière suivante: 41,1% en Flandre, 43,1% à Bruxelles et 51,3% en Wallonie. C'est donc dans le sud du pays qu'est concentrée plus de la moitié des citoyens non européens de 25 à 64 ans qui ne sont ni actifs, ni en recherche d'emploi.
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Une étude récente de l'université de Gand confirme ce que nous savions déjà: en Belgique, 44,2% des personnes âgées entre 25 et 64 ans, dont la nationalité n'est pas celle d'un des 27 pays de l'Union européenne, sont inactives. Cette population est répartie de la manière suivante: 41,1% en Flandre, 43,1% à Bruxelles et 51,3% en Wallonie. C'est donc dans le sud du pays qu'est concentrée plus de la moitié des citoyens non européens de 25 à 64 ans qui ne sont ni actifs, ni en recherche d'emploi. Parmi les migrants non européens installés en Belgique, 44,3% (à peu près autant donc qu'il y a de personnes inactives) travaillent et 11,5% sont demandeurs d'emploi. Ce qui signifie qu'une personne sans emploi sur cinq seulement est en quête d'un poste. La Belgique est en queue de peloton de l'Union européenne, où la moyenne est de 29%. Elle est, en d'autres termes, le pays où le taux de participation des migrants non européens est le plus faible. Les faits et les chiffres ne sont intéressants qu'à condition d'être expliqués. Je vois trois raisons possibles à ce faible taux: la discrimination des employeurs belges à l'égard des migrants non européens (1), le système, qui n'encourage pas à travailler (2), et la réticence de cette frange de la population à travailler (3). Examinons chacune de ces hypothèses. 1. D'après le ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne, la faute serait imputable à la discrimination pratiquée par les employeurs belges. Le problème serait donc du côté de l'offre et des appels mystères doublés de contrôles approfondis devraient mettre fin à cette discrimination. Mais quelle discrimination? Qui a déjà mis les pieds sur un chantier aura pu constater que l'on n'y parle ni flamand, ni français, mais majoritairement albanais, polonais ou syrien. La plupart des employeurs sont du reste satisfaits de la productivité de cette main-d'oeuvre compétente et fiable et font tout ce qu'ils peuvent pour lui assurer une formation continue sur le tas. En cette période de pénurie, les travailleurs non européens sont plus que bienvenus. 2. Accepter un emploi coûte cher (perte des allocations familiales majorées, du logement social, du revenu de base, de l'intervention dans les frais énergétiques et d'un nombre infini d'avantages sociaux et fiscaux), ce que les CPAS ne se privent pas de rappeler à leurs allocataires sociaux. La différence entre travailler et rester chez soi ne suffit pas à compenser les pertes. De surcroît, la rage taxatoire frappe même les plus bas revenus puisque dès 2.000 euros brut, le travailleur est imposé au taux marginal de 45%. 3. Penchons-nous donc sur la prétendue paresse des migrants non européens. Prétendue, je dis bien. Car en réalité, peu d'entre eux rechignent à se lever tôt pour aller trimer de longues heures. C'est vrai, tous n'ont pas toujours une folle envie de se bouger, mais on peut en dire autant des Belges. Le problème est que les divers avantages évoqués ci-dessus, dont les candidats à l'immigration n'ignorent pas l'existence, déterminent le type de personnes que la Belgique attire. Le pays est tout particulièrement the place to be pour les réfugiés politiques et le regroupement familial. Parmi les migrants arrivés entre 2008 et 2016, 78% l'ont choisie pour ces raisons, contre 45%, pour la moyenne des pays européens ; alors que pour étudier ou travailler, ce sont d'autres régions d'Europe qui attirent (moyenne de 55% pour l'intégralité de la zone, contre 22% pour la Belgique). Ce qui vient évidemment à l'appui du deuxième argument. La migration non européenne en Belgique est donc majoritairement motivée par des raisons autres que professionnelles, et les nombreux avantages accordés rendent le passage du statut de non-travailleur à celui de travailleur singulièrement inintéressant. Faut-il dès lors s'étonner que le taux de participation de ces personnes soit, chez nous, le plus faible de toute l'Union? La situation en dit en réalité plus sur la Belgique que sur les migrants. La Belgique est un pays de cocagne, pas une destination professionnelle. A elle, donc, de revoir sa politique.