L'UE ne s'en remet toujours pas de l'épouvantable impact de l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale en 2004-2007, tant à l'aune de l'opinion publique dans les anciens Etats membres, qu'à celle du fonctionnement des institutions européennes, du budget, des priorités de l'UE, des sensibilités politiques. Le Brexit fut une des culminantes manifestations de l'impact négatif de l'élargissement de l'UE.

Ce n'est pas pour rien que l'ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mis un terme à la politique d'élargissement de l'UE. Par ce geste, il admettait simplement un fait politique : à l'époque, aucun dirigeant national de l'UE ne voulait supporter le coût politique de l'élargissement.

L'ouverture aux pays de l'Est a révélé cinq dérives, que la censure du "politiquement correct" commande de taire à l'opinion publique :

1) Les populations des nouveaux pays membres de l'Est bénéficiaires des fonds structurels colossaux ont montré qu'elles ne veulent pas attendre les effets de la manne européenne pour transformer les instances économiques et politiques ainsi que les infrastructures de leurs pays. Elles ne font tout simplement pas confiance à leurs dirigeants nationaux : elles veulent goûter immédiatement aux bienfaits du mode de vie de l'Ouest et donc elles émigrent massivement.

2) La manne de l'UE est en grande partie détournée. L'OLAF (Organisme européen de lutte antifraude) est dans l'incapacité de l'empêcher dans les nouveaux pays membres et encore moins dans les pays candidats à l'adhésion. En effet, les procédures d'audit et de contrôle de l'Olaf sont trop souvent inopérantes dans les pays de l'Est, parce que fréquemment ces derniers ne fournissent pas les informations nécessaires.

En outre, il y a cette opacité aberrante sur les bénéficiaires des fonds européens (1). Derrière les discours et les promesses de façade, nous n'avons d'ailleurs jamais eu de garantie de transparence des crédits européens. Ni de la part des cessionnaires ni même de la part du donateur : l'UE délivre des informations sur l'utilisation de ses subsides au compte-gouttes. Un exemple criant de dérive de l'utilisation des milliards des fonds structurels : en République tchèque, l'ancien premier ministre Andrej Babis, alors au pouvoir, avait ainsi reçu 40 millions d'euros de subvention de la PAC (politique agricole commune) pour ses propres entreprises.

3) L'émigration phénoménale en 2004-2007 des nouveaux citoyens de l'Est qui ont profité de l'Espace Schengen pour se répandre partout dans les treize premiers pays membres, mais surtout au Royaume-Uni, a significativement alourdit la charge de l'accueil de nouveaux arrivants : il a fallu nourrir, loger, soigner, éduquer tous ces nouveaux migrants légaux qui se sont ajoutés. En Belgique environ 11 % des migrants des pays de l'Est membres de l'UE sont déjà à charge de notre sécurité sociale en bénéficiant des allocations de chômage (2) et un autre 11% émarge au CPAS.

4) L'émigration de masse va de pair avec la multiplication des "Vory", ces fraternités criminelles venues des pays de l'Est pour piller nos régions. Avec leurs codes et leurs organisations très hiérarchisées, les "voleurs dans la loi" (Géorgiens, Moldaves, Tchétchènes, Albanais, Ukrainiens ...) multiplient les trafics sur tous nos territoires (3).

5) La fuite vers l'Ouest des bras et des cerveaux alimente, en Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, une autre vague d'immigration provenant notamment des Balkans orientaux, du Moyen Orient et de l'Extrême-Orient (Irak, Iran, Pakistan, Afghanistan , Inde, Bangladesh...) afin de combler le vide laissé par les nationaux partis. Ce qui rend les frontières extérieures de l'UE extrêmement poreuses. D'ailleurs, la propagation des Vory était déjà un indicateur de cette perméabilité.

Les contribuables des pays fondateurs de l'UE paient donc trois fois : d'abord, via les fonds structurels, ensuite, en assumant contraints et forcés les investissements dans les infrastructures d'accueil, enfin, en subissant les charges collatérales des pillages et trafics des castes mafieuses de l'Est qui viennent s'ajouter au fardeau de nos propres filières criminelles.

En somme, l'élargissement est maléfique pour l'UE. Il complique - euphémisme - l'approfondissement du projet européen. Notamment, parce que la probabilité est immense qu'il soit entrepris par opportunisme électoral ou politique, sans vision communément partagée : en effet, le dialogue de sourds entre l'Est et l'Ouest de l'Europe n'a jamais cessé. En fait, l'élargissement reste un éternel sujet de division pour les dirigeants européens. Peu, parmi nous, sont dupes de l'apparente unanimité de façade pour accorder le statut convoité de candidat officiel à l'adhésion à l'Ukraine et à la Moldavie.

Plusieurs adhérents ont, à maintes reprises, prouvé qu'ils n'adhéraient que du bout des lèvres à certaines valeurs politiques profondes de l'UE et à l'identité européenne (d'ailleurs, que peut être l'identité d'un bric-à-brac de bientôt 35 ou 37 adhérents hétéroclites ?). En effet, les dirigeants en Pologne et en Hongrie ont déjà montré qu'ils privilégiaient leurs propres intérêts par rapport aux règles élémentaires qui doivent en théorie permettre le fonctionnement d'une Alliance ou d'une Union européenne dont ils sont les resquilleurs. La Pologne ne partage pas nos idées politiques sur l'indépendance du système judiciaire, la Hongrie ne partage pas nos idées politiques sur le blocus de la Russie...

La Bulgarie est membre à part entière de l'UE depuis une quinzaine d'années et pourtant ne remplit toujours pas les critères d'adhésion : ses gouvernement tombent les uns après les autres tant le processus démocratique y est dysfonctionnel et la corruption prégnante dans tous les aspects de la société bulgare. La dévoyée démocratie roumaine ne s'en sort pas beaucoup mieux.

Pour être cohérents, adaptés aux réalités politiques et géostratégiques d'aujourd'hui, et ne pas perturber la paix sociale déjà fragile au sein de l'UE, et puisque l'attente et l'indécision ne sont pas des solutions : il est impératif que les dirigeants de l'UE disent immédiatement "non !" aux pays candidats à l'adhésion qui ne satisfont pas strictement les critères objectifs d'intégration et qui n'ont aucune perspective de les satisfaire à court ou moyen terme. C'est une question de survie et c'est aussi une question de rationalité et non d'émotion. Notre défi historique c'est de consolider une construction européenne brinquebalante, en péril depuis l'adhésion des premiers pays de l'Est, et non de croître ad nauseam.

Nous ne devons pas multiplier les probabilités d'entrer en conflit avec la Russie (et donc de plonger dans la 3e Guerre mondiale, en accueillant les ex-pays membres du Pacte de Varsovie qui ont soif de revanche parce qu'ils ont jadis été humiliés et asservis par l'URSS), alors même que l'OTAN n'intègre toujours pas l'idée de défense européenne et donc sa présence dans un champ sécuritaire élargi. Ce qui signifie que les liens entre l'Alliance transatlantique et l'UE, même s'ils se resserrent, restent encore trop distendus.

Or, la guerre en Ukraine a confirmé la dépendance et l'attachement des Européens aux garanties de sécurité des Etats-Unis. Mais combien de temps les Européens pourront-ils compter sur cette présence américaine aujourd'hui indispensable ? Par réalisme, nous devons donc anticiper une présence américaine moins certaine, alors même que l'UE n'est pas en mesure d'assumer seule sa défense militaire.

Alors il est absurde de vouloir assumer la lourde responsabilité, sans précédent dans l'histoire du projet européen : prendre l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie sous son aile, c'est-à-dire s'engager à les reconstruire, mais également, en vertu de la clause de sécurité mutuelle prévue dans les traités, à assurer leur sécurité le moment venu...or ce moment viendra, certainement... fatalement.

Déjà, l'entrée de l'Ukraine, pays de 44 millions d'habitants, accélérera de manière décisive le déplacement du centre de gravité de l'UE vers l'Est. L'UE se frottera d'encore plus près à l'ours russe et les risques d'échauffourées iront grandissantes. Surtout lorsque tous les autres candidats officiels (Moldavie, Géorgie, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Kosovo) entreront dans le capharnaüm de l'UE.

Carl-Alexandre Robyn, Ingénieur-conseil en valorisation de startups (Cabinet Valoro)

  • (1) Ce que démontre l'enquête du collectif "#RecoveryFiles", initiée par la plateforme néerlandaise d'investigation Follow the Money, avril 2022.
  • (2) Sources : BCSS, Actiris, calculs view.brussels, rapport Actiris "Profil et trajectoire des chercheuses et chercheurs d'emploi en Région de BXL-Capitale. Monitoring selon l'origine nationale.", juin 2019.
  • (3) Enquête "Géopolitique des mafias", publiée dans Le Monde, août 2021.

L'UE ne s'en remet toujours pas de l'épouvantable impact de l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale en 2004-2007, tant à l'aune de l'opinion publique dans les anciens Etats membres, qu'à celle du fonctionnement des institutions européennes, du budget, des priorités de l'UE, des sensibilités politiques. Le Brexit fut une des culminantes manifestations de l'impact négatif de l'élargissement de l'UE. Ce n'est pas pour rien que l'ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mis un terme à la politique d'élargissement de l'UE. Par ce geste, il admettait simplement un fait politique : à l'époque, aucun dirigeant national de l'UE ne voulait supporter le coût politique de l'élargissement.L'ouverture aux pays de l'Est a révélé cinq dérives, que la censure du "politiquement correct" commande de taire à l'opinion publique : 1) Les populations des nouveaux pays membres de l'Est bénéficiaires des fonds structurels colossaux ont montré qu'elles ne veulent pas attendre les effets de la manne européenne pour transformer les instances économiques et politiques ainsi que les infrastructures de leurs pays. Elles ne font tout simplement pas confiance à leurs dirigeants nationaux : elles veulent goûter immédiatement aux bienfaits du mode de vie de l'Ouest et donc elles émigrent massivement.2) La manne de l'UE est en grande partie détournée. L'OLAF (Organisme européen de lutte antifraude) est dans l'incapacité de l'empêcher dans les nouveaux pays membres et encore moins dans les pays candidats à l'adhésion. En effet, les procédures d'audit et de contrôle de l'Olaf sont trop souvent inopérantes dans les pays de l'Est, parce que fréquemment ces derniers ne fournissent pas les informations nécessaires. En outre, il y a cette opacité aberrante sur les bénéficiaires des fonds européens (1). Derrière les discours et les promesses de façade, nous n'avons d'ailleurs jamais eu de garantie de transparence des crédits européens. Ni de la part des cessionnaires ni même de la part du donateur : l'UE délivre des informations sur l'utilisation de ses subsides au compte-gouttes. Un exemple criant de dérive de l'utilisation des milliards des fonds structurels : en République tchèque, l'ancien premier ministre Andrej Babis, alors au pouvoir, avait ainsi reçu 40 millions d'euros de subvention de la PAC (politique agricole commune) pour ses propres entreprises.3) L'émigration phénoménale en 2004-2007 des nouveaux citoyens de l'Est qui ont profité de l'Espace Schengen pour se répandre partout dans les treize premiers pays membres, mais surtout au Royaume-Uni, a significativement alourdit la charge de l'accueil de nouveaux arrivants : il a fallu nourrir, loger, soigner, éduquer tous ces nouveaux migrants légaux qui se sont ajoutés. En Belgique environ 11 % des migrants des pays de l'Est membres de l'UE sont déjà à charge de notre sécurité sociale en bénéficiant des allocations de chômage (2) et un autre 11% émarge au CPAS.4) L'émigration de masse va de pair avec la multiplication des "Vory", ces fraternités criminelles venues des pays de l'Est pour piller nos régions. Avec leurs codes et leurs organisations très hiérarchisées, les "voleurs dans la loi" (Géorgiens, Moldaves, Tchétchènes, Albanais, Ukrainiens ...) multiplient les trafics sur tous nos territoires (3). 5) La fuite vers l'Ouest des bras et des cerveaux alimente, en Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, une autre vague d'immigration provenant notamment des Balkans orientaux, du Moyen Orient et de l'Extrême-Orient (Irak, Iran, Pakistan, Afghanistan , Inde, Bangladesh...) afin de combler le vide laissé par les nationaux partis. Ce qui rend les frontières extérieures de l'UE extrêmement poreuses. D'ailleurs, la propagation des Vory était déjà un indicateur de cette perméabilité.Les contribuables des pays fondateurs de l'UE paient donc trois fois : d'abord, via les fonds structurels, ensuite, en assumant contraints et forcés les investissements dans les infrastructures d'accueil, enfin, en subissant les charges collatérales des pillages et trafics des castes mafieuses de l'Est qui viennent s'ajouter au fardeau de nos propres filières criminelles.En somme, l'élargissement est maléfique pour l'UE. Il complique - euphémisme - l'approfondissement du projet européen. Notamment, parce que la probabilité est immense qu'il soit entrepris par opportunisme électoral ou politique, sans vision communément partagée : en effet, le dialogue de sourds entre l'Est et l'Ouest de l'Europe n'a jamais cessé. En fait, l'élargissement reste un éternel sujet de division pour les dirigeants européens. Peu, parmi nous, sont dupes de l'apparente unanimité de façade pour accorder le statut convoité de candidat officiel à l'adhésion à l'Ukraine et à la Moldavie.Plusieurs adhérents ont, à maintes reprises, prouvé qu'ils n'adhéraient que du bout des lèvres à certaines valeurs politiques profondes de l'UE et à l'identité européenne (d'ailleurs, que peut être l'identité d'un bric-à-brac de bientôt 35 ou 37 adhérents hétéroclites ?). En effet, les dirigeants en Pologne et en Hongrie ont déjà montré qu'ils privilégiaient leurs propres intérêts par rapport aux règles élémentaires qui doivent en théorie permettre le fonctionnement d'une Alliance ou d'une Union européenne dont ils sont les resquilleurs. La Pologne ne partage pas nos idées politiques sur l'indépendance du système judiciaire, la Hongrie ne partage pas nos idées politiques sur le blocus de la Russie... La Bulgarie est membre à part entière de l'UE depuis une quinzaine d'années et pourtant ne remplit toujours pas les critères d'adhésion : ses gouvernement tombent les uns après les autres tant le processus démocratique y est dysfonctionnel et la corruption prégnante dans tous les aspects de la société bulgare. La dévoyée démocratie roumaine ne s'en sort pas beaucoup mieux.Pour être cohérents, adaptés aux réalités politiques et géostratégiques d'aujourd'hui, et ne pas perturber la paix sociale déjà fragile au sein de l'UE, et puisque l'attente et l'indécision ne sont pas des solutions : il est impératif que les dirigeants de l'UE disent immédiatement "non !" aux pays candidats à l'adhésion qui ne satisfont pas strictement les critères objectifs d'intégration et qui n'ont aucune perspective de les satisfaire à court ou moyen terme. C'est une question de survie et c'est aussi une question de rationalité et non d'émotion. Notre défi historique c'est de consolider une construction européenne brinquebalante, en péril depuis l'adhésion des premiers pays de l'Est, et non de croître ad nauseam.Nous ne devons pas multiplier les probabilités d'entrer en conflit avec la Russie (et donc de plonger dans la 3e Guerre mondiale, en accueillant les ex-pays membres du Pacte de Varsovie qui ont soif de revanche parce qu'ils ont jadis été humiliés et asservis par l'URSS), alors même que l'OTAN n'intègre toujours pas l'idée de défense européenne et donc sa présence dans un champ sécuritaire élargi. Ce qui signifie que les liens entre l'Alliance transatlantique et l'UE, même s'ils se resserrent, restent encore trop distendus. Or, la guerre en Ukraine a confirmé la dépendance et l'attachement des Européens aux garanties de sécurité des Etats-Unis. Mais combien de temps les Européens pourront-ils compter sur cette présence américaine aujourd'hui indispensable ? Par réalisme, nous devons donc anticiper une présence américaine moins certaine, alors même que l'UE n'est pas en mesure d'assumer seule sa défense militaire. Alors il est absurde de vouloir assumer la lourde responsabilité, sans précédent dans l'histoire du projet européen : prendre l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie sous son aile, c'est-à-dire s'engager à les reconstruire, mais également, en vertu de la clause de sécurité mutuelle prévue dans les traités, à assurer leur sécurité le moment venu...or ce moment viendra, certainement... fatalement.Déjà, l'entrée de l'Ukraine, pays de 44 millions d'habitants, accélérera de manière décisive le déplacement du centre de gravité de l'UE vers l'Est. L'UE se frottera d'encore plus près à l'ours russe et les risques d'échauffourées iront grandissantes. Surtout lorsque tous les autres candidats officiels (Moldavie, Géorgie, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Kosovo) entreront dans le capharnaüm de l'UE. Carl-Alexandre Robyn, Ingénieur-conseil en valorisation de startups (Cabinet Valoro)