Nicolas Petit, professeur de droit à ULiège, soulignait lors de l'ouverture de l'enquête, sa spécificité unique: "La collecte et l'exploitation de données de partenaires commerciaux sont-elles des ressources mobilisables pour ensuite évincer les marchands concurrents de ses propres produits?"
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Nicolas Petit, professeur de droit à ULiège, soulignait lors de l'ouverture de l'enquête, sa spécificité unique: "La collecte et l'exploitation de données de partenaires commerciaux sont-elles des ressources mobilisables pour ensuite évincer les marchands concurrents de ses propres produits?" La réponse est venue un an après de la bouche de Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne en charge de la Concurrence: c'est un abus de position dominante. La semaine dernière, la Danoise a accusé formellement Amazon de tirer abusivement profit des données commerciales récoltées auprès des vendeurs indépendants actifs sur sa plateforme pour en faire bénéficier sa propre activité de retail. En Europe, 800.000 de ces vendeurs sont actifs sur Amazon Marketplace et y commercialisent environ un milliard de produits. Amazon y scrute tout ce qui s'y passe, seconde par seconde. Autant de données qui lui permettent de savoir quels produits marchent, lesquels lancer et quand. Elles les utiliseraient pour créer ses propres produits. Une pratique que des employés ont révélé dans une interview choc au Wall Street Journal plus tôt cette année. Si elle est confirmée par l'enquête, cette pratique est, selon le traité de l'UE, un abus de position dominante. Margrethe Vestager ne se contente pas de ça. Elle accuse aussi Amazon de réserver le fameux bouton "buybox" qui permet en un clic d'ajouter un produit à son panier (80% des ventes! ) à ses propres produits et à ceux de ses partenaires qui utilisent son service de livraison. Une même attitude serait observée pour l'accès au service Prime. Amazon dispose désormais de quelques semaines pour se défendre afin d'éviter une amende colossale.