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"Pour la première fois depuis que la pandémie a touché le monde en 2020, nous avons de l'espoir, souligne Angel Gurria, le secrétaire général de l'organisation qui regroupe les pays riches. "Les bonnes nouvelles concernant le vaccin ont instillé de l'optimisme et dissipé en partie le brouillard de l'incertitude. Mais nous ne sommes pas encore tirés d'affaires, ajoute-t-il. Beaucoup de pays combattent une résurgence de la pandémie et les mesures prises pour la combattre menacent la reprise de la croissance". L'OCDE prévoit que la croissance mondiale, après avoir chuté de 4,2% cette année, rebondisse de 4,2% l'an prochain et de 3,7% en 2022."Cela paraît vigoureux, ajoute Angel Gurria. Mais cela n'empêche pas que la plupart des économies de l'OCDE seront plus petites à la fin 2021 que ce qu'elles étaient fin 2019". Et l'impact de la pandémie sur le monde sera très élevé : le PIB mondial sera fin 2022 7.000 milliards de dollars plus bas que ce qu'il aurait été sans l'apparition du virus. La plupart des pays devront atteindre la fin de 2022 pour compenser les pertes induites par cette crise. Des mesures belges plus cibléesPour la zone euro, cela signifie qu'après une chute du PIB de 7,5% cette année, la reprise devrait être de 3,6% l'an prochain et de 3,3% en 2022.Pour la Belgique, l'OCDE prévoit une baisse de 7,5% cette année, avec un rebond de 4,7% l'an prochain, puis de 2,7% l'année suivante.L'OCDE encourage notre pays à poursuivre certaines mesures afin de combattre les effets de la prolongation du confinement : "Le gouvernement prévoit d'accorder aux entreprises une exonération fiscale temporaire sur leurs bénéfices si elles l'utilisent pour renforcer leur capital. Cela devrait contribuer à renforcer la position financière des entreprises", dit l'OCDE qui encourage aussi notre pays à renforcer le ciblage de certaines mesures telles que le régime de chômage temporaire, le report des remboursements de prêts et le système de garanties. L'organisation prône un ciblage en direction "strictement des personnes directement concernées par les mesures de confinement, afin d'éviter d'étendre le soutien aux entreprises non viables. Cela contribuera également à préserver la discipline budgétaire, car la dette publique en Belgique est déjà très élevée", ajoute l'OCDE. Et puis, le pays doit faire un effort spécial sur la remise au travail. "Comme certains emplois seront définitivement perdus, les autorités devraient renforcer les services publics visant à promouvoir la formation et la reconversion des travailleurs".Reprise progressiveLa reprise ne sera pas facile. L'ensemble de la zone OCDE aura un série d'obstacles à surmonter : chômage élevé, endettement croissant des entreprises, risques accrus de faillites, hausse des inégalités, observe Laurence Boone, l'économiste en chef de l'organisation.Dans ce contexte, il est important que les pouvoirs publics poursuivent leurs mesures de soutien, ce qui va évidemment peser sur les budgets. Mais ces dépenses sont soutenables, note l'économiste, en raison de la baisse des taux, qui a permis d'abaisser assez substantiellement les charges budgétaires (calculées en pourcentage du PIB) des Etats ces dernières années."Nous projetons une reprise progressive tout au long de 2021, poursuit Laurence Boone. Mais avec des "caveat". Nous avons perdu l'équivalent des PIB combinés de l'Allemagne et de la France. Et il y a un niveau d'incertitude énorme. Un déploiement plus rapide de la vaccination et une accélération de la coopération internationale pour sa distribution pourraient stimuler la confiance et accélérer la reprise". Dans ce scénario optimiste, l'économie mondiale serait de 2,25% plus importante que dans le scénario de base de base de l'OCDE, ce qui équivaut à 3.000 milliards de dollars de plus. En revanche, s'il y a de nouvelles difficultés dans la gestion de la crise, de nouvelles vagues, ou un déploiement plus lent des vaccins, l'économie mondiale pourrait afficher une moins bonne performance qu'anticipé. L'OCDE estime que ce scénario noir se traduirait, par rapport à son scénario de base, par une perte du PIB mondial de 3,4%, soit l'équivalent de 4.000 milliards de dollars.Taxe Gafa en vueDernier élément, concernant la taxe Gafa. Visiblement, le changement d'administration à la Maison Blanche devrait permettre une accélération des négociations. Angel Gurria annonce que nous sommes "proches" d'un accord de taxation des plateformes numériques qui "pourrait se traduire par 100 milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires annuelles, pour les économie émergentes et avancées", dit-il. Et il avertit que faire cavalier seul serait une mauvaise idée. "L'introduction unilatérale d'une taxe sur le numérique par certains pays déclencherait des représailles de la part d'autres. Nous entrerions bille en tête dans une guerre fiscale et commerciale qui serait néfaste à tous."